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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2300107

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2300107

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2300107
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7éme chambre
Avocat requérantSAIDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 janvier 2023, M. C B, représenté par Me Saïdi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, d'examiner sa demande dans un délai de quinze jours et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour, dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente ; elle est insuffisamment motivée ; elle a été prise en méconnaissance du droit à être entendu tel que prévu à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ; elle est entachée d'une erreur d'appréciation en estimant que son comportement représente une menace pour l'ordre public ; elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'un défaut de motivation ; elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 mars 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Mathé a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant marocain né le 15 décembre 1985, est, selon ses déclarations, entré en France en août 2014. Le 2 janvier 2023, il a été interpelé par les forces de police. Par un arrêté du 3 janvier 2023, le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant trois ans. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, par un arrêté n°2022-PREF-DCPPAT-BCA-132 du 23 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n°126 du même jour de la préfecture de l'Essonne, M. A D, chef du bureau de l'asile, a reçu délégation du préfet de ce département à l'effet de signer, notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont elle fait application. Elle mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement M. B en mesure de discuter les motifs de cette décision et le juge d'exercer son contrôle. Elle est ainsi suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".

5. Le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. En outre, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

6. En l'espèce, si le requérant soutient qu'il a été entendu par les forces de l'ordre, sans être toutefois informé à aucun moment du fait qu'une décision portant obligation de quitter le territoire français pouvait être prise à son encontre, et qu'il n'a ainsi pas pu faire valoir ses observations sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne, il ne précise toutefois pas les éléments pertinents qu'il aurait porté à la connaissance de l'autorité préfectorale et qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, s'il n'avait pas été privé de cette possibilité. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance du droit de M. B à être entendu avant que ne soit prise la décision attaquée doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. B n'établit pas résider de manière habituelle et continue sur le territoire français avant 2017. En outre, il ne justifie pas y être entré de manière régulière, ni avoir cherché à régulariser sa situation administrative avant que ne soit prise la décision attaquée, et il ressort des pièces du dossier qu'il a fait l'objet d'un arrêté du 31 mars 2017 par lequel le préfet du Val d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour d'une durée de trois ans, qu'il n'a pas exécuté. Il ne conteste pas être célibataire sans charge de famille, et il n'est pas démontré, ni même soutenu, qu'il entretiendrait des liens d'une particulière intensité avec des personnes présentes sur le territoire français. De plus, s'il justifie avoir travaillé en qualité de pâtissier pour huit sociétés différentes depuis le mois de février 2018, il a exercé ces activités professionnelles illégalement. M. B ne saurait d'ailleurs se prévaloir d'une bonne intégration au sein de la société française, dès lors qu'il a commis des faits de vol à l'étalage pour lesquels il a été interpelé par les services de police le 2 janvier 2023, et il ne conteste pas avoir commis les faits pour lesquels il a fait l'objet de signalements, pour tentative de vol, vol à l'étalage et cambriolage de lieux d'habitation principale. Par ailleurs, il n'est pas établi, ni même soutenu, qu'il serait isolé en cas de retour au Maroc, où il a vécu la majeure partie de son existence et où résident ses parents. Dans ces conditions, en obligeant M. B à quitter le territoire français, le préfet de l'Essonne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a pris cette décision et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En dernier lieu, compte tenu des éléments mentionnés au point 8, le préfet de l'Essonne n'a commis aucune erreur d'appréciation en considérant que le comportement de M. B constituait une menace pour l'ordre public. Au surplus, le requérant ne contestant pas ne pas être entré régulièrement en France ni s'y être maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, ainsi que le mentionne la décision attaquée, celle-ci pouvait être légalement fondée, notamment, sur les seules dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

11. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté que le préfet a retenu l'ensemble des quatre critères qu'il devait prendre en compte pour motiver le délai de l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de M. B, à savoir la durée de sa présence en France, la nature et l'ancienneté de ses liens sur le territoire, la circonstance qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement du territoire français, et la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Par suite, la décision attaquée est suffisamment motivée.

12. En second lieu, compte tenu des éléments mentionnés précédemment, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant trois ans prise à l'encontre de M. B n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 3 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant trois ans. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Ouardes, président,

- M. de Miguel, premier conseiller,

- Mme Mathé, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.

La rapporteure,

C. Mathé

Le président,

P. Ouardes La greffière,

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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