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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2209014

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2209014

vendredi 2 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2209014
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationUrgences
Avocat requérantGENIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 novembre 2022, M. B C, représenté par Me Genies, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler, sur le fondement de l'article L. 779-1 du code de justice administrative, l'arrêté du 28 novembre 2022 portant mise en demeure d'évacuation, dans un délai de vingt-quatre heures, de la parcelle occupée de façon illicite sur le site de la ferme de Bressonvilliers à Leudeville ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 700 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence dès lors que son signataire ne justifie pas d'une délégation de signature régulièrement adoptée, publiée, et suffisamment précise ;

- il est entaché d'un vice de procédure en ce que le préfet de l'Essonne ne pouvait prendre l'arrêté attaqué dès lors que la commune de Leudeville est membre de la communauté d'agglomération Grand Paris Sud et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le président de cette communauté a pris un arrêté règlementant le stationnement des véhicules et résidences mobiles ;

- il est insuffisamment motivé en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu'il ne contient aucune précision quant aux modalités d'accueil des aires d'accueils permanentes et des aires de grand passage dans le département de l'Essonne ;

- il méconnaît les dispositions du I. de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage, dès lors que la commune de Leudeville et la communauté d'agglomération Grand Paris Sud ne respectent pas leurs obligations en matière de réalisation des aires d'accueil permanentes et des aires de grand passage ; la circulaire du 10 janvier 2022 du ministre de l'intérieur et de la ministre chargée du logement, indique que l'objectif d'aires permanentes d'accueil du département de l'Essonne n'est atteint qu'à hauteur de 47,7% ;

- il est entaché d'erreurs de fait, dès lors d'une part, qu'il n'est pas démontré que le terrain litigieux constitue une propriété privée ou publique, et d'autres part, dès lors qu'il n'est pas établi qu'il existe et qu'a été publié un arrêté réglementant le stationnement des véhicules et résidences mobiles ;

- il est entaché d'une erreur de qualification juridique des faits dès lors que le préfet de l'Essonne ne démontre pas une atteinte à la salubrité, à la sécurité et à la tranquillité publiques.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2022 à 12h33, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Boukheloua, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 779-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 2 décembre 2022 à 14h30, en présence de Mme Paulin, greffière d'audience, Mme F a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Genies, pour M. C, qui confirme qu'en dépit d'une erreur matérielle, sa requête tend bien à l'annulation de l'arrêté attaqué sur le fondement de l'article L. 779-1 du code de justice administrative. Il reprend ses moyens développés dans ses écritures et ajoute, d'une part, au sujet du moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué, que l'arrêté de délégation produit par la défense n'attribue pas à son signataire de délégation de signature au titre de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000, ce fondement ne devant pas être confondu avec les pouvoirs de police du préfet qui, en tout état de cause, sont subsidiaires par rapport à ceux du maire. D'autre part, au sujet du moyen tiré de l'erreur de droit, il indique que l'arrêté du maire de Leudeville ne saurait se substituer à une délibération soit de la commune, soit de la communauté d'agglomération Grand Paris Sud. En outre, il conteste le caractère probant des photographies produites pour établir le trouble à l'ordre public et à la salubrité publique, celles-ci n'étant même pas datées ou situées géographiquement. Enfin, il soutient que si la défense entend soutenir que l'arrêté attaqué n'a pas été pris sur le fondement de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000, une telle affirmation se rattacherait à un détournement de pouvoir qui pourrait également être tiré de ce que l'arrêté attaqué indique un délai de recours de deux mois au titre des voies et délais de recours.

- et les observations de M. E, chargé de mission médiateur gens du voyage au bureau de la représentation de l'Etat et de la communication interministérielle, pour le préfet de l'Essonne, qui conclue aux mêmes fins que le mémoire en défense. En outre, il reprend les moyens du mémoire en défense et ajoute que les photographies produites ont été prises sur le site litigieux et lui ont été envoyées par courriel du Major G, de la brigade territoriale antenne Marolles-en- Hurepoix, de la Gendarmerie Nationale, le matin même de l'audience.

M. E a présenté ce courriel et les photographies jointes à ce courriel, consultables à partir de son smartphone, à Me Genies et à la présidente durant l'audience. Il en est résulté que les photographies jointes à ce courriel correspondaient bien à celles produites en annexe du mémoire en défense.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience à 14h57.

Considérant ce qui suit :

1. Le 25 octobre 2022, un groupement de gens du voyage, comptant à minima 150 caravanes et une centaine de véhicules, représentant de 300 à 400 personnes, s'est installé sur un terrain appartenant à la direction générale des finances publiques sur le site de la ferme de Bressonvilliers à Leudeville. Au vu de la plainte déposée par la direction générale des finances publiques, le préfet de l'Essonne a, par un arrêté du 28 novembre 2022, mis en demeure les intéressés de quitter les lieux dans un délai de vingt-quatre heures. En dépit de l'erreur matérielle entachant sa requête, M. C demande au tribunal, sur le fondement de l'article L. 779-1 du code de justice administrative, d'annuler cet arrêté.

2. Aux termes de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage : " I - Le maire d'une commune membre d'un établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de création, d'aménagement, d'entretien et de gestion des aires d'accueil des gens du voyage et des terrains familiaux locatifs définis aux 1° à 3° du II de l'article 1er peut, par arrêté, interdire en dehors de ces aires et terrains le stationnement sur le territoire de la commune des résidences mobiles mentionnées au même article 1er, dès lors que l'une des conditions suivantes est remplie : 1° L'établissement public de coopération intercommunale a satisfait aux obligations qui lui incombent en application de l'article 2 ; 2° L'établissement public de coopération intercommunale bénéficie du délai supplémentaire prévu au III du même article 2 ; 3° L'établissement public de coopération intercommunale dispose d'un emplacement provisoire agréé par le préfet ; 4° L'établissement public de coopération intercommunale est doté d'une aire permanente d'accueil, de terrains familiaux locatifs ou d'une aire de grand passage, sans qu'aucune des communes qui en sont membres soit inscrite au schéma départemental prévu à l'article 1er ; 5° L'établissement public de coopération intercommunale a décidé, sans y être tenu, de contribuer au financement d'une telle aire ou de tels terrains sur le territoire d'un autre établissement public de coopération intercommunale ; 6° La commune est dotée d'une aire permanente d'accueil, de terrains familiaux locatifs ou d'une aire de grand passage conformes aux prescriptions du schéma départemental, bien que l'établissement public de coopération intercommunale auquel elle appartient n'ait pas satisfait à l'ensemble de ses obligations. () II.- En cas de stationnement effectué en violation de l'arrêté prévu au I ou au I bis, le maire, le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain occupé peut demander au préfet de mettre en demeure les occupants de quitter les lieux. La mise en demeure ne peut intervenir que si le stationnement est de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. La mise en demeure est assortie d'un délai d'exécution qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. Elle est notifiée aux occupants et publiée sous forme d'affichage en mairie et sur les lieux. Le cas échéant, elle est notifiée au propriétaire ou titulaire du droit d'usage du terrain. () Lorsque la mise en demeure de quitter les lieux n'a pas été suivie d'effets dans le délai fixé et n'a pas fait l'objet d'un recours dans les conditions fixées au II bis, le préfet peut procéder à l'évacuation forcée des résidences mobiles, sauf opposition du propriétaire ou du titulaire du droit d'usage du terrain dans le délai fixé pour l'exécution de la mise en demeure. () II bis. Les personnes destinataires de la décision de mise en demeure prévue au II, ainsi que le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain peuvent, dans le délai fixé par celle-ci, demander son annulation au tribunal administratif. Le recours suspend l'exécution de la décision du préfet à leur égard. Le président du tribunal ou son délégué statue dans un délai de quarante-huit heures à compter de sa saisine. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué comporte le visa de l'articles 9 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage et celui de l'arrêté n°332.2018.043 du maire de la commune de Leudeville, en date du

5 septembre 2018, portant réglementation du stationnement des résidences mobiles des gens du voyage en dehors des aires d'accueil aménagées à cet effet sur le territoire de la commune de Leudeville. En outre, il est constant qu'il met en demeure les gens du voyage installés sur le site de la ferme de Bressonvilliers, sur le territoire de cette commune, de quitter les lieux dans un délai de vingt-quatre heures. Ainsi, contrairement à ce que soutient le préfet dans ses écritures, l'arrêté attaqué doit être regardé comme ayant été pris sur le fondement de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000.

4. En premier lieu, aux termes de l'article 43 du décret n°2004-374 du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements : " Le préfet de département peut donner délégation de signature () : / () 6° Pour les matières relevant de ses attributions, au directeur de cabinet () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué a été signé, pour le préfet de l'Essonne, par M. A D, directeur de cabinet, en vertu d'un arrêté de délégation de signature n° 2022-PREF-DCPPAT-BCA-128 du préfet en date du 23 août 2022, lequel est visé dans l'arrêté en litige. Cet arrêté du 23 août 2022, dont il n'est pas sérieusement contesté qu'il a été publié au recueil des actes administratifs, énonce que délégation est donnée à M. D " directeur de cabinet du préfet de l'Essonne, à l'effet de signer tous arrêtés, actes, décisions ressortant de ses attributions, notamment () / les décisions relevant des polices spéciales ", ces polices faisant l'objet d'une énumération qui, compte tenu des termes de l'arrêté de délégation, ne peut être regardée comme étant limitative. Il suit de là qu'il ne saurait être déduit de l'absence de mention, dans cette énumération, des décisions de mise en demeure de quitter les lieux adressés aux gens du voyage en application de l'articles 9 de la loi du 5 juillet 2000, une incompétence de M. D pour signer l'arrêté litigieux. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit donc être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

7. L'arrêté attaqué, vise l'articles 9 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000, l'arrêté n°332.2018.043 du maire de la commune de Leudeville, en date du 5 septembre 2018, portant réglementation du stationnement des résidences mobiles des gens du voyage en dehors des aires d'accueil aménagées à cet effet sur le territoire de la commune de Leudeville. Il détaille, par ailleurs, diverses atteintes à la salubrité et à la sécurité publiques. Ainsi, et alors même que ces motifs ne comportent pas de précision quant aux modalités d'accueil des aires d'accueils permanentes et des aires de grand passage dans le département de l'Essonne, une telle motivation satisfait, aux exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

8. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, la commune de Leudeville n'est pas membre de la communauté d'agglomération Grand Paris Sud. Le moyen tiré de ce que le président de cette communauté n'a pas pris un arrêté règlementant le stationnement des véhicules et résidences mobiles est donc inopérant.

9. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'arrêté du 5 septembre 2018 du maire de la commune de Leudeville, que cette commune est membre de la communauté de communes du Val d'Essonne et que cette communauté de communes a rempli ses obligations d'accueil des gens du voyage étant donné que trois aires d'accueil ont été créées à Ballancours, Itteville et Mennecy. Dans ces conditions, en se bornant à soutenir d'une part, que la commune de Leudeville et la communauté d'agglomération Grand Paris Sud ne respectent pas leurs obligations en matière de réalisation d'aires d'accueil permanentes et d'aires de grand passage, d'autre part, que la circulaire du 10 janvier 2022 indique que l'objectif d'aires permanentes d'accueil du département de l'Essonne n'est atteint qu'à hauteur de 47,7%, et enfin que cet arrêté du maire de Leudeville ne saurait se substituer à une délibération soit de la commune, soit de la communauté d'agglomération Grand Paris Sud, le requérant ne justifie pas d'une méconnaissance en l'espèce, par le préfet de l'Essonne, des dispositions de l'articles 9 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000.

10. En cinquième lieu, compte tenu de l'acte de propriété produit en défense, le moyen tiré de ce qu'il ne serait pas démontré que le terrain litigieux constitue une propriété privée ou publique doit être écarté.

11. En sixième lieu, il résulte de ce qui est dit au point 9, que le moyen tiré de ce qu'il ne serait pas démontré qu'un arrêté du maire de Leudeville réglementant le stationnement des véhicules et résidences mobiles existe et a été publié doit être écarté.

12. En septième lieu, en se bornant à faire valoir que le préfet de l'Essonne ne démontre pas une atteinte à la salubrité, à la sécurité et à la tranquillité publiques, alors qu'il résulte des mentions de l'arrêté attaqué, corroborées notamment par les photographies produites en défense, que le groupement de gens du voyage litigieux engendre des dégradations sur le site ainsi qu'à la station d'épuration attenante, qu'il est à l'origine d'un raccordement sauvage sur la borne à incendie et au réseau électrique sur le compteur situé sur la voie publique, et qu'il ne permet pas à la structure d'hébergement des demandeurs d'asile de fonctionner normalement, ce qui a d'ailleurs entraîné une plainte de l'association Coallia, le requérant ne justifie pas d'une erreur de fait ou d'une erreur d'appréciation du préfet de l'Essonne en l'espèce.

13. En dernier lieu, compte tenu de tout ce qui précède, les circonstances, que le préfet soutient, en défense, ne pas avoir fondé son arrêté sur la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 et que cet arrêté indique un délai de recours de deux mois au titre des voies et délais de recours, ne suffisent pas à caractériser un détournement de pouvoir de la part du préfet.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée, y compris la demande tendant au paiement des frais d'instance.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 202La magistrate désignée,

signé

N. F La greffière,

signé

S. Paulin

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2209014

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