mercredi 8 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2300029 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Président Mégret |
| Avocat requérant | SCP ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er janvier 2023, M. B A, représenté par Me Grebille-Romand demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions portant retrait de points sur le solde de son permis de conduire à raison des infractions commises les 23 janvier 2019 (1 point), 12 février 2021 (1 point), 27 février 2021 (1 point), 28 février 2021 (4 et 1 point), 2 mars 2021 (1 point), 3 mars 2021 (deux retraits d'un point) et 5 mars 2021 (1 point) ;
2°) d'annuler la décision implicite née du silence gardé par le ministre de l'intérieur et des outre-mer sur sa demande tendant au retrait de ces décisions du 17 octobre 2022 ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui restituer les points illégalement retirés et de rétablir le capital de points de son permis de conduire dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'a pas reçu l'information prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;
- la réalité des infractions n'est pas établie, faute de condamnation pénale définitive.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 avril 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au non-lieu partiel à statuer et au rejet du surplus de conclusions de la requête.
Il soutient que :
- la mention des infractions des 12 février 2021, 27 février 2021, 28 février 2021 commise à Ressons-sur-Matz, 2 mars 2021, 3 mars 2021 et 5 mars 2021 n'apparaît pas au relevé d'information intégral du requérant ;
- les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Mégret, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Mégret.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A a commis les 23 janvier 2019 (1 point), 12 février 2021 (1 point), 27 février 2021 (1 point), 28 février 2021 (4 et 1 points), 2 mars 2021 (1 point), 3 mars 2021 (deux retraits d'un point) et 5 mars 2021 (1 point), diverses infractions au code de la route ayant entraîné le retrait de plusieurs points affectés à son permis de conduire. Il a demandé au ministre de l'intérieur et des outre-mer, par un courrier avisé le 17 octobre 2022, le retrait de ces décisions. En l'absence de réponse expresse, une décision implicite de rejet de sa demande est née le 17 décembre 2022. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette dernière décision ainsi que des décisions portant retrait de points de son permis de conduire.
Sur la recevabilité de certaines décisions de retraits de points :
2. S'agissant des infractions commises les 12 février 2021, 27 février 2021, 28 février 2021, 2 mars 2021, 3 mars 2021 (deux retraits) et 5 mars 2021, il ressort des mentions du relevé d'information intégral, édité le 28 avril 2023, que ces infractions n'y figurent pas. Or, si le ministre fait valoir qu'il n'y a plus lieu de statuer pour les conclusions relatives à ces infractions, faute pour le requérant d'établir l'existence de ces infractions, les décisions de retrait en litige doivent être regardées comme n'existant pas. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation de ces décisions, de la décision implicite de rejet du recours gracieux de M. A pour ces infractions et des conclusions tendant à la restitution des points afférents à ces infractions sont irrecevables.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'infraction du 23 janvier 2019 :
S'agissant du défaut d'information :
3. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route, " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. Quand il est effectif, le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple ou, sur sa demande, par voie électronique. Un décret en Conseil d'Etat précise les conditions d'application du présent alinéa. ". Aux termes de l'article R. 223-3 du code de la route : " I.- Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. II.- Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9 () ".
4. Il résulte de ces dispositions que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie, que si l'auteur de l'infraction s'est vu, préalablement, délivrer un document contenant les informations prévues aux articles précités du code de la route, lesquels constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tout moyen, qu'elle a satisfait à cette obligation d'information. Il appartient au juge, saisi d'un moyen tiré de cette omission, de rechercher si compte tenu des circonstances de l'espèce, et notamment, le cas échéant, de l'information dont l'intéressé a bénéficié à l'occasion d'autres infractions, elle a eu pour effet de priver l'intéressé de la garantie instituée par la loi.
5. Le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée prévue par le second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale implique nécessairement qu'il a préalablement reçu l'avis d'amende forfaitaire majorée. En vertu des dispositions de l'article A. 37-28 du code de procédure pénale, le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration est revêtu des mentions qui permettent au contrevenant de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende il sera procédé au retrait de points et qui portent à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, le paiement de l'amende forfaitaire majorée suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre que cet avis était inexact ou incomplet.
6. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral que l'infraction commise le 23 janvier 2019 a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire pour le recouvrement d'une amende forfaitaire majorée le 14 avril 2019. Il ressort des mentions de l'attestation de la trésorerie du contrôle automatisé que M. A s'est acquitté de cette amende le 14 août 2020. Dans ces conditions, et alors qu'il ne démontre pas que cet avis soit inexact ou incomplet il doit être réputé avoir reçu l'information requise par les dispositions précitées. Par suite, le moyen doit être écarté.
S'agissant de la réalité de l'infraction :
7. Il résulte de la combinaison des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code la route, des articles 529, 529-1, 529-2 et 530 du code de procédure pénale et de l'arrêté du 29 juin 1992 fixant les supports techniques de la communication par le ministère public au ministère de l'intérieur des informations prévues par ces articles que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention de l'exécution d'une composition pénale, la notification d'une condamnation pénale devenue définitive, du paiement de l'amende forfaitaire, de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.
8. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. A qu'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée a été émis à son encontre, s'agissant de cette infraction. Si celui-ci soutient avoir présenté une requête en exonération, il ne l'établit pas, alors qu'il s'est acquitté, ainsi qu'il a été dit au point 6 du présent jugement, du paiement de cette amende. Dans ces conditions, la réalité de cette infraction doit être regardée comme étant établie. Par suite, le moyen tiré du défaut de réalité de cette infraction doit être écarté.
En ce qui concerne l'infraction commise le 28 février 2021 à 14 heures 53 :
9. Il appartient à l'administration, ainsi qu'il a été dit aux points 3 et 4 du présent jugement, d'apporter la preuve de la délivrance de l'information prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.
10. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.
11. En l'espèce, il résulte de l'examen du procès-verbal électronique établi par voie dématérialisée, produit par le ministre en défense qu'il a été dressé sans que le conducteur n'ait pu être intercepté et qu'une recherche dans le système d'immatriculation des véhicules a permis de constater qu'il s'agissait d'un véhicule détenu par M. C. La production de ce procès-verbal ne suffit donc pas à établir que le requérant aurait été destinataire de l'information requise par l'article L. 223-3 du code la route. Le ministre fait, en outre, valoir que suite à une requête en exonération présentée par le détenteur du véhicule, un avis de contravention, comportant les mentions requises a été adressé au domicile du conducteur désigné, M. A le 24 mars 2021. Or, le ministre ne justifie pas, par les pièces produites, de la notification de cet avis de contravention au requérant ni de celle de l'amende forfaitaire majorée. Dès lors, il n'est pas établi que M. A a eu connaissance des informations requises par les dispositions précitées. L'administration ne peut donc être regardée comme ayant satisfait à son obligation d'information du contrevenant.
12. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen dirigé contre cette décision, M. A est fondé à demander l'annulation de la décision de retraits de quatre points du solde de points de son permis de conduire à raison de l'infraction commise le 28 février 2021 à 14h53. Par voie de conséquence, la décision implicite de rejet de son recours gracieux, en tant qu'elle porte sur le retrait de cette décision, doit également être annulée.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de la décision de retrait de points pour l'infraction commise le 28 février 2021 à 14h53 et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux, en tant qu'elle porte sur cette infraction.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
14. Il y a lieu, en l'espèce, d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de créditer le permis de conduire de M. A des quatre points retirés au capital de points affectés à son permis de conduire dans la limite du capital maximum de points affectés à ce permis dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais du litige :
15. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le paiement de la somme demandée par M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de retrait de points pour l'infraction du 28 février 2021 commise à 14h53 ainsi que celle rejetant implicitement son recours gracieux, en tant qu'elle porte sur cette infraction sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de créditer de quatre points au capital de points affectés au permis de conduire de M. A dans la limite du capital maximum de points affectés à ce permis dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus de conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2023.
La magistrate désignée,
signé
S. Mégret
La greffière,
signé
Y. Bouakkaz
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°23000291
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026