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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2209751

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2209751

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2209751
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11
Avocat requérantBOIARDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 décembre 2022, M. D A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a décidé son transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande de protection internationale.

Il soutient que :

- le préfet de l'Essonne a commis une erreur manifeste d'appréciation en se basant uniquement sur les traces de son passage en Espagne ;

- il n'a pas bénéficié de soins appropriés en Espagne et a été privé de toute assistance dans ses démarches pour l'introduction de sa demande d'asile ;

- il a subi des sévices de la part de la police en Mauritanie ;

- une importante partie de sa famille se trouve en France ;

- il bénéficie de soins médicaux appropriés, d'une assistance et d'un hébergement en France.

La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne, qui n'a pas produit de mémoire en défense, mais qui a versé le 10 janvier 2023, des pièces au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 janvier 2023 :

- le rapport de M. C ;

- les observations de Me Bouzerara, avocat désigné d'office représentant M. A, non présent, assisté de M. B, interprète en langue peul, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et fait valoir en outre que l'arrêté de transfert a été pris au terme d'un délai excessif dès lors que la décision d'acceptation est datée du 2 novembre 2022 et l'arrêté contesté du 20 décembre 2022 et que l'arrêté est entaché d'une erreur de fait en ce que le requérant n'a pas d'enfant ;

- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant mauritanien, né le 31 décembre 1979, a sollicité son admission au séjour au titre du droit d'asile, le 21 septembre 2022, auprès des services de la préfet de l'Essonne. Lors de son entretien individuel le 21 septembre 2022, il a déclaré avoir traversé l'Espagne et l'arrêté attaqué précise en outre que la consultation de la base Visabio a révélé que M. A avait bénéficié d'un visa délivré par les autorités espagnoles, le 16 août 2022. Les autorités espagnoles, saisies le 24 octobre 2022 par le préfet de l'Essonne d'une demande de prise en charge de M. A, ont accepté la requête du préfet, le 2 novembre 2022. Par un arrêté du 20 décembre 2022, le préfet de l'Essonne a décidé de transférer M. A aux autorités espagnoles. M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, si M. A soutient que l'arrêté de transfert du 20 décembre 2022 a été pris au terme d'un délai excessif dès lors que l'Espagne a explicitement accepté la demande de prise en charge le 2 novembre 2022, aucune disposition législative ou règlementaire n'impose à l'autorité en charge du transfert l'édiction d'un tel arrêté dans un délai précis et un tel délai ne saurait être regardé en l'espèce comme tel. Par suite, le moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, à la détermination de l'Etat responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par le même règlement ". Et, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Les États membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux, y compris à la frontière ou dans une zone de transit. La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. 2. Lorsque aucun État membre responsable ne peut être désigné sur la base des critères énumérés dans le présent règlement, le premier État membre auprès duquel la demande de protection internationale a été introduite est responsable de l'examen. Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable. () ".

4. L'Espagne est un État membre de l'Union européenne, partie à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complété par le protocole de New York, et à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il doit alors être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet État membre est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cependant, cette présomption peut être renversée, s'il y a des raisons sérieuses de croire qu'il existe des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs d'asile, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux, notamment en raison du fait que, en cas de transfert, le demandeur de protection internationale se trouverait, indépendamment de sa volonté et de ses choix personnels, dans une situation de dénuement matériel extrême.

5. A l'appui de ses allégations selon lesquelles la procédure d'asile en Espagne et les conditions d'accueil des demandeurs souffriraient de défaillances systémiques, M. A se borne à soutenir n'a pas bénéficié de soins appropriés en Espagne et a été privé de toute assistance dans ses démarches pour l'introduction de sa demande d'asile, sans toutefois apporter le moindre commencement de preuve au soutien de ces allégations, alors qu'au surplus, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait effectivement présenté une demande d'asile auprès des autorités espagnoles. En outre, si M. A se prévaut de sévices dont il aurait fait l'objet dans son pays d'origine, la décision de transfert attaquée n'a ni pour objet, ni pour effet d'éloigner le requérant vers ce pays mais seulement de prononcer son transfert aux autorités espagnoles dont aucun élément du dossier ne permet d'affirmer qu'elles ne procéderont pas à un nouvel examen de sa situation avant de procéder à son renvoi. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent qu'être écartés.

6. En troisième lieu, aux termes du premier paragraphe de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. ". Et aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

7. Il résulte des dispositions précitées du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 que si une demande d'asile est examinée par un seul État membre et qu'en principe cet État est déterminé par application des critères d'examen des demandes d'asile fixés par son chapitre III, dans l'ordre énoncé par ce chapitre, l'application de ces critères est toutefois écartée en cas de mise en œuvre de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l'article 17 du règlement, qui procède d'une décision prise unilatéralement par un État membre. Si la mise en œuvre, par les autorités françaises, des dispositions de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être assurée à la lumière des exigences définies par les dispositions du second alinéa de l'article 53-1 de la Constitution, en vertu desquelles les autorités de la République ont toujours le droit de donner asile à tout étranger persécuté en raison de son action en faveur de la liberté ou qui sollicite la protection de la France pour un autre motif, la faculté laissée à chaque Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

8. M. A fait valoir que l'examen de sa demande d'asile doit être pris en charge en France, au titre du droit souverain des autorités françaises d'accorder l'asile sur leur territoire, y compris lorsque cet examen relève de la compétence d'un autre Etat, eu égard à sa situation personnelle. Si le requérant soutient qu'une importante partie de sa famille se trouve en France, il n'apporte aucun élément au soutien de cette allégation, alors qu'il ressort du résumé du son entretien individuel en préfecture mené le 21 septembre 2022 qu'il a déclaré n'avoir aucun membre de sa famille en France, et au surplus, que son épouse et ses enfants se trouvaient en Mauritanie. Par ailleurs, si le requérant indique bénéficier de soins médicaux appropriés, d'une assistance et d'un hébergement en France, ces circonstances ne sont pas de nature à remettre en cause la légalité de la décision attaquée. Dans ces conditions, eu égard à la nature des circonstances invoquées par le requérant, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Essonne aurait, d'une part, commis une erreur manifeste d'appréciation des faits de l'espèce en ne faisant pas application de la clause discrétionnaire prévue par les dispositions précitées du paragraphe 1 de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 et d'autre part, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En dernier lieu, si M. A fait valoir que la décision prononçant son transfert aux autorités espagnoles est entachée d'une erreur de fait, au motif que l'arrêté contesté mentionne qu'il serait père, il résulte des termes de la décision attaquée, que le préfet de l'Essonne aurait pris la même décision de transfert aux autorités espagnoles s'il s'était fondé seulement sur la circonstance que M. A disposait d'un visa à destination de l'Espagne. En conséquence, le moyen tiré de l'erreur de fait entachant d'illégalité la décision attaquée, ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 20 décembre 2022 du préfet de l'Essonne doivent être rejetées

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

J. C La greffière,

Signé

A. Sambake

La République mande et ordonne au le préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2209751

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