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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2300526

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2300526

jeudi 27 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2300526
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantPATUREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 janvier 2023, M. A B, représenté par Me Patureau, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté en date du 21 décembre 2022 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2) d'enjoindre au préfet des Yvelines, ou à tout préfet territorialement compétent, de lui délivrer un titre de séjour temporaire " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3) à défaut, d'enjoindre au préfet des Yvelines, ou à tout préfet territorialement compétent, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai de quinze jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'erreur de droit dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le préfet s'est fondé à tort, pour rejeter sa demande, sur l'absence d'autorisation de travail et l'utilisation d'une fausse carte de séjour ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 mars 2023, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés

Par une ordonnance du 9 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 mars 2023 ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Jauffret, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant mauritanien né le 12 février 1982 à Nouadhibou, demande l'annulation de l'arrêté du 21 décembre 2022, par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ".

3. La demande présentée par un étranger sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'a pas à être instruite dans les règles fixées par le code du travail relativement à la délivrance de l'autorisation de travail mentionnée à l'article L. 5221-2 de ce code. Il s'ensuit que la demande d'autorisation de travail pourra donc être présentée auprès de l'administration compétente lorsque l'étranger disposera d'un récépissé de demande de titre de séjour ou même de la carte sollicitée. Par ailleurs, il incombe au juge administratif, pour apprécier la réalité de la résidence habituelle en France de l'étranger ainsi que des emplois occupés pour l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'apprécier l'ensemble des pièces produites par l'intéressé, en tenant compte de la nature particulière des documents produits sous couvert d'une usurpation d'identité. Enfin, compte tenu de l'objet même de la procédure d'admission exceptionnelle au séjour, la circonstance que l'intéressé ait exercé l'activité professionnelle dont il se prévaut sans avoir été muni d'une autorisation de travail n'est pas de nature, par elle-même, à faire obstacle à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions.

4. Il résulte de ce qui précède qu'en se bornant, pour refuser l'admission exceptionnelle au séjour de M. B en qualité de salarié, à relever qu'il ne produisait pas, en plus de ses bulletins de paie sur une période de plus de quatre ans, d'une demande d'autorisation de travail, qu'il a travaillé sans autorisation de travail et sous couvert d'une fausse carte de résident, le préfet des Yvelines a entaché sa décision d'erreurs de droit.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, que l'arrêté du préfet des Yvelines du 21 décembre 2022 doit être annulé en toutes ses dispositions.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'annulation de la décision attaquée implique nécessairement que le préfet des Yvelines réexamine la demande de titre de séjour de M. B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et lui délivre, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du 21 décembre 2022 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de délivrer à M. B un titre de séjour et assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Yvelines de réexaminer la demande de titre de séjour de M. B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Le surplus des conclusions de M. B est rejeté.

Article 4 : L'Etat versera la somme de 1000 euros à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Blanc, président,

M. Jauffret, premier conseiller,

Mme Degorce, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023.

Le rapporteur,

signé

E. Jauffret

Le président

signé

P. Blanc

La greffière,

signé

C. Laforge

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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