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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2209593

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2209593

jeudi 14 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2209593
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantD'OZOUVILLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 décembre 2022, M. A B, représenté par Me d'Ozouville, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2022 par lequel le maire de la commune de Marolles-en-Hurepoix a délivré aux sociétés Alvarium et MV2 Promotion un permis de construire une résidence d'accueil de 37 unités d'habitation, une salle paroissiale et un logement sur un terrain situé 4 place de l'Eglise à Marolles-en-Hurepoix ;

2°) de surseoir à statuer sur cette demande, dans l'attente du jugement à intervenir dans l'instance pendante devant le tribunal judiciaire d'Evry introduite parallèlement par le requérant ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Marolles-en-Hurepoix la somme de 3 000 sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- sa requête est recevable dès lors qu'il justifie d'un intérêt à agir ;

- les sociétés pétitionnaires ne sont pas compétentes pour présenter une demande de permis de construire au sens du code de l'urbanisme dès lors que le bail à construction dont elles sont preneuses est nul ;

- la construction autorisée par le permis de construire attaqué est de nature à causer la perte d'un espace vert " utile " pour la paroisse de Marolles-en-Hurepoix et méconnaît ainsi ses besoins.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 janvier 2023, 27 mars 2023 et 31 mai 2023, la SAS Alvarium, la société MV2 Promotion et la société La Source Place de l'Eglise, représentées par Me Ferracci, concluent, dans le dernier état de leurs écritures, au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles font valoir que :

- la requête est manifestement irrecevable dès lors, d'une part, que le requérant ne justifie pas d'un intérêt pour agir, d'autre part, que les conclusions sont irrecevables, enfin, que tous les moyens soulevés sont inopérants ;

- les moyens de la requête sont en tout état de cause mal fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2023, la commune de Marolles-en-Hurepoix, représentée par Mes Polubocsko et Lenain, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du requérant de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions de la requête sont irrecevables en raison d'une part de leur objet, d'autre part, de la méconnaissance de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme, enfin de la méconnaissance de l'article L. 600-1-2 du même code ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Boukheloua, présidente-rapporteure ;

- les conclusions de Mme Amar-Cid, rapporteure publique,

- les observations de Me Lenain, pour la commune de Marolles-en-Hurepoix et de Me Ferracci pour la SAS Alvarium, la société MV2 Promotion et la société La Source Place de l'Eglise.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 10 octobre 2022, le maire de la commune de Marolles-en-Hurepoix a délivré à la SAS Alvarium et la société MV2 Promotion un permis de construire n° 091 376 22 1 0010 en vue de la construction d'une résidence d'accueil de 37 unités d'habitation, d'une salle paroissiale et d'un logement. Par un arrêté, en date du 9 décembre 2022, le permis de construire a été transféré à la SCCV La Source Place de l'Église. M. B demande l'annulation du seul arrêté du 10 octobre 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation et de sursis à statuer :

2. En premier lieu, en faisant valoir, sous l'intitulé " sur l'incompétence de l'auteur de l'acte ", la nullité du bail à construction sur le fondement duquel les sociétés Alvarium et MV2 Promotion ont déposé leur demande ayant donné lieu à la délivrance du permis de construire attaqué, le requérant doit être regardé comme soulevant un moyen tiré de l'absence de qualité des pétitionnaires pour déposer cette demande.

3. Aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : / a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux () ". Selon l'article R. 431-5 du même code, la demande de permis de construire comporte " l'attestation du ou des demandeurs qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R. 423-1 pour déposer une demande de permis ".

4. Il résulte de ces dispositions que les demandes de permis de construire doivent seulement comporter l'attestation du pétitionnaire qu'il remplit les conditions définies à l'article R. 423-1 cité ci-dessus. Les autorisations d'utilisation du sol, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, étant accordées sous réserve du droit des tiers, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une demande de permis, la validité de l'attestation établie par le demandeur. Ainsi, sous réserve de la fraude, le pétitionnaire qui fournit l'attestation prévue à l'article R. 423-1 du code doit être regardé comme ayant qualité pour présenter sa demande. Il résulte de ce qui précède que les tiers ne sauraient utilement invoquer, pour contester une décision accordant une telle autorisation au vu de l'attestation requise, la circonstance que l'administration n'en aurait pas vérifié l'exactitude. Toutefois, lorsque l'autorité saisie d'une telle demande de permis de construire vient à disposer au moment où elle statue, sans avoir à procéder à une mesure d'instruction lui permettant de les recueillir, d'informations de nature à établir son caractère frauduleux ou faisant apparaître, sans que cela puisse donner lieu à une contestation sérieuse, que le pétitionnaire ne dispose, contrairement à ce qu'implique l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, d'aucun droit à la déposer, il lui revient de refuser la demande de permis pour ce motif. Il en est notamment ainsi lorsque l'autorité saisie de la demande de permis de construire est informée de ce que le juge judiciaire a remis en cause le droit de propriété sur le fondement duquel le pétitionnaire avait présenté sa demande.

5. Il ressort des pièces du dossier que la SAS Alvarium et la société MV2 Promotion ont attesté avoir qualité pour présenter la demande de permis de construire litigieuse. Il résulte des dispositions mentionnées au point 3 et du principe mentionné au point 4 que le requérant ne peut utilement faire valoir, au soutien de ses conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué, que le bail à construction que la SAS Alvarium et la société MV2 Promotion ont signé avec l'Association Diocésaine d'Evry Corbeil-Essonnes (ADECE) est nul en l'absence de capacité juridique de l'ADECE pour le signer. Du reste, aucune décision du juge judiciaire remettant en cause le bail à construction consenti aux sociétés pétitionnaires n'était intervenue avant la délivrance du permis de construire attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'absence de qualité des sociétés pétitionnaires pour déposer une demande de permis de construire doit être écarté.

6. En second lieu, ainsi qu'il est dit au point 4, les autorisations d'utilisation du sol ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme. Ainsi, M. B ne peut utilement soutenir, au soutien de ses conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué que, d'une part, le projet autorisé induit la perte d'un espace vert utile pour la paroisse, en ce qu'il permet notamment l'organisation de rassemblements, comportant des célébrations liturgiques ou encore l'organisation d'œuvres sociales, et d'autre part, qu'un tel projet n'est pas utile aux besoins de la paroisse, qui dispose déjà d'un espace suffisant mis à disposition à l'association interparoissiale pour un prix modique ainsi que d'un presbytère.

7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées par la défense et sur les conclusions à fin de sursis à statuer formulées par le requérant, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 10 octobre 2022 par laquelle la commune des Marolles-en-Hurepoix a accordé un permis de construire à SAS Alvarium et la société MV2 Promotion.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Marolles-en-Hurepoix, la somme demandée par le requérant au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a en revanche lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B, le versement à la SAS Alvarium, à la société MV2 Promotion et la société La Source Place de l'Eglise d'une somme globale de 1 000 euros et à la commune de Marolles-en-Hurepoix une somme de 1 000 euros au même titre.

Sur les dépens :

9. Le présent litige n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à la SAS Alvarium, à la société MV2 Promotion et la société La Source Place de l'Eglise une somme globale de 1 000 euros et à la commune de Marolles-en-Hurepoix une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la commune de Marolles-en-Hurepoix, à la SAS Alvarium, à la société MV2 Promotion et à la société La Source Place de l'Eglise.

Délibéré après l'audience du 31 août 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Boukheloua, présidente-rapporteure,

Mme Caron, première conseillère,

M. Maljevic, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 septembre 2023.

La présidente-rapporteure,

signé

N. BoukhelouaL'assesseure la plus ancienne,

signé

V. Caron

La greffière,

signé

B. Bartyzel

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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