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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2208738

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2208738

jeudi 12 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2208738
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantMEYER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 novembre 2022, M. B A, représenté par Me Meyer, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 9 novembre 2022 par lequel le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office, à titre subsidiaire, d'ordonner la suspension de l'exécution de cet arrêté dans l'attente de la décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée le 23 novembre 2022 au préfet des Yvelines qui a versé des pièces au dossier le 14 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique du 30 décembre 2022 qui s'est tenue en présence de M. Rion, greffier et de M. D, interprète en langue ourdou, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant pakistanais, né le 10 octobre 1988 à Hafizabad, déclare être entré sur le territoire français le 25 novembre 2018 pour y solliciter l'asile. Par une décision du 14 novembre 2019, notifiée le 12 décembre 2019, la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a confirmé la décision de rejet de sa demande d'asile. Par une décision du 15 novembre 2021, l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), notifiée le 19 novembre 2021, a rejeté la demande de réexamen de sa demande d'asile. Par un arrêté du 9 novembre 2022, le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-00004 du 23 septembre 2022, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet des Yvelines a donné à Mme E, attachée principale d'administration d'Etat, cheffe du bureau de l'asile, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature des actes attaqués. Par suite, le moyen tiré de ce que les arrêtés attaqués auraient été signés par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (). "

5. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile présentée par M. A a été rejetée une première fois par une décision de l'OFPRA le 13 février 2019, confirmée par une décision de la CNDA le 14 novembre 2019, puis une seconde fois par l'OFPRA le 15 novembre 2021 à l'occasion d'un réexamen de sa demande. Si le requérant fait état des risques qu'il encourrait en cas de retour dans son pays d'origine ou qu'il disposerait d'éléments nouveaux, il n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations. Par suite, le préfet n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en prenant une mesure d'éloignement à l'encontre de M. A.

6. En dernier lieu, aux termes aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "

7. M. A dont la demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 13 février 2019, et par la Cour nationale du droit d'asile le 14 novembre 2019, et dont la demande de réexamen a été rejetée comme irrecevable par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 15 novembre 2021, fait état de persécutions dont il serait victime dans son pays d'origine en raison de sa confession chiite. A cet égard, il fait valoir que son père et son frère seraient éligibles au statut de réfugié. Toutefois, ses allégations ne sont pas établies et il n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'il serait exposé, en cas de retour au Pakistan, à un risque personnel et avéré de traitements inhumains ou dégradants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 9 novembre 2022 de M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Yvelines.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

signé

E. C Le greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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