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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2208818

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2208818

jeudi 9 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2208818
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7éme chambre
Avocat requérantSCP LAUNOIS FLACELIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 novembre 2022, Mme B A représentée par Me Launois, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 novembre 2022, notifié le 18 novembre suivant, par lequel le préfet des Yvelines l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et lui a interdit de circuler sur le territoire français pendant un an ;

2°) de condamner l'Etat aux entiers dépens ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- son droit à être entendue a été méconnu ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle n'est entrée en France que le 5 septembre 2022 soit moins de trois mois de résidence en France ;

- elle est également entachée d'erreur de droit et d'un défaut de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, la seule occupation illicite d'un pavillon étant insuffisante à caractériser une menace à l'ordre public, alors qu'elle n'a fait l'objet d'aucune poursuite pénale ; l'exécution de la mesure aurait pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité ;

Sur le refus de délai de départ volontaire :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

Sur la décision interdisant de circuler sur le territoire français pendant un an :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues ;

- elle est contraire au droit de l'Union européenne par la méconnaissance de l'article 27 de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004, dès lors que le préfet ne démontre pas que son comportement serait constitutif d'une menace réelle grave et actuelle à un intérêt fondamental de la société française.

La requête a été communiquée au préfet des Yvelines qui n'a pas produit de mémoire en défense mais a communiqué des pièces, enregistrées le 28 décembre 2022.

Par une ordonnance du 13 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 13°janvier 2022 à 13 heures.

Par une décision du 8 décembre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à Mme A l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. de Miguel ;

- et les observations de Me Launois représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante de nationalité roumaine née le 14 mars 1985, a été contrôlée pour l'occupation illicite d'une maison d'habitation située à La Celle-Saint-Cloud (Yvelines). Par un arrêté du 15 novembre 2022, notifié le 18 novembre suivant et dont Mme A demande l'annulation, le préfet des Yvelines l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. L'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de Mme A, ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français sans délai et pour fixer le pays de destination. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi à la requérante d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, l'arrêté attaqué est suffisamment motivé.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes du droit de la défense, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

4. En l'espèce, aux termes de ses écritures Mme A indique elle-même qu'elle a été entendue au commissariat par les services de police. Si elle précise qu'elle n'a pas été informée que l'audition était susceptible de déboucher sur la décision attaquée, elle n'établit toutefois pas qu'elle aurait été empêchée de présenter ses observations avant que ne soit prise la mesure d'éloignement attaquée. Par ailleurs, il n'est pas établi, ni même allégué, que Mme A aurait disposé d'autres informations tenant à sa situation personnelle qu'elle aurait été empêchée de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise à son encontre la mesure d'éloignement contestée et qui, si elles avaient été communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction d'une telle mesure. Ainsi, les moyens tirés de la méconnaissance des droits de la défense et, plus particulièrement, du droit d'être entendu, doivent être écartés.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier de la situation personnelle et professionnelle de la requérante.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; 3° Leur séjour est constitutif d'un abus de droit. / Constitue un abus de droit le fait de renouveler des séjours de moins de trois mois dans le but de se maintenir sur le territoire alors que les conditions requises pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois ne sont pas remplies, ainsi que le séjour en France dans le but essentiel de bénéficier du système d'assistance social. / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ".

7. Mme A soutient, sans toutefois le justifier, être entrée sur le territoire français le 5 septembre 2022 et ne conteste pas qu'elle occupait sans droit ni titre, avec plusieurs autres membres de sa famille, une maison d'habitation située sur la commune de La Celle-Saint-Cloud, acquise par l'établissement public foncier d'Ile de France (EPFIF) en avril 2018 auprès de la commune afin d'y réaliser un projet urbain. L'occupation sans droit ni titre de ce bien, après avoir forcé le portail d'entrée, réalisé des branchements électriques sauvages et rendu les lieux en état d'insalubrité manifeste, tel qu'il ressort des termes de l'ordonnance de référé du tribunal de proximité du 25 juillet 2022, est de nature à caractériser une menace réelle actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. La circonstance au demeurant non démontrée, que le pavillon d'habitation était à l'abandon, reste sans incidence sur l'illégalité de l'occupation de ce lieu. Dès lors, en édictant à l'encontre de la requérante la mesure attaquée sur le fondement du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit, sans qu'y fasse obstacle l'absence de condamnation pénale antérieure de la requérante. Il résulte de ce qui vient d'être dit que, le préfet ne s'étant pas fondé sur les dispositions du 3° de l'article L. 251-1 précité, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur de droit en raison de la durée de présence de moins de trois mois de l'intéressée et de ce qu'elle ne représente pas une charge déraisonnable pour la société française, doivent être écartés comme inopérants. La requérante n'est pas davantage fondée à soutenir que la décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision refusant un délai volontaire de départ :

8. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents du présent jugement que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Par suite, la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire n'est pas illégale par voie de conséquence. Par suite, le moyen doit être écarté.

9. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel ".

10. Il résulte de ce qui a été dit au point 8 du présent jugement, que le comportement de Mme A constitue une menace réelle actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, ce qui est de nature à caractériser une urgence au sens des dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

11. Aux termes du présent jugement, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Par suite, la décision fixant le pays de destination n'est pas illégale par voie de conséquence. Par suite, le moyen doit être écarté.

Sur l'interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an :

12. Il résulte de ce qui précède que, les décisions obligeant la requérante à quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination n'étant pas entachées d'illégalité, Mme A n'est pas fondée à soutenir, par la voie de l'exception d'illégalité, que la décision par laquelle le préfet lui a interdit de circuler sur le territoire français pendant un an, serait dépourvue de base légale.

13. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ".

14. Pour contester la décision du préfet lui interdisant la circulation sur le territoire français pour une durée d'un an, la requérante se borne à soutenir que l'occupation illicite d'un pavillon abandonné, qui n'est pas le domicile principal ou secondaire de son propriétaire ne constitue pas un délit, qu'aucune poursuite judiciaire n'a été engagée à son encontre et qu'elle n'a fait l'objet d'aucune condamnation pénale antérieure, la requérante ne conteste pas utilement la décision du préfet, dès lors que l'occupation sans droit ni titre d'un bien immobilier tel qu'il a été dit au point 9 de ce jugement suffit à caractériser une menace réelle actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de la méconnaissance de l'article 27 de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004, doivent être écartés.

15. Si Mme A fait valoir que la décision lui faisant interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée d'un an est entachée d'une erreur d'appréciation, en se bornant à soutenir que les faits reprochés ne sont pas suffisamment graves, elle n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé, qui doit, par suite, être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 15 novembre 2022 du préfet des Yvelines. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles aux fins de condamnation aux entiers dépens et au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet des Yvelines et à Me Launois.

Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Ouardes, président,

M. de Miguel, premier conseiller,

Mme Mathé, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.

Le rapporteur,

F-X de Miguel

Le président,

P. Ouardes

Le greffier

A. Delpierre

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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