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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2300224

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2300224

vendredi 12 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2300224
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantDIOP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 10 janvier 2023, le 8 mars 2023 et un mémoire déposé le 7 avril 2023 mais non communiqué, M. A C, représenté par Me Diop, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté notifié le 12 décembre 2022 du préfet de l'Essonne lui refusant le titre de séjour demandé et l'obligeant à quitter le territoire français avec délai, révélé par le refus de l'agent au guichet de la préfecture de renouveler son récépissé de demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et, à tout le moins, de procéder au réexamen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un vice de procédure, en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- il est insuffisamment motivé au regard de l'article L.211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur de fait ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne qui n'a pas produit de mémoire mais uniquement des pièces, le 23 mars 2023, qui ont été communiquées.

Par ordonnance du 24 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vincent, première conseillère,

- les observations de Me Diop,

- et les observations de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant tunisien né le 31 mars 1982, est entré sur le territoire français en décembre 2010, selon ses déclarations. Il a bénéficié de récépissés de demande de titre de séjour entre décembre 2015 et décembre 2016. Il a ensuite sollicité son admission exceptionnelle au séjour, en qualité de salarié exerçant les fonctions de peintre. Un récépissé de demande de titre de séjour lui a été de nouveau délivré à compter du 17 mai 2021, renouvelé jusqu'au 22 décembre 2022. Le 22 décembre 2022, il s'est rendu à la préfecture pour renouveler son récépissé, demande refusée par l'agent au guichet, au motif qu'il s'était vu notifier un arrêté le 12 décembre 2022 refusant de lui délivrer le titre de séjour demandé et l'assortissant d'une obligation de quitter le territoire français. Par la présente requête, il demande l'annulation de cet arrêté révélé par le refus de l'agent au guichet de lui renouveler son récépissé de demande de titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté litigieux daté du 8 décembre 2022 et transmis par le préfet de l'Essonne le 23 mars 2023 dans le cadre de la présente instance, a été signé par M. D B, directeur de l'immigration et de l'intégration, qui avait reçu délégation du préfet du département de l'Essonne pour signer l'arrêté attaqué, par un arrêté n° 2022-PREF-DCPPAT-BCA-132 du 23 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 126 du même jour de la préfecture de l'Essonne. Par suite, le moyen manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, conformément aux articles L.211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas de l'arrêté attaqué que le préfet aurait entaché l'arrêté litigieux d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle. En particulier, il ne ressort pas des pièces versées au dossier que le requérant aurait fourni une demande d'autorisation de travail, l'extrait Kbis de la société qui l'emploie et ses statuts.

5. En quatrième lieu, si le requérant soutient que l'arrêté litigieux est entaché d'inexactitude matérielle, apportant la preuve de sa présence en France depuis 2010, il ressort de l'arrêté attaqué que le préfet a examiné les documents produits justifiant de sa présence en France depuis 2010. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

6. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Au cas d'espèce, si le requérant allègue de la durée de sa présence en France et de son insertion au sein de la société française, il n'établit pas, par cette simple affirmation ni par les pièces produites, l'intensité des liens personnels et familiaux noués en France alors que le préfet fait valoir dans l'arrêté litigieux, sans être contesté que, célibataire et sans charge de famille, il n'est pas dépourvu d'attaches familiales à l'étranger où il a résidé jusqu'à l'âge de 28 ans et où résident ses parents, ses six sœurs et ses deux frères. Par suite, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale en l'obligeant à quitter le territoire français avec délai. Pour les mêmes motifs, il n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article L.432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative :1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ; 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ". Aux termes de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".

9. Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions de délivrance de l'un des titres prévus par les dispositions précitées de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, en vertu du deuxième alinéa de l'article L. 435-1 du même code, qui justifient résider en France habituellement depuis plus de dix ans et non du cas de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions.

10. Au cas d'espèce, le requérant ne justifie pas, par les pièces qu'il produit, de sa présence habituelle et ininterrompue en France depuis plus de 10 ans, en particulier pour l'année 2012. Dès lors, le moyen tiré du vice de procédure pour absence de saisine de la commission du titre de séjour doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'arrêté attaqué, révélé par le refus de l'agent au guichet de lui délivrer un récépissé de carte de séjour, doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il en est de même de ses conclusions à fin d'injonction, de même que de ses conclusions sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 14 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Gosselin, président,

Mme Vincent, première conseillère,

Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.

La rapporteure,

signé

L. Vincent

Le président,

signé

C. GosselinLa greffière,

signé

S. Lamarre

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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