mercredi 10 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2209013 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | AUERBACH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 novembre 2022 et le 9 mars 2023, M. C A, représenté par Me Auerbach, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet des Yvelines du 29 novembre 2022 portant obligation de quitter le territoire sans délai, lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an et fixant le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ou travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à compter du dixième jour suivant la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de procéder à l'effacement de tout signalement aux fins de non admission dans le système d'information dit " B " ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 1er de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant refus d'un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il n'est pas établi qu'il n'envisagerait pas de retourner à Madagascar ;
- l'arrêté contesté ne précise pas le pays de renvoi, ni l'existence de l'accord d'un pays pour l'accueillir ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête et l'ensemble de la procédure ont été communiqués au préfet des Yvelines, qui n'a pas produit de mémoire en défense, mais a versé au dossier des pièces qui ont été enregistrées le 1er mars 2023.
Le clôture de l'instruction a été fixée au 10 mars 2023.
Des pièces complémentaires, enregistrées le 13 avril 2023 pour M. A, n'ont pas été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lutz ;
- les observations de Me Auerbach, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, de nationalité malgache, né le 1er mai 1989, déclare être entré en France en 2009. Par un premier arrêté du 12 juin 2018, le préfet des Yvelines a rejeté la demande de titre de séjour présenté par celui-ci, le 28 novembre 2017, en qualité de salarié, et l'a obligé à quitter le territoire français. Cet arrêté est devenu définitif, à la suite du rejet, par un jugement n° 1804921 du 28 novembre 2018, du recours formé à son encontre par M. A. Celui-ci, qui s'était néanmoins maintenu en France, a été interpellé le 29 novembre 2022 par les services de police. Par un nouvel arrêté du même jour dont M. A demande l'annulation, le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. M. A est entré régulièrement en France en 2009 pour y suivre des études. Il a séjourné en France sous couvert de plusieurs titres de séjour successifs sur une période de près de dix ans, du 6 septembre 2009 au 25 août 2019, et a obtenu une licence en administration économique et sociale en 2013 ainsi qu' un master I en économie et management des organisations et des relations humaines en 2015, à l'université de Nice-Sophia-Antipolis. Il justifie d'une activité professionnelle ponctuelle depuis 2010 et régulière depuis le mois de mai 2016, en tant que conducteur livreur auprès de la société JS Trans'Elan, puis, depuis le 15 avril 2020, auprès de la société TRANSIPACQ, sous contrat à durée indéterminée. Enfin, il ressort des nombreuses attestations versées aux débats qu'il entretient des relations régulières avec ses cousins, cousines et tantes, de nationalité française ou titulaires de titres de séjour, dont plusieurs témoignent de sa bonne intégration en France. Par suite, au regard notamment de la durée de sa résidence en France et de l'activité professionnelle dont justifie M. A, le préfet des Yvelines, en prenant à son encontre une obligation de quitter le territoire français, a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences d'une telle mesure sur la situation personnelle du requérant.
3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai prise par le préfet des Yvelines le 29 novembre 2022. Il y a lieu d'annuler également, par voie de conséquence, les décisions fixant le pays de renvoi et interdisant à l'intéressé de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
4. D'une part, aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".
5. L'annulation pour excès de pouvoir d'une décision portant obligation de quitter le territoire français n'implique pas la délivrance d'une carte de séjour temporaire. Mais à la suite d'une telle annulation, il incombe au préfet, non seulement de munir l'intéressé d'une autorisation provisoire de séjour, mais aussi, qu'il ait été ou non saisi d'une demande en ce sens, de se prononcer sur son droit à un titre de séjour.
6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que le droit au séjour de M. A soit réexaminé. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de procéder au réexamen de son droit au séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
7. D'autre part, aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information B, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information B (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de B et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire. " L'article R. 613-7 du même code dispose que : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement. " L'article 7 du décret du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées prévoit que : " Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas d'aboutissement de la recherche ou d'extinction du motif de l'inscription. () "
8. Le présent jugement, qui annule la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, implique également la suppression du signalement de M. A dans le système d'information B. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet des Yvelines de procéder à cet effacement sans délai à compter de la notification du présent jugement.
9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir ces injonctions d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à M. A d'une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet des Yvelines du 29 novembre 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Yvelines de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et de procéder au réexamen de son droit au séjour dans un délai de deux mois à compter de la même date, et de procéder à l'effacement de M. A dans le système d'information B sans délai à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Blanc, président,
- M. Jauffret, premier conseiller,
- Mme Lutz, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mai 2023.
La rapporteure,
signé
F. Lutz Le président,
signé
P. Blanc
La greffière,
signé
Ch. Laforge
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2209013
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026