mardi 31 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2209749 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre - 4/11 |
| Avocat requérant | BOIARDI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 décembre 2022, M. B A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 19 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a décidé son transfert aux autorités espagnoles responsables de l'examen de sa demande de protection internationale.
Il soutient que :
- en raison de menaces dans son pays, il a rejoint la France ;
- il n'a pas été mis au courant de la décision des autorités espagnoles acceptant de prendre en charge sa demande d'asile ;
- il n'est pas entré en Espagne ni n'a déposé de demande d'asile dans ce pays ;
- il risque de ne pas bénéficier de conditions d'accueil matériel décentes en Espagne et s'expose au risque sérieux que se demande d'asile ne soit pas examinée dans des conditions conformes aux garanties exigées par le respect du droit d'asile par les autorités espagnoles ;
- il est malade et a des consultations médicales en France ;
- rien ne s'oppose à ce que la France décide discrétionnairement d'examiner sa demande d'asile, dès lors qu'il y dispose de liens personnels, qu'il est francophone et aime la culture française ; il ne connaît personne en Espagne et ne parle pas la langue espagnole.
La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne, qui n'a pas produit de mémoire en défense, mais qui a versé le 10 janvier 2023, des pièces au dossier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 janvier 2023 :
- le rapport de M. D ;
- les observations de Me Bouzerara, avocat désigné d'office représentant M. A, présent et assisté de M. C, interprète en langue peul, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et fait valoir en outre que M. A est atteinte de problèmes de santé aux poumons et que l'arrêté de transfert est intervenu tardivement en ce qu'il a été pris au terme d'un délai excessif après la décision d'acceptation de l'Espagne.
- les observations de M. A ;
- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant mauritanien né le 20 novembre 1993, a sollicité son admission au séjour au titre du droit d'asile, le 5 septembre 2022, auprès des services de la préfet de l'Essonne. Lors de l'instruction de cette demande, la consultation de la base Visabio a révélé que M. A avait bénéficié d'un visa délivré par les autorités espagnoles, le 18 mai 2022, valable jusqu'au 17 octobre 2022. Les autorités espagnoles, saisies le 6 octobre 2022 par le préfet de l'Essonne d'une demande de prise en charge de M. A, ont accepté la requête du préfet, le 17 octobre 2022. Par un arrêté du 19 décembre 2022, le préfet de l'Essonne a décidé de transférer M. A aux autorités espagnoles. M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, aucune disposition du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et notamment celles de ses articles 21 et 22 relatives aux procédures applicables aux requêtes aux fins de prises en charge, n'imposent que le demandeur soit informé, préalablement à la décision de transfert dont il est susceptible de faire l'objet, de la décision prise par l'Etat membre requis statuant sur la requête aux fins de prise en charge qui lui a été adressée par l'Etat membre requérant. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 12 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () 2. Si le demandeur est titulaire d'un visa en cours de validité, l'État membre qui l'a délivré est responsable de l'examen de la demande de protection internationale (). ".
4. Il ressort des pièces du dossier que préalablement au dépôt de sa demande d'asile en France le 5 septembre 2022, M. A s'est vu délivrer par les autorités espagnoles, le 18 mai 2022, un visa valable jusqu'au 17 octobre 2022. Il s'ensuit que si l'intéressé soutient n'avoir jamais séjourné en Espagne et ne pas y avoir sollicité l'asile, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant.
5. Si M. A soutient que l'arrêté de transfert du 19 décembre 2022 a été pris au terme d'un délai excessif dès lors que l'Espagne a explicitement accepté la demande de prise en charge le 17 octobre 2022, aucune disposition législative ou règlementaire n'impose à l'autorité en charge du transfert l'édiction d'un tel arrêté dans un délai inférieur à deux mois. Par suite, le moyen sera écarté comme inopérant.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () 2. Lorsque aucun État membre responsable ne peut être désigné sur la base des critères énumérés dans le présent règlement, le premier État membre auprès duquel la demande de protection internationale a été introduite est responsable de l'examen / Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. / Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable () ". Et aux termes des stipulations l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
7. L'Espagne est un État membre de l'Union européenne, partie à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complété par le protocole de New York, et à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il doit alors être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet État membre est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cependant, cette présomption peut être renversée, s'il y a des raisons sérieuses de croire qu'il existe des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs d'asile, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux, notamment en raison du fait que, en cas de transfert, le demandeur de protection internationale se trouverait, indépendamment de sa volonté et de ses choix personnels, dans une situation de dénuement matériel extrême.
8. A l'appui de ses allégations selon lesquelles la procédure d'asile en Espagne et les conditions d'accueil des demandeurs souffriraient de défaillances systémiques, M. A se borne à soutenir qu'il risque de ne pas bénéficier de conditions d'accueil matériel décentes en Espagne et qu'il s'expose également au risque sérieux que se demande d'asile ne soit pas examinée dans des conditions conformes aux garanties exigées par le respect du droit d'asile par les autorités espagnoles, sans toutefois apporter le moindre commencement de preuve au soutien de ces allégations. Dans ces conditions, M. A ne démontre pas qu'il existerait une défaillance systémique en Espagne et que son transfert vers ce pays l'exposerait à des traitements inhumains ou dégradants ou que le préfet de l'Essonne aurait méconnu les dispositions précitées. En outre, si M. A fait état des menaces dont il aurait fait l'objet dans son pays d'origine, la décision de transfert attaquée n'a ni pour objet, ni pour effet d'éloigner le requérant vers ce pays mais seulement de prononcer son transfert aux autorités espagnoles dont aucun élément du dossier ne permet d'affirmer qu'elles ne procéderont pas à un nouvel examen de sa situation avant de procéder à son renvoi. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent qu'être écartés.
9. En quatrième lieu, aux termes du premier paragraphe de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement ".
10. Il résulte des dispositions précitées du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 que si une demande d'asile est examinée par un seul État membre et qu'en principe cet État est déterminé par application des critères d'examen des demandes d'asile fixés par son chapitre III, dans l'ordre énoncé par ce chapitre, l'application de ces critères est toutefois écartée en cas de mise en œuvre de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l'article 17 du règlement, qui procède d'une décision prise unilatéralement par un État membre. Si la mise en œuvre, par les autorités françaises, des dispositions de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être assurée à la lumière des exigences définies par les dispositions du second alinéa de l'article 53-1 de la Constitution, en vertu desquelles les autorités de la République ont toujours le droit de donner asile à tout étranger persécuté en raison de son action en faveur de la liberté ou qui sollicite la protection de la France pour un autre motif, la faculté laissée à chaque Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
11. M. A soutient que l'examen de sa demande d'asile doit être pris en charge en France, au titre du droit souverain des autorités françaises d'accorder l'asile sur leur territoire, y compris lorsque cet examen relève de la compétence d'un autre Etat, eu égard à sa situation personnelle. Toutefois, M. A se borne à faire valoir qu'il souhaite rester en France où il bénéficie de consultations médicales, qu'il est francophone et dispose d'une bonne intégration ainsi que de liens personnels, sans apporter d'élément au soutien de ses allégations. Par ailleurs, si le requérant soutient être malade, il ne produit aucun élément relatif à son état de santé ou au suivi médical que celui-ci nécessiterait. Dans ces conditions, ces éléments ne permettent d'établir ni qu'il ne pourrait bénéficier d'un suivi médical en Espagne, pays responsable de l'examen de sa demande d'asile, ni que son état de santé présenterait un tel niveau de gravité qu'il s'opposerait à son transfert. Par suite, eu égard à la nature des circonstances invoquées par M. A, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Essonne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des faits de l'espèce en ne faisant pas application de la clause discrétionnaire prévue par les dispositions précitées du paragraphe 1 de l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Essonne du 19 décembre 2022 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Essonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.
Le magistrat désigné,
Signé
J. D La greffière,
Signé
A. Sambaké
La République mande et ordonne au le préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2209749
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026