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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2300451

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2300451

jeudi 16 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2300451
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11
Avocat requérantBALIKCI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 17 janvier 2023, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis au tribunal administratif de Versailles la requête de M. D A.

Par cette requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 13 janvier et 13 février 2023 M. D A représenté par Me Balikci Atilla, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 janvier 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de cet article.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 février 2023, préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 14 février 2023, en présence de M. Ileboudo, greffier :

- le rapport de M. C ;

- les observations de Me Me Balikci, représentant, M. A, assisté de Mme B, interprète en langue kurde, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens [et fait valoir en outre qu'il est présent en France depuis douze ans et qu'il vient de recevoir ce matin l'accusé de réception de sa demande de rendez-vous à la préfecture de l'Essonne pour déposer sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, tant au regard du travail que de la durée de séjour, la préfecture des Hauts-de-Seine n'a pas pris l'attache de cette autre préfecture, tout ceci démontrant le défaut d'examen sérieux ; la famille de l'intéressée est considérée comme en Turquie alors qu'elle est en France depuis septembre 2022 ; le pays de destination n'a plus de sens car sa famille est en France, il n'a plus d'attache en Turquie ; en outre, après le séisme, un retour est aujourd'hui inenvisageable car ce pays n'est plus sûr ; il a fui pour des raisons politique ;

- le Préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

M. A a produit une note en délibéré, le 14 février 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant turc, né le 25 novembre 1978 est entré irrégulièrement en France le 25 septembre 2012, selon ses déclarations. Le 3 décembre 2018, il a fait l'objet d'une première obligation de quitter le territoire auquel il ne s'est pas conformé. Par un arrêté du 11 janvier 2023, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans, en l'informant de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen pendant la durée de cette interdiction. M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté litigieux vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A, dont les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire et pour fixer le pays de renvoi, ainsi que pour arrêter, dans son principe et dans sa durée, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation ne peut qu'être écarté

3. En deuxième lieu, la décision attaquée indique que M. A est entré en France en 2012, qu'il a déclaré être marié et avoir trois enfants à charge, qu'il ne peut justifier la réalité, l'intensité et la pérennité de sa vie en commune avec son épouse, qu'il ne peut justifier participer à l'éducation et à l'entretien de ses enfants, que ses liens personnels et familiaux en France ne peuvent être regardés comme suffisamment anciens, intenses et stables. Elle précise encore qu'il n'allègue pas être dépourvu de toutes attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine. L'arrêté indique encore que l'intéressé s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire. Par suite, et dès lors que l'arrêté litigieux mentionne de manière précise et circonstanciée ses conditions de séjour sur le territoire national ainsi que sa situation personnelle au regard de sa vie privée et familiale, le moyen tiré de ce que le préfet de l'Essonne n'aurait pas examiné sa situation personnelle ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. (). ".

5. Lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Or, il n'est pas contesté que la décision en litige n'a pas pour objet de refuser la délivrance d'un titre de séjour à l'intéressé, mais seulement de l'obliger à quitter le territoire français. Par ailleurs, le requérant ne justifie pas avoir saisi la préfète d'une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut être qu'écarté comme inopérant.

6. Si M. A fait valoir qu'il est présent en France, de façon continue, depuis 2012, il ne justifie pas de sa présence sur le territoire. Il fait valoir qu'il est marié et à trois enfants à charge. Toutefois, il n'a justifié, que par note en délibéré d'ailleurs, de l'entrée en France de sa famille, alléguée à la barre, en septembre 2022 et de leur demande d'asile alors que sa propre demande avait été rejetée. Il ne justifie pas par ailleurs la réalité et l'intensité de ses liens sur le territoire et avoir sa résidence habituelle en France depuis 2012, alors d'ailleurs, qu'il a fait l'objet, le 3 décembre 2018, d'une première obligation de quitter le territoire auquel il ne s'est pas conformé. Dans ces conditions, M. A ne justifie pas de considérations humanitaires ou exceptionnelles de nature à justifier la régularisation de son séjour. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Essonne a méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En quatrième lieu, si M. A soutient que la décision fixant le pays de destination est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que ses trois enfants et sa femme sont en France depuis septembre 2022 et qu'il n'a plus aucun membre de sa famille en Tunisie, et qu'il y serait isolé en cas de retour, il ne produit aucun document à l'appui de cette dernière allégation. Pour autant, l'intéressé a allégué à la barre que sa famille est restée loin de lui pendant quinze ans en Turquie sans en être inquiétée. Il allègue qu'il ne peut retourner en Turquie au regard du séisme touchant le territoire. Toutefois, il ne fournit aucun document de nature à établir qu'il encourrait des risques le visant personnellement en cas de retour vers le pays dont il a la nationalité. Par suite, le moyen doit en tout état de cause être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 11 janvier 2023 doivent être rejetées, ainsi que ses conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

J. C Le greffier

Signé

J. Ileboudo

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2300451

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