vendredi 31 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2300314 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | LEBON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 janvier 2023, M. A C, représenté par Me Lebon, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 22 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de réexaminer sa situation en lui délivrant, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour et de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'insuffisance de motivation en ce qui concerne sa vie privée et familiale, son insertion professionnelle et la menace alléguée à l'ordre public ;
- il ne saurait être obligé à quitter le territoire français, dès lors qu'il a droit à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et à la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'un enfant français ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les articles 6 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'intérêt supérieur de son enfant ;
- son comportement ne présente pas une menace pour l'ordre public ;
- il bénéficie de la présomption d'innocence.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 février 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant tunisien né le 3 décembre 1994, est entré en France, muni d'un visa de court séjour Schengen, le 26 juillet 2014. Par un arrêté du 22 décembre 2022, dont M. C demande l'annulation, le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué rappelle les conditions d'entrée et de séjour de M. C en France et son mariage avec une ressortissante française, le 24 avril 2021. Il fait également état des signalements dont M. C a fait l'objet pour estimer que son comportement présente une menace pour l'ordre public. S'il ne fait pas état de la naissance, le 24 juin 2022, d'un enfant, il ressort des pièces du dossier que la demande de titre de séjour du requérant a été déposée en décembre 2021 avant cette naissance et que M. C a déposé une nouvelle demande de titre de séjour en qualité de parent d'un enfant français le 9 janvier 2023, postérieurement à la décision attaquée. Il n'est ainsi pas établi que le requérant a porté à la connaissance du préfet la naissance de son enfant et le contrat de travail à durée indéterminée signé le 9 mai 2022 avec la société La Belle Epoque. En outre, le préfet n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des attaches familiales en France de l'intéressé. Alors même qu'il aurait fait une appréciation erronée de la menace à l'ordre public qu'il présente, l'arrêté attaqué est suffisamment motivé sur ce point. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté du 22 décembre 2022 doit être écarté.
3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française () ". Selon l'article L. 423-2 du même code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". En vertu de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".
4. D'autre part, un étranger ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lorsque la loi prescrit qu'il doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. C est marié depuis le 24 avril 2021 avec une ressortissante française. Il justifie, par les pièces qu'il produit, notamment de la société Suez eau France, d'une communauté de vie avec son épouse depuis le mois de février 2020, soit deux ans et demi à la date de l'arrêté attaqué. Il n'est pas contesté que cette communauté de vie se poursuivait à la date de l'arrêté du 22 décembre 2022. Il ressort également des pièces du dossier que le couple a eu un enfant né sans vie le 20 novembre 2021 et une fille née le 24 juin 2022.
6. Cependant, il ressort également des termes mêmes de l'arrêté du 22 décembre 2022, que le préfet de l'Essonne a refusé de délivrer à M. C un titre de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française au motif que sa présence constituait une menace pour l'ordre public en application de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet fait, à cet égard, état de quatre signalements récents dans le fichier " traitement d'antécédents judiciaires " consistant premièrement, en des faits de détention frauduleuse de faux document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité ou accordant une autorisation et usage de faux document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité ou accordant une autorisation, le 20 avril 2019, deuxièmement en des faits de recel de bien provenant d'un vol, le 8 novembre 2020, troisièmement en des faits de vol par ruse dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt, le 7 mai 2022 et enfin, en des faits de conduite d'un véhicule sans permis et maintien irrégulier sur le territoire français après placement en rétention ou assignation à résidence d'un étranger ayant fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire, le 17 août 2021. Il ressort des pièces du dossier que M. C a la qualité d'auteur pour chacun de ces signalements. Il ressort également des pièces du dossier qu'il a fait l'objet d'un cinquième signalement pour " blanchiment concours à une opération de placement, dissimulation ou conversion du produit d'un délit puni d'une peine n'excédant pas cinq ans " en qualité d'auteur, le 8 septembre 2022. Alors même que ces faits, qui ne sont pas sérieusement contestés par le requérant, n'ont donné lieu à aucune condamnation pénale, il ressort des pièces du dossier qu'ils présentent un caractère récent, grave et répété. Par suite, le préfet de l'Essonne n'a pas entaché sa décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour à M. C sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile d'erreur d'appréciation.
7. Il résulte de ce qui est dit aux points 3 à 6 du présent jugement que M. C n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait dû se voir attribuer un titre de séjour de plein droit en qualité de conjoint d'une ressortissante française, faisant obstacle à ce qu'il soit éloigné du territoire français.
8. En troisième lieu, la circonstance que M. C n'a pas été condamné pénalement et bénéficie, en conséquence de la présomption d'innocence, si elle doit être prise en compte dans l'appréciation que porte l'autorité administrative sur l'existence d'une menace à l'ordre public, ne fait pas obstacle, par elle-même, à l'application de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cité au point 3.
9. En quatrième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
10. Il ressort de ce qui est dit au point 5 que la communauté de vie entre M. C et son épouse, de moins de trois ans, était récente à la date de l'arrêté attaqué. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C a informé le préfet de la naissance de sa fille, en juin 2022. L'insertion professionnelle du requérant est elle-même récente. Il n'est pas établi que les liens entre M. C et ses frères, nés en 1984 et 1987, vivant en France seraient particulièrement étroits et que la présence du requérant auprès de ses frères serait indispensable. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, eu égard à la menace pour l'ordre public que présente M. C, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
11. En cinquième lieu, le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant stipule que : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
12. Eu égard au jeune âge de la fille de M. C et en l'absence d'impossibilité de la mère et de l'enfant de lui rendre visite dans son pays d'origine en cas d'éloignement, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne porte pas, dans les circonstances de l'espèce, atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant.
13. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 22 décembre 2022 du préfet de l'Essonne présentées par M. C doivent être rejetées. Ses conclusions à fin d'injonction doivent, en conséquence également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 17 mars 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Grenier, présidente,
- Mme Vincent, première conseillère,
- Mme Geismar, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 31 mars 2023.
La présidente-rapporteure,
Signé
C. BL'assesseure la plus ancienne
dans le grade,
Signé
L. Vincent
La greffière,
Signé
S. Lamarre
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026