vendredi 6 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2209108 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | TURHALLI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en communication de pièces enregistrés les 3 et 21 décembre 2022, Mme B A, représentée par Me Turhalli, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2022 par lequel le préfet des Yvelines a décidé son transfert aux autorités croates responsables de l'examen de sa demande de protection internationale ;
2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines, à titre principal, de l'admettre au séjour au titre de l'asile dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant l'examen de sa demande d'asile ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans cette attente ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'insuffisance de motivation ;
- il procède d'un examen non sérieux de sa situation ;
- il a été pris au terme d'une procédure non conforme aux exigences fixées par l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il n'est pas justifié de la nécessité de recourir à un interprète au moyen d'une télécommunication, qu'elle n'a pas été en mesure de comprendre l'intégralité de la procédure, certaines informations ayant été transcrites en langue française, qu'elle ne connaît pas ; en outre, le compte-rendu de l'entretien ne mentionne ni la qualité de l'agent l'ayant mené, ni sa signature ;
- il n'est pas davantage établi que les stipulations de l'article 29 du règlement n°603/2013 et celles de l'article 4 du règlement n°604/2013 ont été respectées dès lors qu'elle n'a pas été informée par écrit de ce que le ministre de l'intérieur était responsable du traitement Eurodac, de ce que l'examen avait pour objet de déterminer le pays responsable de sa demande d'asile, de ce qu'il était obligé de s'y soumettre, de ce que le destinataire des données recueillies était le système central d'Eurodac et de ce qu'il pouvait avoir accès à celles-ci notamment aux fins de correction ou d'effacement ;
- il méconnaît la section III de ce même règlement dès lors qu'il ne fait pas état des critères mis en œuvre pour déterminer l'Etat membre responsable de sa demande ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article 12-4 du même règlement dès lors qu'elle ne dispose pas de droit au séjour en Croatie et qu'elle n'y a pas déposé de demande d'asile, n'ayant d'ailleurs pas été invitée à le faire ;
- il est contraire aux stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- sa notification n'est pas conforme aux prescriptions de l'article L. 742-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 26 du règlement UE n° 604/2013.
Par un mémoire en communication de pièces et un mémoire en défense, enregistrés les 10 et 21 décembre 2022, le préfet des Yvelines, représenté par Me Cano, conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 ;
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Audrey Milon, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 décembre 2022 qui s'est tenue en présence de M. Ileboudo, greffier :
- le rapport de Mme C ;
- les observations de Me Turhalli, représentant Mme A, présente, assistée de M. D, interprète en langue turque, qui conclut aux mêmes fins que sa requête, par les mêmes moyens, et soutient en outre, que son époux, dont la demande d'asile est en cours d'instruction devant la Cour nationale du droit d'asile, laquelle l'a convoquée en audience le vendredi 16 décembre 2022, est exposé à un risque d'emprisonnement en Turquie en raison de son adhésion à un parti d'opposition au gouvernement turc ; des membres de sa famille ont été assassinés ; leur domicile en Turquie fait l'objet de perquisitions régulières ; le règlement dit " E " est méconnu dès lors qu'elle est actuellement enceinte ; les autorités croates se livrent à des renvois automatiques, sans examen réel des demandes d'asile et il y existe des défaillances systémiques ;
- le préfet des Yvelines n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante turque née le 1er novembre 1994, a sollicité son admission au séjour au titre du droit d'asile auprès des services du préfet des Yvelines. Elle s'est vue remettre, le 29 juillet 2022, une attestation de demande d'asile dans le cadre de la procédure dite " E ". Lors de l'instruction de cette demande, la consultation des données dactyloscopiques centrales et informatisées du système Eurodac a révélé que les empreintes digitales de Mme A avaient été relevées le 7 juillet 2022 par les autorités de contrôle compétentes en Croatie à l'occasion de l'enregistrement d'une demande de protection internationale dans ce pays. Saisies, le 24 août 2022, d'une demande de reprise en charge de Mme A, les autorités croates ont accepté cette requête, le 7 septembre 2022. Par un arrêté du 20 octobre 2022, dont la requérante demande l'annulation, le préfet des Yvelines a décidé son transfert aux autorités croates responsables de l'examen de sa demande d'asile.
2. En premier lieu, par un arrêté n° 78-2022-08-31-00002 du 31 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 78-2022-176 du même jour de la préfecture des Yvelines, M. F, directeur des migrations, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de Mme A, ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour estimer que l'examen de sa demande de protection internationale relevait de la responsabilité d'un autre Etat. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée et permet ainsi à la requérante d'en contester utilement le bien-fondé. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté manque donc en fait et doit être écarté.
4. En troisième lieu, le préfet a relevé, dans l'arrêté attaqué, que la consultation du système Eurodac a révélé que Mme A a sollicité l'asile auprès des autorités croates le 7 juillet 2022 et que les critères prévus par le chapitre III du règlement n°604/2013 ne sont pas applicables à sa situation, de sorte que les autorités croates doivent être regardées comme responsables de l'examen de sa demande d'asile, au regard des dispositions de l'article 3 et du b) du 1 de l'article 18 de ce règlement. Dès lors, et en tout état de cause, la requérante n'est pas fondée à reprocher à l'arrêté de ne pas faire état des critères mis en œuvre par le préfet pour déterminer l'Etat membre responsable de sa demande, ni, de méconnaître, pour ce motif, les stipulations du chapitre III du règlement n°604/2013.
5. En quatrième lieu, il ne ressort pas des motifs de cet arrêté, ni des autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme A.
6. En cinquième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé. ".
7. D'une part, aucun principe ni aucune disposition n'impose la mention, sur le résumé de l'entretien individuel prévu à l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, de l'identité de l'agent qui a mené l'entretien. En vertu des dispositions combinées des articles L. 521-1 et R. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de l'arrêté du 10 mai 2019 désignant les préfets compétents pour enregistrer les demandes d'asile et déterminer l'État responsable de leur traitement, le préfet des Yvelines était compétent pour enregistrer la demande d'asile de Mme A et procéder à la détermination de l'État membre responsable de l'examen de cette demande. Dans ces conditions, les services du préfet des Yvelines, et en particulier les agents recevant les étrangers, doivent être regardés comme ayant la qualité, au sens de l'article 5 précité du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, de " personne qualifiée en vertu du droit national " pour mener l'entretien prévu à cet article.
8. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que Mme A a bénéficié d'un entretien individuel avec les services du préfet des Yvelines, le 29 juillet 2022. Le résumé de cet entretien, sur lequel est apposée la signature de Mme A et le cachet de la préfecture, mentionne que l'entretien a été mené par un agent de la préfecture, ce qui est suffisant pour établir que celui-ci a été mené par une personne qualifiée au sens du droit national.
9. Enfin, aux termes de l'article L. 111-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'il est prévu aux livres III, V et VI et à l'article L. 572-1 du présent code qu'une décision ou qu'une information doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire. / En cas de nécessité, l'assistance de l'interprète peut se faire par l'intermédiaire de moyens de télécommunication. Dans une telle hypothèse, il ne peut être fait appel qu'à un interprète inscrit sur l'une des listes mentionnées à l'article L. 111-9 ou à un organisme d'interprétariat et de traduction agréé par l'administration. Le nom et les coordonnées de l'interprète ainsi que le jour et la langue utilisée sont indiqués par écrit à l'étranger. ".
10. Il ressort des mentions portées sur le compte-rendu de cet entretien que celui-ci a été conduit avec l'assistance d'un interprète en turc, langue que l'intéressée a déclaré comprendre. Si Mme A fait valoir que cette assistance lui a été délivrée au moyen de services téléphoniques, elle n'en justifie pas. En tout état de cause, en se bornant à faire valoir qu'elle n'aurait pas été en mesure de comprendre l'intégralité de la procédure, Mme A ne conteste pas sérieusement que cet interprète était capable d'assurer une bonne communication entre elle et la personne qui a mené l'entretien individuel et s'il n'est pas justifié de l'impossibilité pour cet interprète de se déplacer physiquement dans les locaux de la préfecture, ces circonstances n'ont pas privé Mme A d'une garantie et n'ont pas été de nature à exercer une influence sur le sens de la décision de transfert attaquée.
11. Il résulte de ce qui a été dit aux points 6 à 10 ci-dessus que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.
12. En sixième lieu, aux termes de l'article 29 du règlement n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Toute personne relevant de l'article 9, paragraphe 1, de l'article 14, paragraphe 1, ou de l'article 17, paragraphe 1, est informée par l'Etat membre d'origine par écrit et, si nécessaire, oralement, dans une langue qu'elle comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'elle la comprend : / a) de l'identité du responsable du traitement au sens de l'article 2, point d), de la directive 95/46/CE, et de son représentant, le cas échéant ; / b) de la raison pour laquelle ses données vont être traitées par Eurodac, y compris une description des objectifs du règlement (UE) n°604/2013, conformément à l'article 4 dudit règlement, et des explications, sous une forme intelligible, dans un langage clair et simple, quant au fait que les Etats membres et Europol peuvent avoir accès à Eurodac à des fins répressives ; / c) des destinataires des données ; d) dans le cas des personnes relevant de l'article 9, paragraphe 1, ou de l'article 14, paragraphe 1, de l'obligation d'accepter que ses empreintes digitales soient relevées ; e) de son droit d'accéder aux données la concernant et de demander que des données inexactes la concernant soient rectifiées ou que des données la concernant qui ont fait l'objet d'un traitement illicite soient effacées, ainsi que du droit d'être informée des procédures à suivre pour exercer ces droits, y compris les coordonnées du responsable du traitement et des autorités nationales de contrôle visées à l'article 30, paragraphe 1 / () ".
13. A la différence de l'obligation d'information instituée par le règlement n°604/2013 du 26 juin 2013, qui prévoit un document d'information sur les droits et obligations des demandeurs d'asile, dont la remise doit intervenir au début de la procédure d'examen des demandes d'asile pour permettre aux intéressés de présenter utilement leur demande aux autorités compétentes, l'obligation d'information prévue par les dispositions précitées de l'article 29, paragraphe 1, du règlement n°603/2013 du 26 juin 2013, a uniquement pour objet et pour effet de permettre d'assurer la protection effective des données personnelles des demandeurs d'asile concernés, laquelle est garantie par l'ensemble des Etats membres relevant du régime européen d'asile commun. Le droit d'information des demandeurs d'asile contribue, au même titre que le droit de communication, le droit de rectification et le droit d'effacement de ces données, à cette protection. Il s'ensuit que la méconnaissance de cette obligation d'information ne peut être utilement invoquée à l'encontre des décisions par lesquelles le préfet transfère un demandeur d'asile aux autorités compétentes de l'Etat qui s'est reconnu responsable de l'examen de sa demande. Par suite, le moyen invoqué par Mme A, tiré de ce qu'elle n'aurait pas reçu, dans une langue qu'elle comprend, les informations prévues à l'article 29 du règlement n° 603/2013 du 26 juin 2013, qui est inopérant, doit être écarté.
14. En septième lieu, aux termes de l'article 18 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. L'État membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de : () b) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le demandeur dont la demande est en cours d'examen et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre () ".
15. Il ressort des indications de l'arrêté que la décision de transférer Mme A aux autorités croates aux fins que soit examinée sa demande d'asile repose sur les stipulations précitées du b) du paragraphe 1 de l'article 18 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 prévoyant la reprise en charge par l'Etat membre responsable du demandeur d'asile dont la demande est toujours en cours d'examen. Il ressort par ailleurs des pièces produites en défense par le préfet des Yvelines, non sérieusement contredites, que Mme A a présenté une demande d'asile en Croatie et que les autorités croates ont accepté de la reprendre en charge. Dès lors, et à supposer même que son passage sur le territoire croate serait fortuit, Mme A n'établit pas que la décision prononçant sa remise aux autorités croates serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, ni, en tout état de cause, que cette décision serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions du paragraphe 4 de l'article 12 du règlement précité, dans le champ duquel Mme A ne justifie pas entrer.
16. En huitième lieu, aux termes de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
17. D'une part, si elle fait état des risques auxquels son époux, qui serait membre d'un parti d'opposition au gouvernement, serait exposé en cas de retour en Turquie, la décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet d'éloigner Mme A vers ce pays, mais seulement de prononcer son transfert aux autorités croates chargées de l'examen de sa demande de protection internationale. Si elle évoque, à cet égard, de prétendues inquiétudes relayées par des organisations internationales concernant les conditions dans lesquelles les demandeurs d'asile seraient retenus, en particulier ceux accompagnés de mineurs, et à alléguer que les autorités croates ne seraient pas " enclines " à octroyer la protection internationale aux demandeurs d'asile, en particulier à ceux de confession musulmane, Mme A n'étaye ses propos d'aucun élément de justification. Dès lors, il n'est pas établi que l'intéressée ne serait pas en mesure de faire valoir devant les autorités croates, responsables de l'examen de sa demande d'asile, l'ensemble des éléments relatifs aux risques auquel elle serait exposée en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, le moyen tiré de ce que la décision de transfert a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
18. En neuvième lieu, si elle soutient que le règlement dit " E " serait méconnu dès lors qu'elle est actuellement enceinte, Mme A ne précise pas les stipulations de ce règlement qui seraient précisément méconnues et, par suite, ne met pas le tribunal en mesure d'apprécier la portée, ni l'éventuel bien-fondé de son moyen.
19. En dixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
20. S'il ressort des pièces produites par Mme A que son époux a présenté, en France, une demande d'asile, laquelle a été examinée dans le cadre de la procédure normale ainsi qu'il résulte de l'attestation de demandeur d'asile qui lui a été remise le 5 août 2022, elle ne justifie pas de ce que cette demande serait actuellement pendante devant la Cour nationale du droit d'asile, ni, par suite, que son époux bénéficierait du droit de se maintenir sur le territoire français. Mme A ne conteste pas, par ailleurs, l'indication de l'arrêté selon laquelle les autorités croates ont également accepté de prendre en charge ses trois enfants mineurs. Elle ne se prévaut, enfin, d'aucun autre lien familial en France. Par suite, Mme A n'établit pas que l'arrêté attaqué porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et le moyen tiré du non-respect des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.
21. En dernier lieu, les conditions de notification des décisions administratives étant sans incidence sur leur légalité, Mme A ne peut utilement faire valoir, au soutien de ses conclusions en annulation de l'arrêté attaqué, que la notification de ce dernier n'aurait pas été réalisée conformément aux prescriptions de l'article L. 742-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou à celles de l'article 26 du règlement UE n° 604/2013 du 26 juin 2013.
22. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 20 octobre 2022 par lequel le préfet des Yvelines a décidé son transfert aux autorités croates, responsables de l'examen de sa demande de protection internationale. Il s'ensuit que ses conclusions aux fins d'annulation ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, de même que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet des Yvelines.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 janvier 2023.
La magistrate désignée,
Signé
A. C
Le greffier,
Signé
J. Ileboudo
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2209108
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026