lundi 9 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2208887 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre - 4/11 |
| Avocat requérant | AUERBACH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 25 novembre 2022 et 2 janvier 2023, M. F E C, représenté par Me Vannier, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 novembre 2022 par lequel le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour.
2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de procéder sans délai à l'effacement de l'inscription dans le système d'information Schengen ;
3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'insuffisance de motivation ;
- l'arrêté a été pris en méconnaissance des articles 2, 3, 6 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen sérieux ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que celles de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- il est entaché d'erreur de droit au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- le risque de fuite allégué par le préfet n'est pas établi ; partant l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait ;
- la décision en litige est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- cette décision est illégale par voie de conséquence
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'erreur de droit, dès lors qu'elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :
- elle est illégale par voie de conséquence ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
La requête a été communiquée au préfet des Yvelines, qui n'a pas produit de mémoire en défense, mais qui a produit le 20 décembre 2022 plusieurs pièces, notamment un procès-verbal daté du 23 novembre 2022 qui concernait la conduite d'un véhicule par le requérant sans permis de conduire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. A D, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 janvier 2023 qui s'est tenue en présence de M. Ileboudo, greffier :
- le rapport de M. D ;
- les observations de Me Bingham substituant Me Vannier, représentant M. F E C, non présent, qui conclut aux mêmes fins que sa requête et soutient en outre que le préfet a entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux, dès lors que le requérant est entré sur le territoire français régulièrement le 20 février 2018 au moyen d'un visa de court séjour ; que sa durée de présence en France avoisine les cinq ans ; il a été victime de faits d'escroquerie à hauteur de 80 000 euros ; qu'il a déposé plainte ; son épouse et sa fille vivent avec lui ; qu'il travaille depuis 2021 ; il a, avant d'être obligé de quitter le territoire français, déposé une demande de rendez-vous auprès de la préfecture des Yvelines afin d'y déposer sa demande de titre de séjour, laquelle a fait l'objet d'un accusé de réception de la préfecture ; la décision portant obligation de quitter le territoire français porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant ; la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale, dès lors que le requérant est entré régulièrement en France ; enfin l'interdiction de retour est insuffisamment motivée.
- le préfet des Yvelines n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. E C, ressortissant tunisien né le 18 juin 1984, déclare être entré sur le territoire français en 2017 sans être titulaire d'un titre de séjour. Par un arrêté du 24 novembre 2022, le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour. M. C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
3. Il ressort des pièces du dossier que M. C, né le 18 juin 1984 en Tunisie, est entré en France le 20 février 2018 au moyen d'un visa de court séjour. Il est marié depuis le 29 juillet 2017 à Mme B, avec laquelle il vit et a un enfant, né le 20 mai 2018 à Reims, qui est scolarisé depuis 2020. Il ressort également des pièces du dossier que le requérant a été recueilli par un artisan boulanger, lequel l'a fait travailler. Il ressort des écritures que M. C s'est installé en France afin d'y poursuivre un projet de boulangerie à Charleville-Mézières. Ainsi, l'artisan boulanger l'ayant recueilli a souhaité vendre sa boulangerie. M. C a perdu à cette occasion une somme de 80 000 euros. Il a déposé plainte pour escroquerie contre cet artisan. Le requérant a par ailleurs été le gérant d'une boulangerie dans la commune de Charleville-Mézières. Il ressort des pièces du dossier qu'en juillet 2021, M. C a obtenu le certificat d'aptitude à la conduite en sécurité (CACES), afin de pouvoir conduire des engins de manutention ainsi que des plateformes élévatrices de personnes. Entre septembre 2021 et octobre 2022, le requérant a été embauché en contrat à durée indéterminée par l'enseigne Auchan. Il exerce actuellement le métier de cariste, depuis le 28 novembre 2022 et jusqu'au 28 mars 2023. De même, l'épouse de M. C a effectué des gardes d'enfants entre le mois d'août 2021 et le mois de novembre 2022, ainsi que l'attestent les différentes fiches de paie produites à l'instance. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le requérant a demandé l'octroi d'un rendez-vous afin de déposer sa demande de titre de séjour, dont la préfecture des Yvelines a accusé réception le 7 novembre 2022, son épouse ayant également demandé un titre de séjour le 5 octobre 2021. Eu égard à ces éléments, M. C justifient de liens familiaux et professionnels suffisamment intenses. Il en résulte que le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est fondé, le préfet des Yvelines ayant porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant.
4. M. C est ainsi fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 novembre 2022, en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire français. Il en résulte, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler cette décision ainsi que par voie de conséquence, les décisions refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi et prononçant à l'encontre du requérant une interdiction de retour.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
5. Les motifs du présent jugement impliquent que le préfet des Yvelines mette fin au signalement de M. C dans le système d'information Schengen, qu'il réexamine sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour durant ce réexamen. Il n'y a pas lieu en revanche d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 24 novembre 2022 par lequel le préfet des Yvelines a obligé M. C à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Yvelines de mettre fin au signalement de M. C dans le système d'information Schengen, de réexaminer la situation de M. C dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour durant ce réexamen.
Article 3 : L'Etat versera à M. C une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. F E C et au préfet des Yvelines.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2023.
Le magistrat désigné,
Signé
J. D
Le greffier,
Signé
J. Ileboudo
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2208887
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026