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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2208850

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2208850

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2208850
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7éme chambre
Avocat requérantBENTAHAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 23 novembre 2022 et le 17 mars 2023, M. D C, représenté par Me Bentahar, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2022 par lequel le préfet de l'Essonne lui a refusé le renouvellement d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un certificat de résidence algérien de dix ans, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 6 et 7bis de l'accord franco-algérien et les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle n'a pas été prise sur le fondement des stipulations du g) de l'article 7bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 alors qu'il en remplissait les conditions relatives à l'exercice de l'autorité parentale et à la prise en charge des besoins de l'enfant et qu'il était dans le cadre d'un renouvellement et en édictant une obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il exerce son autorité parentale sur son enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Les parties ont été averties, en application des dispositions de l'article R 611-7 du code de justice administrative que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen tiré de ce que le préfet de l'Essonne en appliquant à M. C les stipulations du 4° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, a méconnu le champ d'application de la loi et qu'il y a lieu de procéder d'office à une substitution de base légale entre les stipulations du 4° de l'article 6 de l'accord franco-algérien et les stipulations du g) de l'article 7bis du même accord.

Par un mémoire enregistré le 14 février 2023, le préfet de l'Essonne a répondu à ce moyen d'ordre public.

Par un mémoire enregistré le 16 février 2023, M. C a répondu à ce moyen d'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Ouardes.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, ressortissant algérien né le 11 août 1989 à Oran, est, selon ses déclarations, entré en France le 15 novembre 2016 sous couvert d'un visa de court séjour. Il a sollicité le 17 septembre 2020 le renouvellement d'un titre de séjour, sur le fondement des articles L. 6 et 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par arrêté du 18 octobre 2022, le préfet de l'Essonne a refusé de lui renouveler le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel il était susceptible d'être éloigné à l'issue de ce délai. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, vise les dispositions et stipulations applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dont elle fait application, et mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. En outre, contrairement à ce que soutient le requérant, il ne ressort pas des visas de l'arrêté attaqué que le préfet de l'Essonne se serait fondé sur l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, le préfet n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments de fait à raison desquels il a estimé que sa décision ne méconnaissait pas les textes qu'il a visés. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement M. C en mesure de discuter les motifs de cette décision et le juge d'exercer son contrôle. La décision attaquée est ainsi suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. () ". Aux termes de l'article 7 bis du même accord : " Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour : () g) Au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français résidant en France, à la condition qu'il exerce, même partiellement, l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins, à l'échéance de son certificat de résidence d'un an ". Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; ().

4. D'autre part, aux termes de l'article 372 du code civil : " Les père et mère exercent en commun l'autorité parentale. Toutefois, lorsque la filiation est établie à l'égard de l'un d'entre eux plus d'un an après la naissance d'un enfant dont la filiation est déjà établie à l'égard de l'autre, celui-ci reste seul investi de l'exercice de l'autorité parentale. Il en est de même lorsque la filiation est judiciairement déclarée à l'égard du second parent de l'enfant ". L'article L. 310-1 de ce code : " La filiation est légalement établie () par l'effet de la loi, par la reconnaissance volontaire ou par la possession d'état constatée par un acte de notoriété ".

5. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

6. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de l'Essonne s'est fondé sur le 4° de l'article 6 de l'accord franco-algérien pour refuser de délivrer un certificat de résidence d'un an à M. C. Toutefois, M. C avait déjà obtenu la délivrance d'une carte de résidence algérienne qui était valable jusqu'au 24 octobre 2020 et se trouvait donc, dès lors, dans le cadre d'un renouvellement de sa carte de résidence. Ainsi, le préfet aurait dû se fonder sur le g) de l'article 7bis de l'accord franco-algérien pour lui délivrer une carte de résidence valable dix ans.

7. Le tribunal ayant informé les parties de cette substitution de base légale sur le fondement de l'article R. 611-7 du code de justice administrative et dès lors et dès lors que cette substitution de base légale ne prive pas l'intéressé d'une garantie et que la décision attaquée aurait été prise en vertu du même pouvoir d'appréciation, il y a lieu de regarder la décision portant obligation de quitter le territoire français comme fondée sur les dispositions du g) de l'article 7bis de l'accord franco-algérien.

8. En l'espèce, si M. C a reconnu officiellement son fils E A B de nationalité française né le 8 août 2017, le 12 avril 2018, il ressort des termes de l'arrêté attaqué, qui ne sont pas contestés par le requérant, que le tribunal de grande instance de Meaux, par le jugement du 11 octobre 2019, a rejeté sa demande de rétablissement de la présomption de paternité à l'égard de son fils E A B. Dans ces conditions, il a été privé postérieurement de ses droits sur l'enfant. Par ailleurs, M. C n'établit pas subvenir aux besoins de son enfant ni participer à son éducation. Par suite, le préfet de l'Essonne n'a pas méconnu les stipulations du g) de l'article 7bis de l'accord franco-algérien ni les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, le préfet de l'Essonne n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit, d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. C a déclaré être divorcé et avoir un enfant français. Toutefois, comme il a été indiqué ci-dessus, il n'établit pas subvenir aux besoins de son enfant ni participer à son éducation. Par ailleurs, M. C se prévaut également d'une activité professionnelle en qualité de coiffeur mais n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations et en tout état de cause, les activités professionnelles exercées par le requérant l'ont été sans autorisation de travail. Il n'est, en outre, pas établi, ni même allégué, qu'il serait isolé en cas de retour en Algérie, où il déclare avoir vécu jusqu'à l'âge de trente-cinq ans et où résident encore ses parents. Dans les circonstances de l'espèce, eu égard à la situation familiale de M. C, et à la circonstance qu'il n'est présent en France que depuis 2015, le préfet de l'Essonne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée une atteinte disproportionnée au regard des motifs de sa décision. Par suite il n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs évoqués aux points 8 et 10, le préfet de l'Essonne n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention de New York relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990.

12. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Ouardes, président,

M. de Miguel, premier conseiller,

Mme Mathé, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.

Le président-rapporteur,

P. Ouardes

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

F-X de MiguelLa greffière,

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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