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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2209349

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2209349

vendredi 16 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2209349
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantTALAMONI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 décembre 2022, M. A, représenté par Me Talamoni, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 novembre 2022, par laquelle le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;

2°) d'annuler la décision d'appliquer l'arrêté attaqué par le secrétaire général de la préfecture, le directeur de la sécurité, le colonel de gendarmerie et le maire ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour en qualité de salarié ou en raison de sa vie privée et familiale dans un délai de quinze jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2.000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté est :

- entaché d'une insuffisante motivation ;

- entaché d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- entaché d'une erreur de fait au regard des articles L. 435-1 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 26 janvier 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens sont infondés.

L'instruction a été close en dernier lieu le 13 février 2023 par une ordonnance du 30 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Sur sa demande, le rapporteur public a été dispensé par le président de la formation de jugement de prononcer ses conclusions lors de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gosselin, président-rapporteur,

- les observations de Me Talamoni,

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant de nationalité turque né le 11 février 1970 à Bayburt (Turquie), est entré en France en 2000 selon ses dires. Il a formulé déjà plusieurs demandes de titre de séjour, rejetées en dernier lieu par arrêté du préfet de l'Essonne du 21 novembre 2022 qui lui a enjoint également de quitter la France dans un délai de trente jours. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision rappelle l'état civil du requérant et sa situation administrative. Par suite, elle est suffisamment motivée et témoigne d'un examen individuel de la situation du requérant. Dès lors le moyen tiré de l'insuffisante motivation et du défaut d'examen manquant en fait, ne peut être qu'écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. () ".

4. M. A indique qu'il a travaillé pour des missions d'intérim puis est titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée conclu en 2021. Toutefois il est indiqué que le bénéficiaire de ce contrat, qui est récent, est titulaire d'un titre de séjour valable jusqu'en novembre 2021. Par suite, son caractère probant n'est pas établi. Au surplus, le requérant ne verse qu'une mission de travail temporaire. Par suite, il ne remplissait pas les conditions de délivrance du titre de séjour portant la mention " salarié " prévu à l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, M. A soutient ensuite que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L.431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile , qui prévoit que " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Il invoque à cet égard les vingt années qu'il aurait passées de façon continue en France. Toutefois, si le préfet du Val d'Oise a reconnu un séjour de dix ans dans son arrêté du 24 décembre 2015, il est constant que le requérant n'établit pas une durée de vingt années à la date de la décision attaquée. Au surplus, non seulement lui-même a indiqué être entré en France en 2016, mais encore il ressort des pièces du dossier qu'il a demandé un visa pour une entrée en France le 9 décembre 2016 formulée depuis Ankara et qu'il a présenté sa demande de séjour en 2021 comme étant une première demande. Au surplus, les pièces qu'il produit, dont le caractère probant est aléatoire, n'établissent aucun séjour régulier de vingt ans, ni même de dix années. Il est sans charge de famille en France, son épouse et ses trois enfants majeurs résident toujours dans son pays d'origine. Dès lors, le préfet n'a commis aucune erreur de droit et n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de l'intéressé.

6. En quatrième lieu, M. A se prévaut des dispositions de l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'autorisent pas l'éloignement des personnes résidant en France depuis plus de vingt ans. Toutefois, pour les motifs rappelés au point 5, le préfet de l'Essonne n'a pas entaché sa décision d'erreur de droit.

7. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a le droit au respect sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance.2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits ou des libertés d'autrui.".

8. Cependant, pour les motifs indiqués au point 5, le préfet n'a pas méconnu les stipulations précitées.

9. En sixième lieu, si M. A souligne son état de santé fragile, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait présenté une demande de titre de séjour en raison de sa pathologie.

10. En septième lieu, M. A ne peut utilement se prévaloir d'une absence de trouble à l'ordre public, le préfet n'ayant pas fondé sa décision sur cet élément.

11. En huitième lieu, l'alinéa 2 de l'article L.435 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précise que : " Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".

12. Dès lors que M. A n'établit pas une résidence habituelle de dix années, le préfet n'était pas tenu de soumettre sa demande de titre de séjour à la commission du titre de séjour.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée. Par suite, sa requête doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 2 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Gosselin, président,

Mme Vincent, première conseillère,

Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juin 2023.

Le président-rapporteurL'assesseur le plus ancien

Signé Signé

C. GosselinL. Vincent

La greffière

Signé

S. Lamarre

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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