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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2209845

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2209845

mercredi 8 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2209845
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11
Avocat requérantCOLLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

F une requête, enregistrée le 29 décembre 2022, M. B E, alors détenu à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis, représenté F Me Vinot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 décembre 2022 F lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder à un réexamen de sa situation administrative dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros F jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en cas d'annulation de la mesure d'obligation de quitter le territoire ou de celle fixant le pays de destination, dans un délai d'une semaine à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros F jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise F une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise sans un examen préalable complet de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il ne représente aucune menace pour l'ordre public ;

- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire a été prise F une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il ne représente aucune menace pour l'ordre public ;

- la décision fixant le pays de destination a été prise F une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français a été prise F une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine, qui n'a pas produit de mémoire en défense, ni versé de pièces au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 31 janvier 2023 :

- le rapport de M. D ;

- les observations de Me Collet, avocat désigné d'office représentant M. E, présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête F les mêmes moyens, fait valoir, en outre, que la présente procédure méconnaît le droit de son requérant à un procès équitable compte tenu de ce que l'intéressé, placé en détention, n'a pas été en mesure de réunir les pièces nécessaires à sa défense, et qui insiste, F ailleurs, sur le défaut d'examen de la situation personnelle du requérant entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français, dès lors que le préfet a commis une erreur en indiquant, dans ses motifs, que le requérant était en situation de concubinage avec une personne en situation irrégulière et avait un enfant à charge, alors que M. E est célibataire sans enfant ;

- les observations de M. E ;

- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B E, ressortissant arménien né le 28 février 1991, est entré sur le territoire français le 5 mai 2001 et a été mis en possession d'un titre de séjour valable du 15 février 2019 au 14 mars 2020 qui n'a pas été renouvelé. Il se maintient, depuis, en situation irrégulière sur le territoire français. F un arrêté du 29 décembre 2022, pris sur le fondement des dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, en l'informant de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen pendant la durée de cette interdiction. M. E, actuellement incarcéré F mandat de dépôt jusqu'au 28 février 2023 pour des faits de conduite de véhicule sans permis en récidive, de conduite de véhicule en ayant fait usage de stupéfiants et de mise à disposition de voiture de transport avec chauffeur sans inscription au registre, demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, F un tribunal indépendant et impartial, établi F la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle () ". Aux termes des dispositions du premier alinéa de l'article R. 414-1 du code de justice administrative : " Lorsqu'elle est présentée F un avocat () la requête doit, à peine d'irrecevabilité, être adressée à la juridiction F voie électronique au moyen d'une application informatique dédiée accessible F le réseau internet () ". Aux termes de l'article R. 611-8-2 de ce même code : " Toute juridiction peut adresser F le moyen de l'application informatique mentionnée à l'article R. 414-1, à une partie ou à un mandataire qui y est inscrit, toutes les communications et notifications prévues F le présent livre pour tout dossier. / Les personnes mentionnées au premier alinéa de l'article R. 414-1 doivent s'inscrire dans l'application mentionnée à cet article () ".

3. M. E indique ne pas avoir été en mesure d'organiser sa défense dans le cadre de la présente instance, compte tenu de sa détention à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis. Toutefois, il est constant que son avocat, qui a été désigné d'office dès le 2 janvier 2023, avait, conformément aux dispositions précitées du code de justice administrative, la possibilité de consulter le dossier de M. E F le biais de l'application informatique Télérecours visée à l'article R. 414-1 de ce code, à laquelle il est tenu de s'inscrire. Ainsi, en dépit de sa situation d'avocat commis d'office, Me Collet, comme tous ses confrères commis d'office, disposait d'un délai suffisant pour prendre connaissance du dossier de M. E et pour réunir, en se rapprochant de ce dernier ou de ses proches, les pièces qui lui aurait permis de défendre ses intérêts. Il suit de là que le moyen tiré de ce que la présente instance méconnait le droit au procès équitable garanti F les dispositions précitées de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

4. En deuxième lieu, F un arrêté n° 2022-093 du 13 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du 17 octobre 2022 de la préfecture des Hauts-de-Seine, Mme C A, cheffe du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer les décisions attaquées. F suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

5. En troisième lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. E, dont les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire et pour fixer le pays de destination, ainsi que pour arrêter, dans son principe et dans sa durée, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. F suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions de l'arrêté du 29 décembre 2022, que le préfet des Hauts-de-Seine a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. E avant de l'obliger à quitter le territoire français. Si M. E se prévaut à la barre de ce qu'il est célibataire et sans enfant, de sorte que le préfet ne pouvait indiquer qu'il était en concubinage avec une personne en situation irrégulière et avait un enfant à charge, il résulte en tout état de cause de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était pas fondé sur cette circonstance. F suite, les moyens tirés du défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressé, ainsi que de l'erreur de fait doivent être écartés.

7. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (). ".

8. Si M. E soutient que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'assortit pas ce moyen de précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. En particulier, si M. E a allégué à la barre être entré en France à l'âge de dix ans, présenter des attaches familiales en France, où résident notamment sa mère et son frère, et avoir occupé pendant plusieurs années un emploi d'agent de sécurité, l'intéressé ne verse au dossier aucune pièce de nature à établir la réalité et l'intensité de ses liens personnels et familiaux sur le territoire. F ailleurs, l'intéressé qui, ainsi qu'il a été rappelé ci-dessus, n'est pas en situation de concubinage et n'a pas d'enfant, est actuellement incarcéré F mandat de dépôt jusqu'au 28 février 2023 pour des faits de conduite de véhicule sans permis en récidive, de conduite de véhicule en ayant fait usage de stupéfiants et de mise à disposition de voiture de transport avec chauffeur sans inscription au registre et il a précisé qu'il a été de nombreuses fois arrêté pour conduite sans permis de conduire auparavant et que son habilitation à exercer un emploi d'agent de sécurité lui avait retirée. F suite, en l'état de l'instruction et eu égard à ce qui a été rappelé au point 3 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En troisième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que celle-ci n'est pas fondée sur le risque pour l'ordre public présenté F l'intéressé. F suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " F dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ;4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce que soutient M. E, le préfet des Hauts-de-Seine ne s'est pas fondé sur la circonstance que son comportement constituait une menace pour l'ordre public pour lui refuser un délai de départ volontaire. F ailleurs, il ressort des termes non contestés de l'arrêté du 29 décembre 2022 que M. E était titulaire d'un titre de séjour valide qui est arrivé à expiration le 14 février 2020 et dont il ne justifie pas avoir sollicité le renouvellement, s'étant ainsi maintenu irrégulièrement sur le territoire français, de sorte que sa situation entrait dans le champ des dispositions du 3° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et était de nature à caractériser le risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français. A cet égard, s'il allègue avoir été dans l'impossibilité de renouveler son titre de séjour en l'absence de passeport en cours de validité et dont l'établissement aurait nécessité qu'il se déplace dans un pays en état de guerre, il n'apporte aucun justificatif à l'appui de ses allégations. Dans ces conditions, et encore une fois en l'état de l'instruction eu égard au point 3 du jugement, le préfet des Hauts-de-Seine a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. E.

12. En second lieu, eu égard aux circonstances indiquées au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, eu égard aux circonstances indiquées au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

14. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

15. Si M. E soutient que la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ce moyen doit, F suite, être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

16. Eu égard aux circonstances indiquées au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées F M. E tendant à 1'annulation de l'arrêté du 29 décembre 2022 doivent être rejetées, ainsi que, F voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public F mise à disposition au greffe le 8 février 2023.

Le magistrat désigné,

signé

J. D La greffière,

signé

E. Amegee

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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