jeudi 6 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2209517 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | LOPEZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 19 décembre 2022, 30 septembre 2024, 5 novembre 2024 et 13 novembre 2024, et un mémoire non communiqué enregistré le 13 décembre 2024, Mme B C, représentée par Me Morant, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 septembre 2022, notifié le 5 octobre 2022, par lequel le maire de la commune de X lui a infligé une sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de deux jours, ensemble la décision du 24 octobre 2022 rejetant son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Grigny la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une discrimination en raison de son appartenance syndicale et d'un détournement de pouvoir.
Par des mémoires en défense enregistrés le 5 août 2024, le 15 octobre 2024, le 22 novembre 2024, la commune de Grigny, représentée par Me de Folleville, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la requête est irrecevable dès lors qu'elle est tardive, et qu'en tout état de cause les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 29 novembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 décembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n°89-677 du 18 septembre 1989 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Perez,
- les conclusions de Mme Chong-Thierry, rapporteure publique,
- et les observations de Me Langlet, représentant la commune de Grigny.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C est agente titulaire au sein de la commune de X (Essonne), depuis le 1er mars 1998. Y de la commune de X, elle est élue aux instances paritaires de la commune depuis le mois de novembre 2008. Elle a diffusé par un courriel du 11 février 2022 un tract de la section syndicale Z. Par un arrêté du 26 septembre 2022, notifié le 5 octobre 2022, le maire de la commune de X a prononcé à son encontre une sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de deux jours, en raison d'un manquement à l'obligation de réserve et du respect hiérarchique. Par un courrier du 21 octobre 2022, un recours gracieux a été présenté au maire de X, rejeté par un courrier du 24 octobre 2022. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal d'annuler la décision du 26 septembre 2022, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 532-4 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes. / L'administration doit l'informer de son droit à communication du dossier. / Le fonctionnaire à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à l'assistance de défenseurs de son choix. ".
3. Si Mme C soutient qu'elle n'a pas été avisée du fait qu'elle pouvait consulter son dossier administratif et qu'elle n'a pas été mise en mesure de le faire avant le 2 mai 2022, date à laquelle elle a reçu un courrier du maire de X l'informant d'une décision d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de deux jours prise à son encontre, il ressort des pièces du dossier que par un courrier recommandé du 31 mars 2022 avisé au domicile de l'intéressée et non réclamé, Mme C a été informée de l'engagement d'une procédure disciplinaire à son encontre, de la sanction envisagée, et de la possibilité d'obtenir la communication intégrale de son dossier individuel et des documents annexes. Il ressort en outre des pièces du dossier que Mme C a effectivement consulté son dossier le 22 avril 2022 à 14 heures. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure manque en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction () ". Aux termes de l'article L. 211-5 dudit code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
5. La décision attaquée mentionne les dispositions applicables, notamment le code général de la fonction publique et le décret du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux agents territoriaux, et indique que Mme C a manqué à son obligation de réserve et de respect hiérarchique, dès lors qu'elle a diffusé le 11 février 2022 un tract qui, par la virulence et la démesure des propos employés et les attaques personnelles, excède les limites du devoir de réserve. Par suite, elle comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
6. En troisième lieu, Mme C soutient que la commune de Grigny n'apporte pas la preuve qu'elle serait l'auteure du tract qu'elle a diffusé le 11 février 2022. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée est secrétaire de la section Z, et que le tract diffusé est rédigé au nom de la section syndicale, et mentionne le contact Facebook de cette dernière ainsi que son adresse électronique. En tout état de cause, la décision attaquée ne mentionne pas que Mme C serait l'auteure du tract mais qu'elle l'a diffusé, ce qu'elle a effectivement fait en l'adressant par un courriel le 11 février 2022 au maire de la commune, à son cabinet, et à la direction générale, en indiquant : " Nous vous prions de trouver le tract ci-joint à destination des agents de la ville. Bonne lecture ". Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'erreur de fait doit être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L.530-1 du code général de la fonction publique : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale. () ". Aux termes de l'article L. 533-1 du même code : " Les sanctions disciplinaires pouvant être infligées aux fonctionnaires sont réparties en quatre groupes : 1° Premier groupe : a) L'avertissement ; b) Le blâme ; c) L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours. () ". Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes. A cette fin, il incombe à l'administration d'établir la matérialité des faits sur lesquels elle s'est fondée pour infliger une sanction disciplinaire.
8. D'autre part, si les agents publics qui exercent des fonctions syndicales bénéficient de la liberté d'expression particulière qu'exigent l'exercice de leur mandat et la défense des intérêts des personnels qu'ils représentent, cette liberté doit être conciliée avec le respect de leurs obligations déontologiques. En particulier, des propos ou un comportement agressif à l'égard d'un supérieur hiérarchique ou d'un autre agent sont susceptibles, alors même qu'ils ne seraient pas constitutifs d'une infraction pénale, d'avoir le caractère d'une faute de nature à justifier une sanction disciplinaire.
9. Pour justifier que la requérante avait manqué à son obligation de réserve et de respect hiérarchique, le maire de X a estimé que l'intéressée a diffusé le 11 février 2022 un tract qui, par la virulence et la démesure des propos et les attaques personnelles, excède les limites particulières admises au titre du devoir de réserve que même les organisations syndicales ou représentatives du personnel doivent respecter. Si Mme C fait valoir que le tract litigieux n'a pas fait l'objet de publicité, il ressort des pièces du dossier qu'elle l'a elle-même diffusé le 11 février au maire, au cabinet du maire, ainsi qu'à des membres de la direction générale, et qu'elle a indiqué dans le courriel que ce tract était à destination des agents de la ville. En outre, le fait que ce tract n'ait pas fait l'objet d'une diffusion publique en dehors du cadre des services municipaux de X n'est pas de nature à exonérer l'intéressée de son obligation de réserve. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le tract diffusé le 11 février 2022 appelle à sept reprises à la démission de l'agent de la commune en charge des ressources humaines, qu'une telle démission est présentée comme l'objet du tract dans le titre de ce dernier : " Nous demandons des comptes et la démission de Monsieur A ", et que dans la suite du tract, l'appel à la démission B en question pose, aux côtés du nom de l'agent concerné, des questions telles que : " Ils sont devenus fous ", " Qui sommes-nous ' Des esclaves ' ", ou encore " Où est l'humanité dans cette gestion ' ". Les propos contenus dans le tract diffusé le 11 février 2022 sont agressifs à l'égard d'un supérieur hiérarchique. Par suite, l'administration n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant qu'en diffusant le tract litigieux, Mme C avait manqué à son obligation de réserve et que ce manquement avait le caractère d'une faute de nature à justifier une sanction disciplinaire.
10. En dernier lieu, Mme C soutient que la décision attaquée est entachée d'un détournement de pouvoir dès lors qu'elle a eu pour effet de l'exclure du service les 25 et 26 octobre 2022, soit au cours des deux derniers jours avant la date butoir du dépôt de listes de candidats pour des élections professionnelles. Toutefois, la commune fait valoir en défense que le dépôt des listes de candidats aux élections professionnelles était possible dès le 19 octobre 2022, et qu'il l'était encore à la date du 27 octobre 2022, date à laquelle Mme C a effectivement déposé une liste pour son syndicat, ce qui n'est pas contesté par l'intéressée. Par suite, en excluant temporairement du service Mme C les 25 et 26 octobre 2022, la commune de X n'a nullement fait obstacle au dépôt de la liste de son syndicat, et le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée de discrimination syndicale et d'un détournement de pouvoir doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la X.
Délibéré après l'audience du 16 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Cayla, présidente,
M. Perez, premier conseiller,
M. Bélot, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2025.
Le rapporteur,
signé
J-L. Perez
La présidente,
signé
F. CaylaLa greffière,
signé
A. Esteves
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2209517
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026