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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2209264

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2209264

mardi 3 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2209264
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantCACAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 décembre 2022, M. A E, représenté par Me Cacan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a décidé son transfert aux autorités lituaniennes, responsables de l'examen de sa demande de protection internationale ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de le convoquer afin de déposer son dossier de demande d'asile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il est illégal dès lors qu'il n'a pas été informé de la possibilité de bénéficier d'un examen de santé, conformément au quatrième alinéa de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est illégal, dès lors que le préfet de l'Essonne ne justifie pas avoir présenté aux autorités lituaniennes une requête aux fins de reprise en charge de sa demande de protection internationale, dans le délai qui lui était imparti pour y procéder ;

- il méconnaît les dispositions du paragraphe 2 de l'article 3 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il existe en Lituanie des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs d'asile et qu'il risque de subir des traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Turquie.

La requête a été communiquée le 12 décembre 2022 au préfet de l'Essonne, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais a présenté des pièces enregistrées le 19 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (CE) n°1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 ;

- le règlement (UE) n°603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme B pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 décembre 2022 :

- le rapport de Mme Mathé, magistrate désignée,

- et les observations de Me Sikaci, substituant Me Cacan, représentant M. E, non présent, en présence de Mme D, interprète en langue turque, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'elle développe,

- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A E, ressortissant turc d'origine kurde né le 18 juillet 2000, est entré irrégulièrement sur le territoire français. Le 5 septembre 2022, il a sollicité son admission au séjour au titre du droit d'asile auprès des services de la préfecture de l'Essonne. Lors de l'instruction de cette demande, la consultation des données dactyloscopiques centrales et informatisées du système Eurodac a révélé que les empreintes digitales de M. E avaient été relevées le 23 août 2021 par les autorités de contrôle compétentes en Lituanie, à l'occasion de l'enregistrement d'une demande de protection internationale dans ce pays. Les autorités lituaniennes, saisies le 26 octobre 2022 par le préfet de l'Essonne d'une demande de reprise en charge de M. E sur le fondement des disposition du b) du 1. de l'article 18 du règlement (UE) n°604/2013, ont implicitement accepté cette requête, le 10 novembre 2022, en application des dispositions du 2. de l'article 25 du même règlement. Par un arrêté du 28 novembre 2022, le préfet de l'Essonne a décidé de transférer M. E aux autorités lituaniennes. M. E demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, à la détermination de l'Etat responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par le même règlement ". Aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Les États membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux, y compris à la frontière ou dans une zone de transit. La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. / 2. Lorsque aucun État membre responsable ne peut être désigné sur la base des critères énumérés dans le présent règlement, le premier État membre auprès duquel la demande de protection internationale a été introduite est responsable de l'examen. () ".

3. En premier lieu, par un arrêté n°2022-PREF-DCPPAT-BCA-085 du 17 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Essonne du même jour, le préfet de l'Essonne a donné délégation à Mme C F, adjointe au chef du bureau de l'asile, à l'effet de signer, notamment, les arrêtés de transfert. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque ainsi en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n°604-2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les Etats membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5 () ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement (UE) n° 604-2013 du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et en tout état de cause en temps utile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. E s'est vu remettre, lors de l'entretien individuel qui s'est déroulé le 5 septembre 2022, les deux brochures d'information dites " A " (J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - Quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande d'asile ') et " B " (Je suis sous procédure Dublin - Qu'est-ce que cela signifie '). Ces documents constituent la brochure commune visée au paragraphe 3 de l'article 4 du règlement précité et contiennent l'intégralité des informations prévues au paragraphe 1 de cet article. En outre, il ressort des mentions du résumé de l'entretien individuel signé par M. E, que ces deux brochures lui ont été remises en langue turque, langue que celui-ci a déclaré parler, lire et comprendre. Par ailleurs, ces brochures lui ont été délivrées dès le jour de l'enregistrement de sa demande de protection internationale en France, soit en temps utile avant que ne soit prise la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé. ".

7. Il ressort des mentions du résumé de l'entretien individuel, signé par M. E, que cet entretien s'est déroulé, par le truchement d'un interprète, en langue turque, langue que celui-ci a déclaré parler, lire et comprendre ainsi qu'il a été dit au point 5. En outre, au cours de cet entretien, M. E a notamment pu exposer son itinéraire ainsi que les moyens de transport qu'il a utilisés pour entrer clandestinement en France, et faire valoir tout élément utile à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile, y compris sur sa situation personnelle. Par ailleurs, en l'absence de tout élément de nature à faire naître un doute sérieux sur ce point, il n'est pas établi que l'agent de la préfecture qui a mené cet entretien n'aurait pas été mandaté à cet effet après avoir bénéficié d'une formation appropriée et ne serait, par suite, pas une " personne qualifiée en vertu du droit national " au sens des dispositions citées au point précédent, et dont la mention de l'identité sur le résumé de cet entretien n'est d'ailleurs imposée par aucun principe ni aucune disposition. Enfin, il n'est pas davantage établi que cet entretien ne se serait pas déroulé dans des conditions de nature à en garantir la confidentialité. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

8. En quatrième lieu, le requérant, qui invoque les dispositions du quatrième alinéa de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui sont abrogées depuis le 1er mai 2021, doit être regardé comme soulevant un moyen tiré de la méconnaissance de celles du second alinéa de l'article L. 522-1 du même code, qui prévoient que " Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. ". Toutefois, à supposer même que M. E n'ait pas été informé de la possibilité de bénéficier d'un tel examen de santé, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué dès lors que ces dispositions concernent l'entretien conduit par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, et non celui prévu par les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013. Le moyen est ainsi inopérant.

9. En cinquième lieu, d'une part, aux termes de l'article 23 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Lorsqu'un État membre auprès duquel une personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), a introduit une nouvelle demande de protection internationale estime qu'un autre État membre est responsable conformément à l'article 20, paragraphe 5, et à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), il peut requérir cet autre État membre aux fins de reprise en charge de cette personne. / 2. Une requête aux fins de reprise en charge est formulée aussi rapidement que possible et, en tout état de cause, dans un délai de deux mois à compter de la réception du résultat positif Eurodac ("hit"), en vertu de l'article 9, paragraphe 5, du règlement (UE) n 603/2013. / () 4. Une requête aux fins de reprise en charge est présentée à l'aide d'un formulaire type et comprend des éléments de preuve ou des indices tels que décrits dans les deux listes mentionnées à l'article 22, paragraphe 3, et/ou des éléments pertinents tirés des déclarations de la personne concernée, qui permettent aux autorités de l'État membre requis de vérifier s'il est responsable au regard des critères définis dans le présent règlement. () ". Aux termes de l'article 25 du même règlement : " 1. L'État membre requis procède aux vérifications nécessaires et statue sur la requête aux fins de reprise en charge de la personne concernée aussi rapidement que possible et en tout état de cause dans un délai n'excédant pas un mois à compter de la date de réception de la requête. Lorsque la requête est fondée sur des données obtenues par le système Eurodac, ce délai est réduit à deux semaines. / 2. L'absence de réponse à l'expiration du délai d'un mois ou du délai de deux semaines mentionnés au paragraphe 1 équivaut à l'acceptation de la requête, et entraîne l'obligation de reprendre en charge la personne concernée, y compris l'obligation d'assurer une bonne organisation de son arrivée ".

10. D'autre part, aux termes de l'article 15 du règlement (CE) n°1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 : " 1. Les requêtes et les réponses, ainsi que toutes les correspondances écrites entre États membres visant à l'application du règlement (CE) n° 604/2013, sont, autant que possible, transmises via le réseau de communication électronique " DubliNet " établi au titre II du présent règlement / () 2. Toute requête, réponse ou correspondance émanant d'un point d'accès national visé à l'article 19 est réputée authentique. / 3. L'accusé de réception émis par le système fait foi de la transmission et de la date et de l'heure de réception de la requête ou de la réponse ". Aux termes de l'article 19 du même règlement : " 1. Chaque Etat membre dispose d'un point unique d'accès national identifié. / 2. Les points d'accès nationaux sont responsables du traitement des données entrantes et de la transmission des données sortantes. / 3. Les points d'accès nationaux sont responsables de l'émission d'un accusé réception pour toute transmission entrante. () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de l'Essonne a obtenu, le 5 septembre 2022, le résultat de la consultation des données du système Eurodac l'informant de ce que M. E avait déposé une précédente demande d'asile en Lituanie, et qu'il a saisi les autorités lituaniennes le 26 octobre 2022, par le réseau de communication " DubliNet ", qui permet des échanges d'informations fiables entre les autorités des Etats membres de l'Union européenne qui traitent les demandes d'asile, d'une requête aux fins de reprise en charge de M. E, qui l'ont reçue le même jour à 17h54, ainsi que le démontre la copie d'un courrier électronique du 26 octobre 2022, qui constitue la réponse automatique du point d'accès national français, ce document comportant notamment la référence " FRDUB29930619983-750 ", qui correspond au numéro attribué à M. E par la préfecture lors du dépôt de sa demande d'asile. Dans ces conditions, les autorités lituaniennes ont été saisies par le préfet de l'Essonne d'une requête aux fins de reprise en charge de M. E dans le délai qui leur était imparti en application des dispositions citées au point 9. Par suite, ce moyen doit être écarté.

12. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Les États membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux, y compris à la frontière ou dans une zone de transit. La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. / 2. Lorsque aucun État membre responsable ne peut être désigné sur la base des critères énumérés dans le présent règlement, le premier État membre auprès duquel la demande de protection internationale a été introduite est responsable de l'examen. / Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. / Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable. () ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

13. La Lituanie est un Etat membre de l'Union européenne, partie à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complété par le protocole de New York, et à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il doit alors être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet État membre est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cependant, cette présomption peut être renversée, s'il y a des raisons sérieuses de croire qu'il existe des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs d'asile, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux, notamment en raison du fait que, en cas de transfert, le demandeur de protection internationale se trouverait, indépendamment de sa volonté et de ses choix personnels, dans une situation de dénuement matériel extrême.

14. M. E soutient qu'il s'était engagé dans le cadre des activités politiques du parti démocratique des peuples, parti politique turc issu du mouvement kurde, notamment en participant aux élections et aux festivités du " Newroz ", que la Cour constitutionnelle turque a demandé l'interdiction du parti démocratique des peuples par une décision rendue en mars 2021, et qu'il a décidé de quitter la Turquie face aux menaces de poursuites judiciaires du fait de l'aide apportée au mouvement kurde. En outre, il soutient que le système de traitement et d'accueil des demandeurs d'asile en Lituanie connaît une défaillance systémique, et produit à cet égard deux documents rédigés par Amnesty international le 30 juin 2022 ainsi qu'un article du journal Libération publié le 19 août 2022. Toutefois, ces seuls éléments sont insuffisants pour établir qu'il existerait en Lituanie des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs d'asile, qui entraîneraient un risque qu'il subisse des traitements inhumains ou dégradants. Au surplus, il n'apporte pas le moindre élément de nature à démontrer qu'il risquerait d'être éloigné vers la Turquie à la suite de son transfert en Lituanie, ni même qu'il risquerait de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, ce moyen doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a décidé son transfert aux autorités lituaniennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 janvier 2023.

La magistrate désignée,

signé

C. BLe greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2209264

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