jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2209200 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | LAURENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 7 décembre 2022 et le 26 avril 2023, M. B A, représenté par Me Laurent, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet que le préfet de l'Essonne a opposée à sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer à un titre de séjour à titre principal avec mention " vie privée et familiale ", à titre subsidiaire avec mention " salarié " ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de la circulaire du 28 novembre 2012.
La requête a été transmise au préfet de l'Essonne qui n'a pas produit d'observations et a produit des pièces complémentaires enregistrées le 21 avril 2023.
Par une ordonnance du 3 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 mai 2024.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Perez a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien né le 17 mars 1985, a déposé une demande de titre de séjour le 15 novembre 2019. La préfecture de l'Essonne a sollicité des pièces complémentaires qu'il a produites à l'occasion d'un rendez-vous le 13 juillet 2022. Une décision implicite de rejet, dont il demande l'annulation, est intervenue suite au dépôt de pièces complémentaires.
2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
3. Il ressort des pièces du dossier que M. A produit des justificatifs de présence en France depuis 2015, qu'il a travaillé comme technicien pour la société SPEED CO pendant 36 mois du 1er mai 2018 au 30 juin 2021, que le contrat à durée indéterminée qui le liait à cette société a été rompu suite à un licenciement en raison d'une procédure collective, qu'il a travaillé pour la société Pamega telecom en décembre 2021 et janvier 2022, et enfin qu'il a travaillé pour la société Inside Staffing Moissy Cramayel comme cariste en septembre et octobre 2022, puis comme préparateur de commande pour Synergie pour la période allant du mois de mars au mois d'octobre 2022. De plus, il est locataire d'un logement situé à Corbeil-Essonnes. Toutefois, M. A est célibataire, sans enfant, et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait noué des liens stables et intenses en France. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et de sauvegarde des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être rejeté.
4. En second lieu, si un étranger peut, à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir formé contre une décision préfectorale refusant de régulariser sa situation par la délivrance d'un titre de séjour, soutenir que, compte tenu de l'ensemble des éléments de sa situation, la décision du préfet serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, il ne peut utilement se prévaloir des orientations générales que le ministre de l'intérieur a pu, dans le cadre de la politique du Gouvernement en matière d'immigration, adresser aux préfets, sans les priver de leur pouvoir d'appréciation de chaque cas particulier, pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation. Il suit de là que M. A ne peut pas utilement se prévaloir des énonciations de la circulaire du 28 novembre 2012 du ministre de l'intérieur, et notamment de celles relatives à l'examen des demandes d'admission exceptionnelle au séjour des ressortissants étrangers en situation irrégulière.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet que le préfet de l'Essonne a opposée à la demande de titre de séjour présentée par M. A doivent être rejetées, ainsi par voie de conséquences que les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera communiqué à M. B A, et à la préfète de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Mauny, président,
M. Perez, premier conseiller,
M. Bélot, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024,
Le rapporteur,
signé
J-L. PEREZ
Le président,
signé
O. MAUNYLa greffière,
signé
A. ESTEVES
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2209200
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