mercredi 14 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2209229 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | ASSOCIATION FRANCE TERRE ASILE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces, enregistrés les 8 novembre 2022, 10 et 12 décembre 2022 M. A B, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 6 décembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de vingt-quatre mois en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour ;
3°) d'annuler la décision du 10 décembre 2022 par laquelle le juge de la liberté et de la détention a ordonné la prolongation de son placement en centre de rétention administrative ;
3°) d'enjoindre à l'Etat de procéder au réexamen de sa situation administrative et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur quant à la matérialité des faits ;
- il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par exception tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
En ce qui concerne la décision refusant d'octroyer un délai de départ volontaire :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par exception tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par exception tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 décembre 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 décembre 2022 qui s'est tenue en présence de M. Ileboudo, greffier :
- le rapport de M. C,
- les observations de Me Harmand, représentant M. B, présent, assisté de M. E, interprète, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et demande en outre l'annulation de la prologeant de son placement en rétention ;
- le préfet de la Seine-Saint-Denis n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant tunisien, né le 28 mai 1990 à Sfax, est retenu au centre de rétention administrative de Plaisir. Par un arrêté du 6 décembre 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de vingt-quatre mois en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour. M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la demande d'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. "
3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 6 décembre 2022 :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :
4. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-0841 du 1er avril 2022, régulièrement publié au bulletin des informations administratives du département de la Seine-Saint-Denis, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. D F pour signer, notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et celles fixant le délai de départ en cas d'absence ou d'empêchement du chef du bureau de l'éloignement, dont il n'est ni allégué ni établi qu'il n'était pas absent ou empêché à la date à laquelle l'arrêté a été pris. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit être écarté.
5. En second lieu, l'arrêté litigieux vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B, sur lesquelles le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire et pour fixer le pays de renvoi, ainsi que pour arrêter, dans son principe et dans sa durée, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, M. B a été arrêté et placé en garde-à-vue par les services de police judiciaire. Il a été entendu le 5 décembre 2022 ainsi qu'en atteste le procès-verbal de police dressé à cette date et a été informé à cette occasion de l'intention des autorités de prendre à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français. M. B n'est donc pas fondé à soutenir que son droit, garanti notamment par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, à être entendu avant l'intervention de la décision attaquée aurait été méconnu.
7. En deuxième lieu, l'arrêté du 6 décembre 2022 mentionne notamment que l'intéressait est entré irrégulièrement sur le territoire en octobre 2022, n'a réalisé aucune démarche afin de régulariser sa situation administrative, a déclaré exercer illégalement une activité professionnelle, a été arrêté pour des faits d'homicide volontaire et n'apporte aucun élément propre à établir la réalité et l'intensité de ses liens avec le territoire français. Dès lors, sans qu'il soit besoin que l'arrêté mentionne l'ensemble des circonstances relatives à la situation personnelle de l'intéressé, le préfet de la Seine-Saint-Denis a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de l'obliger à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen ne peut qu'être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; (). "
9. Il ressort des pièces du dossier que M. B était titulaire d'un visa Schengen C qui expirait le 24 septembre 2022 et accordait une durée de présence de six jours dans l'espace européen. Par ailleurs, l'intéressé a déclaré en audience publique avoir séjourné plus de 10 jours en Italie et être entré sur le territoire français le 14 octobre 2022. Dans ces conditions, M. B a nécessairement pénétré irrégulièrement sur le territoire français. En outre, le requérant ne peut justifier de la régularisation de sa situation administrative une fois sur le territoire. Par suite, le préfet pouvait légalement prendre la décision critiquée en se fondant sur le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité.
10. En dernier lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté que la décision portant obligation de quitter le territoire soit fondée sur la circonstance que M. B constitue une menace pour l'ordre public. Pas suite, le moyen est écarté comme inopérant.
En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire n'est entachée d'aucune illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité, par exception, de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire est écarté.
12. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (). " Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; (). "
13. Si M. B soutient que le préfet de la Seine-Saint-Denis a commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant qu'il constituait une menace à l'ordre public alors qu'il n'a pas fait l'objet d'une condamnation pénale définitive, il ressort toutefois des pièces du dossier, notamment du procès-verbal du 5 décembre 2022 ainsi que du compte-rendu d'enquête établi par l'autorité judiciaire le 6 décembre 2022 que l'intéressé est mis en cause pour des faits d'homicide volontaire. Dès lors, son comportement doit être regardé comme constituant une menace pour l'ordre public et il entre ainsi dans le cas prévu à l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, le préfet de police de la Seine-Saint-Denis pouvait légalement lui refuser un délai de départ volontaire à raison de son comportement, constitutif d'une menace à l'ordre public.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
14. En premier lieu, il résulte de ce qui est dit aux points 4,5,6,7,9 et 10 que la décision portant obligation de quitter le territoire n'est entachée d'aucune illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité, par exception, de la décision fixant le pays de destination est écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
15. En premier lieu, il résulte de ce qui est dit aux points 4,5,6,7,9 et 10 que la décision portant obligation de quitter le territoire n'est entachée d'aucune illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité, par exception, de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est écarté.
16. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ()".
17. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré il y a deux mois sur le territoire français, ne peut justifier d'attaquer privée ou familiale d'une intensité particulière en France. Dans ces conditions, et eu égard aux circonstances indiquées au point 13, M. B ne peut se prévaloir de circonstances humanitaires. Par suite, le préfet de la Seine-Saint-Denis a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, assortir l'arrêté attaqué d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.
18. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation l'arrêté du 6 décembre 2022 présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.
Sur les conclusions fin d'annulation de la décision de prolongation de son placement en centre de rétention administrative :
19. Si M. B a sollicité au cours de l'audience publique l'annulation de la décision du 10 décembre 2022 du juge de la liberté et de la détention ordonnant la prolongation de son placement en centre de rétention administrative, ces conclusions ne relèvent pas de la compétence du juge administrative. Il y a donc lieu, par suite, de les rejeter.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Lu en audience publique le 14 décembre 2022.
Le magistrat désigné,
signé
M. C Le greffier,
signé
J. Ileboudo
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2209229
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026