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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2300188

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2300188

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2300188
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7éme chambre
Avocat requérantSAMBA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 janvier 2023, M. D B, représenté par Me Bertin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, sous les mêmes conditions ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de séjour est insuffisamment motivée ; elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ; elle est entachée d'un défaut de base légale en ce qu'elle se réfère à ses antécédents judiciaires sans toutefois viser l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de ces dispositions et ces stipulations ; elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ; elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ; elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.

La requête a été communiquée le 16 janvier 2023 au préfet de l'Essonne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 16 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 mars 2023.

Des pièces produites par le préfet de l'Essonne ont été enregistrées le 21 mars 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Mathé a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant ivoirien né le 14 mai 1989, est, selon ses déclarations, entré en France en février 2015. Le 29 juillet 2022, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'articles L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 1er décembre 2022, notifié le 6 décembre 2022, le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, ni l'ensemble des documents que celui-ci aurait transmis au préfet à l'appui de sa demande de titre de séjour, vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dont elle fait application. Elle mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement M. B en mesure de discuter les motifs de cette décision et le juge d'exercer son contrôle. La décision attaquée est, par suite, suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas de l'arrêté attaqué, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet ne se serait pas livré à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de M. B.

4. En troisième lieu, la circonstance que l'arrêté attaqué ne vise pas les dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne constitue au demeurant pas le fondement de la décision attaquée, n'est pas de nature à révéler l'existence d'un défaut de base légale.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

6. M. B justifie résider de manière habituelle et continue sur le territoire français depuis seulement 2019. En outre, s'il se prévaut vivre en concubinage avec Mme C A, ressortissante ivoirienne titulaire d'une carte de résident, avec laquelle il a eu une enfant née en 2020, cette relation, d'une durée de seulement trois ans selon les pièces produites, est récente, et il ne produit aucun élément de nature à établir qu'il contribuerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de cette enfant. A supposer même que cela soit le cas, il n'est pas établi, ni même soutenu, que la cellule familiale serait dans l'impossibilité de se reconstituer au Côte d'Ivoire, où il ne ressort d'ailleurs pas des pièces du dossier qu'il y serait isolé, à supposer même qu'il ait résidé de manière habituelle et continue en Italie avec son père depuis la fin de l'année 2003. Par ailleurs, il ne conteste aucunement avoir été condamné par un jugement rendu le 24 novembre 2017 par le tribunal correctionnel de Meaux pour des faits de vol, ni avoir commis les faits pour lesquels il a fait l'objet d'un signalement le 20 novembre 2015, pour escroquerie, prise du nom d'un tiers pouvant déterminer des poursuites pénales contre lui et usage de chèque contrefait ou falsifié. Enfin, s'il justifie d'une insertion professionnelle sur le territoire français depuis 2019, en ayant travaillé pour une société entre janvier 2019 et mars 2021 en qualité de responsable logistique, et en bénéficiant d'une promesse d'embauche en qualité de commercial par une autre société, qui a rempli une demande d'autorisation de travail datée du 26 juillet 2022, ces seuls éléments demeurent insuffisants. Dans ces conditions, l'admission au séjour de M. B ne répondant pas à des considérations humanitaires et ne se justifiant pas au regard de motifs exceptionnels, la décision attaquée ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions.

7. En cinquième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Dès lors, le requérant, qui ne conteste pas avoir présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le seul fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut utilement soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 421-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de ces dispositions.

8. En dernier lieu, compte tenu des éléments mentionnés au point 6, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'erreur d'appréciation au regard de ces stipulations, et de la méconnaissance de celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, doivent être écartés.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, la décision portant refus de séjour opposée à M. B n'étant pas entachée d'illégalité, la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui se fonde sur cette décision, ne saurait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de celle-ci.

10. En second lieu, la décision faisant obligation à M. B de quitter le territoire français, a été prise concomitamment à celle refusant de lui délivrer un titre de séjour. Cette dernière étant, ainsi qu'il a été dit au point 2, suffisamment motivée, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et qui indique que M. B n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à cette convention en cas de retour dans son pays d'origine, est suffisamment motivée.

12. En second lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'établissant pas que la décision portant obligation de quitter le territoire serait entachée d'une illégalité, il n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de celle-ci.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 1er décembre 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours

et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Ouardes, président,

- M. de Miguel, premier conseiller,

- Mme Mathé, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.

La rapporteure,

C. Mathé

Le président,

P. Ouardes La greffière,

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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