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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2300263

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2300263

vendredi 27 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2300263
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantGOEAU-BRISSONNIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 janvier 2023, le préfet de l'Essonne, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion sans délai de l'Hébergement d'Urgence pour Demandeurs d'Asile (HUDA) de Lisses de M. A, au besoin avec le concours de la force publique ;

2°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire de l'HUDA afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de l'intéressé, à défaut pour lui de les avoir emportés.

Il soutient que :

- en application de l'article L744-5 alinéa 4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le juge des référés est compétent pour prononcer une injonction de quitter les lieux à l'encontre d'un occupant irrégulier.

- le 29 avril 2021, l'HUDA de Lisses a accueilli M. A dont l'examen de la demande d'asile était en cours. Toutefois, il ne s'est pas présenté à deux rendez-vous de l'office français pour l'immigration et l'intégration. Par une correspondance du 5 janvier 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration l'a informé qu'il lui appartenait de quitter son lieu d'hébergement ; sans réaction de sa part, une mise en demeure de quitter ce lieu sous quinze jours lui a été notifiée par voie recommandée le 7 juillet 2022 ; à ce jour, l'intéressé n'a pas déféré à cette obligation.

- le maintien de M. A dans cet hébergement fait obstacle à l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile et tout maintien d'un débouté du droit d'asile à l'HUDA compromet le bon fonctionnement de cette institution qui a vocation à accompagner les étrangers dans leurs démarches ; la condition d'utilité est ainsi remplie de même que celle touchant à l'urgence ;

- le maintien de M. A dans son lieu d'hébergement est illégal et la mesure demandée ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

La requête a été communiquée à M. A, représenté par Me Goeau-Brissonière, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Gosselin, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Après avoir, au cours de l'audience tenue le 25 janvier 2023, entendu :

-le rapport de Mme Gosselin, magistrat désigné ;

-et les observations M. A qui indique qu'il ne comprend pas pourquoi le préfet lui a adressé cette mise en demeure et qu'il n'a pas encore reçu la décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides.

Considérant ce qui suit :

2. D'une part, selon l'article L. 744-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, issu de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile, les lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile " accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen. Cette mission prend fin à l'expiration du délai de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou à la date de la notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou à la date du transfert effectif vers un autre Etat, si sa demande relève de la compétence de cet Etat. () / Un décret en Conseil d'Etat détermine les conditions dans lesquelles les personnes s'étant vu reconnaître la qualité de réfugié ou accorder le bénéfice de la protection subsidiaire et les personnes ayant fait l'objet d'une décision de rejet définitive peuvent être maintenues dans un lieu d'hébergement mentionné au même article L. 744-3 à titre exceptionnel et temporaire. / Lorsque, après une décision de rejet définitive, le délai de maintien dans un lieu d'hébergement mentionné audit article L. 744-3 prend fin, l'autorité administrative compétente peut, après mise en demeure restée infructueuse, demander en justice qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. " ;

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative "

4. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile a fait l'objet d'une décision définitive, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A hébergé à l'HUDA de Lisses depuis le 29 avril 2021, ne s'est pas rendu à deux rendez-vous les 23 septembre et 6 octobre 2021. Par un courrier du 5 janvier 2022, il a été informé par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides qu'au regard de ce non-respect des conditions d'hébergement, il devait quitter le lieu d'hébergement et serait relogé dans une structure adaptée à sa situation à Evry. Une mise en demeure de quitter le lieu sous quinze jours lui a été adressée le 7 juillet 2022, sans résultat.

6. Il résulte du point n° 5 que M. A se maintient ainsi sans droit dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, n'ayant pas respecté les conditions de cet hébergement. La mesure sollicitée par le préfet ne se heurte donc à aucune contestation sérieuse. La libération des lieux à Lisses pour mettre à disposition des demandeurs d'asile en attente des places d'hébergement dans le département de l'Essonne présente un caractère d'urgence et d'utilité tandis que le requérant n'explique par aucune raison valable son maintien dans les lieux.

7. A la barre, M. A soutient que l'office français de protection des réfugiés et apatrides n'a toujours pas statué sur sa demande d'asile ; toutefois, cette circonstance, à la supposer établie, est sans incidence sur la mesure sollicitée par le préfet dès lors que l'intéressé, comme il a été rappelé au point précédent, doit quitter son logement en raison de son absence de respect des conditions d'hébergement.

8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner la libération par M. A de l'hébergement qu'il occupe au sein de l'HUDA de Lisses, au besoin avec le concours de la force publique et d'autoriser le préfet de l'Essonne à donner toutes instructions utiles au gestionnaire de l'hébergement afin de débarrasser les lieux des biens meublés s'y trouvant, aux frais et risques de l'intéressé, à défaut pour lui de les avoir emportés.

O R D O N N E :

Article 1err : Il est enjoint à M. A de libérer les lieux qu'il occupe dans le centre d'Hébergement d'Urgence pour Demandeurs d'Asile (HUDA) de Lisses.

Article 2 : le préfet de l'Essonne est autorisé à procéder, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, avec le concours de la force publique, à l'expulsion de M. A et à donner toutes instructions utiles à l'association gestionnaire du centre.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet de l'Essonne, à l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration et à M. B A.

Fait à Versailles, le 27 janvier 2023

La juge des référés

Signé

C. Gosselin La greffière

signé

é N. Gilbert La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N° 2300263

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