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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2209499

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2209499

vendredi 24 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2209499
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantBOUCHET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 décembre 2022, Mme E C, représentée par Me Bouchet, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 15 novembre 2022 par lesquelles le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en la munissant, dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour.

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- le caractère régulier de l'avis du collège des médecins de l'office français d'immigration et d'intégration (OFII), qui n'est pas produit, n'est pas démontré ;

- le préfet s'est cru à tort lié par l'avis du collège des médecins de l'OFII ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa santé ;

- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant l'admission au séjour ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Yvelines qui n'a pas produit de mémoire.

Par une ordonnance du 20 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Jackson Benson représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante indienne, née en 1958, déclare être entrée en France le 26 septembre 2021. Elle a sollicité le 28 février 2022 la délivrance d'un titre de séjour pour soins. Elle demande au tribunal l'annulation des décisions du 15 novembre 2022 par lesquelles le préfet des Yvelines a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office.

Sur le moyen commun aux différentes décisions attaquées :

2. Mme Bérengère Nicolas, secrétaire générale de la sous-préfecture de Saint-Germain-en-Laye et signataire de l'arrêté attaqué, disposait d'une délégation de signature en vertu d'un arrêté du 13 avril 2022 du préfet des Yvelines, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial N°78-2022-076 de la préfecture, pour signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. D B, sous-préfet de Saint-Germain-en-Laye, les arrêtés de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B n'ait pas été absent ou empêché à la date du 15 novembre 2022. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

Sur les moyens dirigés contre la seule décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision rejetant la demande de titre de séjour formée par Mme C vise l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait état de la teneur de l'avis rendu le 7 juin 2022 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Il précise, en outre, qu'après étude de sa demande, Mme C ne peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour pour soins. Cet arrêté ne pouvait comporter davantage de précisions sur la situation médicale de Mme C, dès lors que le respect des règles du secret médical interdisait au collège de médecins de l'OFII de révéler au préfet des informations sur les pathologies dont souffre la requérante. Cet arrêté, qui fait par ailleurs état des conditions d'entrée et de séjour en France de l'intéressée ainsi que d'éléments relatifs à sa vie privée et familiale, comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet des Yvelines s'est fondé pour lui refuser le droit au séjour. Il est, par suite, suffisamment motivé.

4. En deuxième lieu, le préfet des Yvelines a produit, dans le cadre de la présente instance, l'avis rendu le 7 juin 2022 par le collège de médecins de l'OFII dont fait état l'arrêté contesté. Mme C n'est, dès lors, pas fondée à soutenir qu'il n'est pas établi qu'un tel avis ait été émis. L'intéressée, qui n'a pas répliqué à la production de cet avis, n'a pas précisé en quoi cet avis serait irrégulier. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'existence d'un vice de procédure ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté attaqué tels que résumés au point 3 que le préfet des Yvelines se serait estimé lié par l'avis émis le 7 juin 2022 par le collège de médecins de l'OFII.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

7. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et, si cette condition est remplie, d'apprécier l'accès effectif aux soins et à un traitement approprié dans son pays de renvoi. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'office français d'immigration et d'intégration (OFII) qui lui est favorable, doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tout élément permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un accès effectif au traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la gravité de l'état de santé d'un étranger ou le caractère effectif de son accès aux soins justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

8. Pour prendre la décision attaquée, le préfet des Yvelines s'est fondé sur l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII le 7 juin 2022, aux termes duquel l'état de santé de Mme C nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et qu'au vu des éléments du dossier et à la date de l'avis, l'état de santé de l'intéressée peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine. Pour contester cet avis, Mme C expose qu'elle bénéficie en France d'un suivi médical régulier, d'une part, pour une déformation importante des deux pieds et, d'autre part, pour une gonarthrose du genou droit. Si les comptes rendus médicaux produits préconisent, pour traiter ces pathologies, des interventions chirurgicales à court ou moyen terme, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un défaut de prise en charge médicale de Mme C pourrait entrainer pour cette dernière des conséquences d'une exceptionnelle gravité au sens des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet des Yvelines a refusé d'admettre au séjour Mme C sur le fondement de ces dispositions.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Mme C fait valoir qu'elle est veuve et mère de deux enfants dont l'un réside au Canada et que sa fille, qui l'héberge, séjourne régulièrement en France et lui apporte au quotidien l'aide qui lui est nécessaire, compte tenu de son âge et de son état de santé. Il ressort toutefois des pièces du dossier que Mme C résidait en France depuis moins d'un an à la date de la décision attaquée. Elle n'allègue, par ailleurs, pas être dépourvue de toute attache en Inde où elle a vécu jusqu'à l'âge de 63 ans. Si les documents médicaux qu'elle produit attestent que son état de santé nécessite une prise en charge médicale, la perte d'autonomie qu'elle invoque ne ressort pas des pièces du dossier. Dans ces conditions, la décision par laquelle le préfet des Yvelines a refusé à Mme C le droit au séjour ne peut être regardée comme ayant porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Il suit de là que le préfet des Yvelines n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet des Yvelines n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité.

Sur les moyens dirigés contre la seule obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français serait illégale par voie de conséquence ne peut qu'être écarté.

13. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8 et 10, Mme C n'est pas fondée à soutenir qu'en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, de même que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 10 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rollet-Perraud, présidente,

Mme Fejérdy, première conseillère,

Mme Amar-Cid, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

J. A

La présidente,

Signé

C. Rollet-Perraud

La greffière,

Signé

A. Lloria

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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