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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2300523

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2300523

mardi 7 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2300523
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBARTHELEMY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 19 et 23 janvier 2023, M. C A, représenté par Me Barthe´lemy, demande à la juge des re´fe´re´s, saisie sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner, a` titre principal, la suspension de l'exécution de l'arrêté n° LD 2022-1607 du 9 novembre 2022 en tant que le préfet de Police a prononcé une interdiction de stade pour les manifestations sportives des différentes sections du Paris Saint-Germain, ou` lors des retransmissions en public de celles-ci, pour une durée de six mois ;

2°) d'ordonner, a` titre subsidiaire, la suspension de l'exécution de l'article 2 de cet arrêté, par lequel le préfet de Police l'a obligé à répondre aux convocations du préfet des Yvelines lors des manifestations des différentes sections du Paris Saint-Germain sur l'ensemble du territoire national ou sur le territoire d'un État étranger ;

3°) de mettre a` la charge de l'État une somme 2 500 euros en application de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la condition d'urgence :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la mesure porte atteinte à des libertés fondamentales comme la liberté d'aller et venir, d'association, de réunion et d'expression, et que l'obligation de pointage porte atteinte à la liberté d'entreprendre et est disproportionnée ; en l'espèce, il doit pointer chaque semaine plus de six fois soit près de 25 rencontres par mois et passer ses week-ends et soirées au commissariat ; ceci constitue une contrainte importante d'autant plus qu'il est père de famille, que son épouse travaille en milieu hospitalier et qu'il travaille à la SNCF avec la possibilité de travailler le week-end et que la mesure dure six mois ce qui l'empêche notamment de partir en vacances ; de plus, aucun intérêt général ne justifie une telle atteinte à une liberté fondamentale, d'autant plus que c'est sa première sanction, que depuis août, il n'a pas troublé l'ordre public et n'a fait l'objet à ce jour d'aucune condamnation pénale ; enfin, il n'assiste qu'aux matchs de l'équipe masculine professionnelle de football du PSG et n'est pas concerné par les rencontres dans d'autres sports ;

Sur le doute sérieux quant a` la légalité de l'arrêté attaque´ :

- le fait qui lui est reproché est identique à celui reproché à de nombreuses personnes et aucun fait individualisé ne lui est reproché ; la matérialité des faits et leur individualisation des faits ne sont donc pas démontrées ; aucun fait antérieur précis ne lui est reproché et la note blanche produite dans la procédure précédente doit être écartée et n'a aucune valeur ;

- l'article L. 332-16 du code du sport prévoit la possibilité pour le préfet de prendre une mesure d'interdiction administrative de stade lorsqu'une personne constitue une menace pour l'ordre public a` raison de son comportement d'ensemble a` l'occasion de manifestations sportives ; or, l'arrêté attaque´ se fonde sur son comportement d'ensemble à l'occasion d'une unique manifestation sportive ;

- enfin, la mesure de pointage en cause est disproportionnée, tant dans sa durée, que dans son étendue et ses modalités.

Par un mémoire en défense enregistre´ le 2 février 2023, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête doit être rejetée pour défaut d'urgence et qu'aucun moyen n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

Vu les autres pièces du dossier, et notamment la requête au fond enregistrée sous le n°230006 tendant a` l'annulation de la décision litigieuse.

Vu :

- la décision n°2011-625 DC du Conseil constitutionnel du 10 mars 2011 ;

- le code du sport ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Mégret, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé´.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique tenue le 2 février 2023 a` 14 h30, en présence de Mme Bridet, greffière d'audience :

- le rapport de Mme B ;

- les observations de Me Dubois substituant Me Barthe´lemy, représentant M. A, non présent, qui regrette l'absence du Préfet de Police et relève que la note blanche comporte un certain nombre d'invraisemblances dont l'interdiction de stade ici déférée ; la note blanche indique que l'intéressé a fait l'objet d'une interpellation ce qui n'a pas été le cas ; il insiste sur le caractère très attentatoire aux libertés de cette interdiction notamment en raison du grand nombre de rencontres concernées ; l'analyse en détail du calendrier constitue un élément nouveau qui justifie aussi bien l'urgence que le caractère disproportionné de la mesure d'autant plus qu'il est impossible de connaître l'horaire précis des matchs à l'avance ; enfin, il insiste sur l'impact professionnel et familial de l'interdiction ;

- le préfet de police de Paris, non présent et non représenté´.

La clôture de l'instruction a été´ prononcée a` 14 heures 50 a` l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté n° LD 2022-1607 du 9 novembre 2022, notifie´ le 16 novembre 2022, le préfet de police de Paris a interdit, en son article 1er, a` M. C A de pénétrer et de se rendre aux abords des enceintes ou` se déroulent les manifestations sportives des différentes sections du Paris Saint-Germain, ou` lors des retransmissions en public de celles-ci, pour une durée de six mois. Cette interdiction concerne les manifestations sportives des équipes masculines, féminines, " U19 " et d'handball du Paris Saint-Germain. Par l'article 2 de ce même arrêté, le préfet de police a ordonné au requérant de répondre aux convocations du préfet des Yvelines lors des manifestations des différentes sections du Paris Saint-Germain, sur le territoire national ou sur celui d'un État étranger. L'article 3 de l'arrêté prévoit l'obligation pour M. A d'informer sans délai le préfet des Yvelines de l'impossibilité de déférer a` une convocation, et en une telle hypothèse, la possibilité pour le préfet de lui fixer un nouveau lieu de convocation. Par un courrier en date du 20 novembre 2022 reçu le 24 novembre, M. A a formé un recours gracieux auquel le Préfet de Police n'a pas répondu. M. A, qui fait partie groupe Parias Cohortis, demande la suspension de l'exécution de cet arrêté d'interdiction de stade, a` titre principal, et de son article 2 relatif a` l'obligation de pointage, a` titre subsidiaire.

Sur les conclusions principales et subsidiaires :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative: " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des re´fe´re´s, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre a` créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant a` la légalité´ de la décision. ".

3. Si les ordonnances par lesquelles le juge des référés fait usage de ses pouvoirs de juge de l'urgence sont exécutoires et, en vertu de l'autorité qui s'attache aux décisions de justice, obligatoires, elles sont, compte tenu de leur caractère provisoire, dépourvues de l'autorité de chose jugée. Il en résulte que la circonstance que le juge des référés a rejeté une première demande de suspension présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne fait pas obstacle à ce que la même partie saisisse ce juge d'une nouvelle demande ayant le même objet, notamment en soulevant des moyens ou en faisant valoir des éléments nouveaux, alors même qu'ils auraient pu lui être soumis dès sa première saisine. Une telle demande trouve son fondement non dans les dispositions de l'article L. 521-4, qui ne sauraient être utilement invoquées lorsque le juge des référés a rejeté purement et simplement une demande aux fins de suspension, mais dans celles de l'article L. 521-1.

En ce qui concerne la condition d'urgence :

4. Aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononce´ de mesures d'urgence doit contenir l'expose´ au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de l'affaire () ".

5. Aux termes de l'article L. 332-16 du code du sport : " Lorsque, par son comportement d'ensemble a` l'occasion de manifestations sportives, par la commission d'un acte grave a` l'occasion de l'une de ces manifestations, du fait de son appartenance a` une association ou un groupement de fait ayant fait l'objet d'une dissolution en application de l'article L. 332-18 ou du fait de sa participation aux activités qu'une association ayant fait l'objet d'une suspension d'activité s'est vue interdire en application du même article, une personne constitue une menace pour l'ordre public, () le préfet de police [peut], par arrêté motive´, prononcer a` son encontre une mesure d'interdiction de pénétrer ou de se rendre aux abords des enceintes ou` de telles manifestations se déroulent ou sont retransmises en public. L'arrêté, valable sur le territoire national, fixe le type de manifestations sportives concernées. Il ne peut excéder une durée de vingt-quatre mois. Toutefois, cette durée peut être portée a` trente-six mois si, dans les trois années précédentes, cette personne a fait l'objet d'une mesure d'interdiction. () Le préfet de police [peut] également imposer, par le même arrêté´, a` la personne faisant l'objet de cette mesure l'obligation de répondre, au moment des manifestations sportives objet de l'interdiction, aux convocations de toute autorité´ ou de toute personne qualifiée qu'il désigne. Le même arrêté peut aussi prévoir que l'obligation de répondre a` ces convocations s'applique au moment de certaines manifestations sportives, qu'il désigne, se déroulant sur le territoire d'un État étranger. Cette obligation doit être proportionnée au regard du comportement de la personne () ".

6. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il en résulte qu'il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant d'enregistrer une demande de titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate dudit refus sur la situation concrète de l'intéressé. Il appartient ainsi au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

7. Pour justifier du défaut d'urgence, le préfet de Police soutient qu'il n'est porté atteinte à aucune liberté fondamentale, que le requérant ne démontre pas travailler à des horaires incompatibles avec le pointage, ni ses contraintes familiales, ni l'importance du pointage, ni le caractère disproportionné de l'arrêté en raison de la gravité des faits reprochés et du comportement du requérant notamment lors du match ayant conduit au prononcé de la mesure contestée. Toutefois, il résulte de l'instruction que M. A lors de son recours gracieux avait demandé un aménagement de son pointage compte tenu de ses obligations professionnelles étant " agent d'escales manœuvres " et pouvant être amené à travailler les week-ends de jour et nuit et avait joint son contrat de travail pour en justifier. Par ailleurs, dans la présente instance, le requérant démontre que l'obligation de pointage associée à la mesure d'interdiction de stade pour l'ensemble des manifestations sportives des différentes sections du Paris Saint-Germain (équipe masculine, féminine, U19 et handball) peut intervenir jusqu'à 25 fois par mois, y compris certains jours de semaine et ceci pendant six mois. Dès lors, une telle obligation aura forcément des conséquences sur sa vie privée et familiale puisqu'il doit se déplacer ses week-ends et plusieurs soirées par semaine au commissariat de police. Il s'ensuit que, contrairement à ce que fait valoir le préfet de Police, la condition d'urgence est remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux quant a` la légalité de l'arrêté :

8. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de la disproportion de l'obligation de pointage tant dans sa durée, que dans son étendue et ses modalités est, à lui seul, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté du 9 novembre 2022.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies. Par suite, il y a lieu de suspendre l'exécution de l'arrêté du 9 novembre 2022 du préfet de Police.

Sur les frais de l'instance :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E:

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 9 novembre 2022 du préfet de Police est suspendue.

Article 2 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mers.

Copie en sera adressée au préfet de Police et au préfet des Yvelines.

Fait à Versailles, le 7 février 2023

La juge des référés,

Signé

Sylvie B

La République mande et ordonne au préfet de Police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2300523

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