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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2209539

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2209539

jeudi 2 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2209539
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSIMON CAROLINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés respectivement les 20 décembre 2022 et 10 janvier 2023, M. B D C, représenté par Me Simon, demande au juge des référés dans le dernier état de ses écritures, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) prendre toutes mesures qu'il estimera utiles afin de faire cesser l'inégal accès au service public d'accueil des étrangers souhaitant déposer une demande de titre de séjour, la rupture de la continuité du service public et les atteintes à leurs droits élémentaires ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui fixer un rendez-vous afin de déposer sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence est caractérisée compte tenu du fait que l'impossibilité de déposer sa demande de titre de séjour depuis le mois de décembre 2021 le maintient dans une situation d'insécurité juridique et d'instabilité professionnelle, dès lors qu'il est susceptible de faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire en cas d'interpellation, et viole son droit de voir sa demande de titre de séjour examinée ;

- la mesure est utile en ce qu'elle lui permettra d'obtenir un rendez-vous en préfecture, et de pouvoir faire examiner sa demande de titre de séjour conformément à la loi ;

- la mesure sollicitée ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative ;

- c'est à tort que le préfet a considéré que sa demande était incomplète car à la date de sa demande, son passeport était valide.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 janvier 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête pour défaut d'urgence au motif que sa demande d'admission exceptionnelle au séjour a déjà été traitée et a fait l'objet d'un rejet et que M. D C a toujours la possibilité de déposer une nouvelle demande de rendez-vous.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme E A, première vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D C, ressortissant marocain, né le 3 février 1968, déclare résider en France de façon continue depuis 2009. Il dit avoir tenté de déposer une demande de titre de séjour en janvier 2021 et a déposé un dossier complet pour obtenir un premier rendez-vous le 3 décembre 2021. Sa demande d'admission exceptionnelle au séjour a été refusée par une décision du 10 octobre 2022 au motif que son passeport était périmé au moment de l'examen de sa demande par l'administration. Il demande, en conséquence, au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui fixer un rendez-vous afin qu'il puisse déposer sa demande d'admission exceptionnelle au séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

4. Lorsque le rendez-vous ne peut être obtenu qu'en se connectant au site internet de la préfecture, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que, si l'étranger établit qu'il n'a pu obtenir une date de rendez-vous, malgré plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous.

Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

5. Il résulte de l'instruction qu'eu égard aux difficultés rencontrées par les ressortissants étrangers pour déposer leur demande de titre de séjour, en l'absence de plages horaires libres pour la prise de rendez-vous sur le site internet de la préfecture, le préfet de l'Essonne a mis en place une nouvelle procédure, à compter du 15 novembre 2021, qui permet aux ressortissants étrangers souhaitant demander leur admission exceptionnelle au séjour de déposer un dossier succinct en créant un compte " démarches simplifiées " sur le site de la préfecture, qui leur propose ensuite un rendez-vous pour déposer l'ensemble de leur dossier, suivant la date de dépôt des demandes.

6. En l'espèce, M. D C a pu déposer, le 3 décembre 2021, auprès de la préfecture de l'Essonne, son dossier de demande d'admission exceptionnelle au séjour via la nouvelle procédure de " démarches simplifiées ". Par une décision en date du 10 octobre 2022, cette demande a été rejetée au motif que le passeport joint au dossier était périmé au moment de son examen par l'administration. Par ailleurs il est constant que M. D C, qui ne bénéficie pas de la présomption d'urgence attachée au renouvellement d'un titre de séjour, n'a pas tenté de déposer de nouvelle demande de rendez-vous après avoir pris connaissance de cette décision. En outre, il ne justifie d'aucune circonstance particulière caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement un nouveau rendez-vous. Ainsi, M. D C ne démontre pas se trouver dans une situation d'urgence particulière caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous, sans que l'ordre d'examen des demandes d'admission exceptionnelle au séjour d'autres ressortissants étrangers en fonction de leur date de dépôt ne soit respecté. En l'absence d'urgence justifiée, la demande présentée par M. D C ne peut donc qu'être rejetée.

7. Par ailleurs, si M. D C fait valoir qu'il était titulaire au jour de la décision de refus de l'administration en date du 10 octobre 2022, d'un passeport arrivant à expiration le 20 décembre 2022, il n'appartient pas au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'apprécier le bien-fondé de la décision de rejet de sa demande de rendez-vous. Il lui appartient donc, s'il s'y croit fondé, de la contester dans le cadre des dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative qui, seules, définissent la seule voie de droit ouverte devant la juridiction administrative afin d'obtenir l'annulation d'une décision administrative.

8. Il résulte de l'ensemble ce qui précède que la requête de M. D C doit être rejetée, en toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E:

Article 1er : La requête de M. D C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 2 février 2023

La première vice-présidente, juge des référés,

Signé

Isabelle A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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