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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2300192

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2300192

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2300192
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7éme chambre
Avocat requérantTEFFO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Teffo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2022 par lequel le préfet des Yvelines a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer la carte de séjour sollicitée portant la mention " salarié " sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il soit à nouveau statué sur son cas ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ; elle est entachée d'incompétence ; elle méconnaît les dispositions de l'article L 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'erreur de droit au regard de l'article L 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ; elle méconnaît le droit d'être entendu prévu au point 2 de la Charte des droits fondamentaux ; elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- la décision fixant le délai de départ est insuffisamment motivée ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2023, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ouardes,

- les observations de Me Teffo, en présence de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 26 août 1990 à Tizi Ouzou (Algérie), est entré en France le 23 janvier 2015 sous couvert d'un visa de type C. Il a sollicité le 17 août 2022 la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant mention " salarié " sur le fondement des stipulations de l'article 7b) de l'accord franco-algérien. Par arrêté du 8 décembre 2022, le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel il était susceptible d'être éloigné à l'issue de ce délai. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

S'agissant des moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté n°78-2022-09-23-00004 du 23 septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour de la préfecture des Yvelines, M. Julien Bertrand, conseiller d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer, directeur des migrations, a reçu délégation du préfet de ce département, à l'effet de signer, notamment, les décisions contenues dans l'arrêté attaqué du 8 décembre 2022. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque ainsi en fait.

3. En deuxième lieu, les décisions attaquées qui n'avaient pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, mentionne les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elles indiquent avec suffisamment de précisions les circonstances de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent, et notamment la situation personnelle et familiale de l'intéressé. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement M. A en mesure de discuter les motifs de ces décisions et le juge d'exercer son contrôle. Elles sont, par suite, suffisamment motivées.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas de l'arrêté attaqué, ni d'aucune des autres pièces du dossier, que le préfet des Yvelines ne se serait pas livré à un examen sérieux et approfondi de la situation personnelle de M. A nonobstant l'erreur de plume quant au temps partiel au lieu du temps complet.

S'agissant de la décision de refus de séjour :

5. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française () ".

6. Le requérant ne justifie pas être entré en France en possession d'un visa de long séjour ni d'un contrat de travail visé par les services en charge de l'emploi. Par suite, le préfet n'a pas méconnu les stipulations du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié doit être écarté.

7. En deuxième lieu, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés et leur durée de validité, et font ainsi obstacle à l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, ces mêmes stipulations ne s'opposent pas à ce que le préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose, puisse apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Il appartient seulement au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation portée sur la situation personnelle de l'intéressé.

8. Si M. A soutient qu'il fait état de motifs exceptionnels d'admission au séjour dès lors qu'il travaille en France depuis octobre 2019, il est constant que l'intéressé a travaillé comme boulanger pour les SAS Aux blés de Charmilles et Au fournil de Mennecy sans autorisation de travail. Par ailleurs la durée de séjour alléguée ne constitue pas, par elle-même, une considération humanitaire ou un motif exceptionnel de nature à lui ouvrir droit au séjour. Dans ces conditions, le préfet n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de M. A en refusant de faire usage de son pouvoir de régularisation qu'il détient sans texte pour lui délivrer un titre de séjour.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Le requérant entend justifier de son insertion par son activité professionnelle. Toutefois cette activité est récente et cette circonstance ne suffit pas à elle-seule à démontrer la réalité de son intégration en France. Par ailleurs, s'il soutient avoir transféré en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux eu égard notamment à la présence de son frère et de sa sœur, tous deux de nationalité française, M. A n'établit pas l'intensité de ses liens ni que sa présence à leurs côtés serait indispensable. Il est célibataire et sans charge de famille. Il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où vivent ses parents, trois de ses sœurs et un de ses frères. Par suite M A n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Yvelines a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. Pour les mêmes motifs qu'indiqués ci-dessus, M. A qui a d'ailleurs expressément sollicité un titre de séjour mention " salarié " n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions de l'article L 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. En dernier lieu, à supposer même que le requérant ait entendu soutenir que la décision attaquée méconnaît la circulaire du 28 novembre 2012 du ministre de l'intérieur relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle au regard de celle-ci, cette circulaire ne revêt pas de caractère réglementaire, dès lors qu'elle a seulement pour objet de rappeler et de préciser aux autorités chargées de la police des étrangers, qui en sont destinataires, les conditions d'examen et critères permettant d'apprécier les demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers. Le moyen est inopérant et ne peut ainsi qu'être écarté.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :

13. En premier lieu, à supposer même qu'ils soient soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation au regard des stipulations du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de M. A en ce que le préfet a refusé de faire usage de son pouvoir de régularisation qu'il détient sans texte pour lui délivrer un titre de séjour, ces fondements n'impliquant pas la délivrance de plein droit d'un titre de séjour, sont inopérants à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".

15. Le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. En outre, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

16. En l'espèce, le requérant qui se borne à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, s'il n'avait pas été privé de cette possibilité. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance du droit de M. A à être entendu avant que ne soit prise la décision attaquée, doit être écarté.

17. En troisième lieu, la décision portant refus de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, la décision portant obligation de quitter le territoire, ne saurait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de celle-ci.

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :

18. Si le requérant soutient que la décision du préfet de lui accorder un délai de départ volontaire de trente jours est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, il n'établit pas qu'un délai supérieur à trente jours serait nécessaire pour quitter le pays. Par ailleurs, il ne précise pas quel délai aurait dû, selon lui, lui être accordé. Dans ces conditions, ce moyen doit être écarté.

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

19. Les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire n'étant pas entachées d'illégalité, la décision portant fixation du pays de renvoi ne saurait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de celles-ci.

20. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A ne peut qu'être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Ouardes, président,

M. de Miguel, premier conseiller,

Mme Mathé, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

Le président-rapporteur,

P. Ouardes

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

F-X de MiguelLa greffière,

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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