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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2209270

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2209270

jeudi 1 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2209270
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantTIHAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 décembre 2022, Mme A B , représentée par Me Tihal, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 octobre 2022 par laquelle le préfet des Yvelines a retiré pour fraude sa carte de séjour temporaire pour la période du 5 septembre 2018 au 4 septembre 2019 sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, sa carte de séjour temporaire pour la période du 5 septembre 2018 au 4 septembre 2019 et sa carte de séjour pluriannuelle pour la période du 5 septembre 2019 au 4 septembre 2021 sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 11 octobre 2022 repose sur une présomption de fraude sans que le faisceau d'indice ne soit constitué ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2023, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 25 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 27 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code d'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Perez a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante marocaine née le 11 août 1989, est entrée en France le 18 juin 2014 et a été mise en possession d'une carte de séjour temporaire pour la période du 5 septembre 2018 au 4 septembre 2019 sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, et renouvelée par une carte de séjour pluriannuelle valable du 5 septembre 2019 au 4 septembre 2021 sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Après lui avoir adressé le 21 juillet 2022 un courrier lui demandant de présenter ses observations, courrier revenu avec la mention " pli avisé et non réclamé ", le préfet des Yvelines a décidé par un arrêté du 11 octobre 2022, dont elle demande l'annulation, de retirer l'ensemble des titres de séjour qui lui ont été délivrés, sans prononcer à son encontre d'obligation de quitter le territoire français.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 241-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Par dérogation aux dispositions du présent titre, un acte administratif unilatéral obtenu par fraude peut être à tout moment abrogé ou retiré. ". Ainsi que le prévoient ces dispositions, la circonstance qu'un acte administratif a été obtenu par fraude permet à l'autorité administrative compétente de l'abroger ou de le retirer à tout moment. Lorsque l'autorité administrative fait usage de son pouvoir d'abroger ou de retirer un acte administratif obtenu par fraude, il incombe au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, d'une part, de vérifier la réalité de la fraude alléguée et, d'autre part, de contrôler que l'appréciation de l'administration sur l'opportunité de procéder ou non à l'abrogation ou au retrait n'est pas entachée d'erreur manifeste, compte tenu notamment de la gravité de la fraude et des atteintes aux divers intérêts publics ou privés en présence susceptibles de résulter soit du maintien de l'acte litigieux soit de son abrogation ou de son retrait.

3. Il ressort des pièces du dossier, notamment de la minute du jugement correctionnel du tribunal judiciaire de Versailles du 11 octobre 2021, qu'un agent de la sous-préfecture de Saint-Germain-en-Laye, condamné à trois ans de prison dont deux avec sursis, interdiction d'exercer une fonction publique, inéligibilité, confiscation des scellés et 10 000 euros d'amendes, pour des faits d'aide au séjour irrégulier, escroquerie, corruption passive et blanchiment, a permis, entre janvier 2017 et juillet 2020, la délivrance indue de titres de séjour à 160 étrangers dont la liste est mentionnée dans ce jugement, au nombre desquels figure Mme B. Selon la description des faits constitutifs des infractions, cet agent s'est livré à des manœuvres frauduleuses, notamment, en " organisant son auto-attribution des dossiers et auto-validation des instructions lui permettant d'éviter les interférences avec ses collègues et sa hiérarchie notamment lors de la remise des titres frauduleusement délivrés, en s'assurant contrairement aux règles mises en place au sein de la sous-préfecture de Saint-Germain de l'instruction intégrale de toutes les phases d'une demande ou d'un renouvellement de titre, en s'assurant de la disparition des archives des dossiers frauduleux pour éviter tout contrôle " et en " procédant à des enregistrements volontairement erronés de dossiers de titre de séjour ", en vue de " tromper les services de l'Etat pour les déterminer à remettre des titres de séjour non conformes aux situations personnelles de leurs bénéficiaires ". Eu égard à l'autorité de chose jugée qui s'attache aux faits mentionnés dans ce jugement du tribunal judiciaire de Versailles, dont la constatation matérielle s'impose au juge administratif, les cartes de séjour délivrées à Mme B, dans la période retenue par le tribunal correctionnel, l'ont été dans des conditions gravement irrégulières, à raison de manœuvres frauduleuses commises par un agent de la préfecture. Ainsi, les cartes de séjour mentionnées par le préfet des Yvelines dans la décision attaquée et pour lesquelles le préfet prend une décision de retrait ont été obtenues au bénéfice d'une fraude. Le moyen tiré de ce que le préfet des Yvelines n'établirait pas l'existence d'une telle fraude doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B soutient que sa vie privée et familiale se trouve sur le territoire français, que ses liens sont intenses et stables, qu'elle justifie de conditions d'existence sur le territoire et d'une bonne insertion dans la société française. Toutefois la requérante n'a produit aucune pièce qui permettrait de justifier ses allégations et de préciser sa situation personnelle et familiale. Si Mme B soutient que la délivrance de plusieurs titres de séjours établit la réalité de ses attaches, il ressort des pièces du dossier, comme il a été dit au point 3, que ces titres ont été obtenus par fraude. Il résulte de ce qui précède qu'en retirant les titres de séjour mentionnés dans la décision du 11 octobre 2022, le préfet des Yvelines n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de tout ce qui qui précède que les conclusions de la requête de Mme B tendant à l'annulation de la décision du 11 octobre 2022 retirant les titres de séjour mentionnés doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titres des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Mauny, président,

M. Perez, premier conseiller,

M. Bélot, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.

Le rapporteur,

signé

J-L Perez

Le président,

signé

O. MaunyLa greffière,

signé

G. Le Pré

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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