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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2208715

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2208715

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2208715
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11
Avocat requérantASSOCIATION FRANCE TERRE ASILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 novembre 2022, M. I C demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 novembre 2022 par lequel le préfet du Val d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val d'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 novembre 2022, le préfet du Val d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. F pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 29 novembre 2022 :

- le rapport de M. F, qui a par ailleurs informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'opérer une substitution de base légale de la décision portant obligation de quitter le territoire français, en la fondant sur le 1° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en lieu et place du 5° du même article, visé par l'arrêté attaqué ;

- les observations de Me Toure, avocat commis d'office, pour M. C, présent, assisté par Mme A H, interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et fait valoir en outre que l'arrêté attaqué méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il y a une guerre en Libye, et que le requérant n'a pas compris le sens de l'arrêté litigieux lorsque celui-ci lui a été notifié ;

- le préfet du Val d'Oise n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. I C, ressortissant lybien, né le 9 avril 2003 à Tripoli, demande l'annulation de l'arrêté du 19 novembre 2022 par lequel le préfet du Val d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

Sur la base légale de l'obligation de quitter le territoire français :

2. Il résulte des dispositions codifiées au 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, éclairées par les travaux préparatoire des lois du 16 juin 2011 et du 7 mars 2016 dont elles sont issues, que le législateur a entendu, en conformité avec la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, permettre à l'autorité administrative de prendre, sur ce fondement, une obligation de quitter le territoire français à l'encontre des étrangers qui résident en France, régulièrement, depuis moins de trois mois, si leur comportement constitue une menace à l'ordre public.

3. Il ressort des termes de la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire que le préfet du Val d'Oise a fondé la mesure d'éloignement en litige sur le seul fondement du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif que le comportement de M. C constitue une menace pour l'ordre public. Il résulte toutefois des pièces du dossier que M. C est entré en France irrégulièrement en 2019 et s'est ensuite maintenu en situation irrégulière sur le territoire jusqu'à la date de l'arrêté attaqué. Il s'ensuit que M. C, en situation irrégulière en France depuis plus de trois mois, n'entrait pas dans le champ d'application des dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Toutefois, alors que M. C était, depuis l'expiration de son visa, en situation irrégulière, le préfet du Val d'Oise a implicitement mais nécessairement également fondé sa décision sur l'irrégularité de son séjour dès lors qu'en-dehors du cas particulier des étrangers visés au 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une obligation de quitter le territoire ne peut être prise qu'à l'encontre des étrangers qui sont en situation irrégulière. Ainsi, et dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que M. C entrait dans les prévisions des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui permettent à l'autorité administrative d'obliger à quitter le territoire l'étranger pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, et qui s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, ces dispositions peuvent être substituées à celles du 5° de l'article L. 611-1 dès lors que cette substitution de base légale, dont les parties ont été informées de ce que le tribunal entendait y procéder, ne prive l'intéressé d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. D E, préfet délégué pour l'égalité des chances, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin afin d'assurer la suppléance ou l'intérim de M. G B, préfet du Val d'Oise, consentie par un arrêté préfectoral n°22-139 du 19 septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val d'Oise du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

6. En deuxième lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C, ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français et pour lui interdire le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par ailleurs, il ne ressort pas des termes de cet arrêté, ni des autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. C avant de l'obliger à quitter le territoire français. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de l'arrêté et du défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressé doivent être écartés.

7. En troisième lieu, les modalités de notification d'une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité. Par conséquent, le moyen tiré de ce que M. C n'a pas compris la portée de la décision lorsque celle-ci lui a été notifiée est inopérant et ne peut, dès lors, qu'être écarté.

8. En quatrième lieu, M. C soutient qu'il risque d'être exposé à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Libye en raison de la guerre. Toutefois, il n'établit pas la réalité et la gravité des risques qu'il allègue en l'absence de production de toute pièce justificative. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En dernier lieu, si M. C soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'erreur manifeste d'appréciation, il n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bienfondé.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. C tendant à 1'annulation de 1'arrêté du 19 novembre 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. I C et au préfet du Val d'Oise.

Lu en audience publique le29 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

J. F La greffière,

Signé

A. Sambake

La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2208715

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