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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2209372

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2209372

vendredi 17 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2209372
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantLUCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 14 décembre 2022 et le 27 décembre 2022, M. B A, représenté par Me Luce, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du préfet de l'Essonne du 14 novembre 2022 refusant de lui délivrer un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour ou de réexaminer sa demande au regard du jugement à intervenir, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 10 euros par jour de retard et, dans l'attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 600 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été signée par une personne incompétente, en l'absence de justification d'une délégation de signature donnée à son auteur ;

- elle méconnaît l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est illégale par voie d'exception ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par voie d'exception.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er février 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 2 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 février 2023.

Vu l'ordonnance n°2209747 du tribunal administratif de Versailles du 28 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vincent, première conseillère ;

- les observations de Me Luce ;

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant malien né le 31 décembre 1988, est entré sur le territoire français en juillet 2016, selon ses déclarations. Il a ensuite déposé une demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) rejetée par décision du 11 avril 2017, décision confirmée ensuite par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 18 juillet 2017. Il a ensuite demandé le réexamen de sa demande d'asile, demande définitivement rejetée le 30 juillet 2019. Le 30 août 2021, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en tant que salarié. Par arrêté du 14 novembre 2022 dont il demande l'annulation, le préfet de l'Essonne a refusé de faire droit à sa demande et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français avec délai.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. Il ressort des pièces du dossier que contrairement à ce que le préfet mentionne dans la décision attaquée, le requérant justifie de son activité salariée en France, d'abord sous une identité d'emprunt puis ensuite sous sa véritable identité, non pas seulement par une simple promesse d'embauche, comme il est indiqué dans la décision attaquée, mais par un contrat de travail à durée indéterminée conclu en mai 2021 avec la société Maison MM3, en tant que commis de cuisine à temps complet exerçant pour le compte du restaurant A Noste à Paris, avec les bulletins de salaire correspondants. Dans les circonstances particulières de l'espèce, et alors que le requérant demande un titre de séjour en qualité de salarié, le préfet a donc entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle.

3. Sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour doivent être accueillies.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. Il résulte ce qui précède que la décision portant refus de titre de séjour est illégale. Par suite, le requérant est fondé à exciper de son illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

5. Sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés à l'encontre de cette décision, il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être également accueillies.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

6. Il résulte de ce qui précède que les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sont illégales. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination à raison de l'illégalité de ces deux dernières décisions doit être accueilli.

7. Sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés à l'encontre de cette décision, il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision fixant le pays de destination doivent être également accueillies.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard au seul motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa demande, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Essonne du 14 novembre 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 6 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Gosselin, président,

Mme Vincent, première conseillère,

Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

L. Vincent

Le président,

Signé

C. GosselinLa greffière,

Signé

S. Lamarre

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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