mardi 28 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2300570 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre - 4/11 |
| Avocat requérant | AUERBACH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 janvier et 15 février 2023, M. D B, représenté par Me Auerbach, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, durant ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travail, dans le délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) d'écarter des débats le mémoire en défense produit par la préfète du Val-de-Marne ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet
1991, sous réserve que son conseil renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la tardiveté des pièces et du mémoire adverses, produits les 13 et 15 février 2023, est contraire au droit au procès équitable ;
- l'arrêté est entaché du défaut de compétence de son signataire ;
- il n'est pas justifié de la régularité du contrôle d'identité dont il a été l'objet ;
- l'arrêté a été pris en méconnaissance de son droit au procès équitable et au droit d'être entendu dès lors qu'il n'a pas pu bénéficier d'un interprète ou d'un avocat et que l'arrêté ne mentionne pas ses droits fondamentaux ;
- il est entaché d'un défaut de motivation ;
- il méconnait le droit au respect de sa vie privée et familiale et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il contribue à l'entretien de sa fille vivant en France ;
- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est excessive au regard de sa vie privée et familiale ;
- la décision fixant le pays de renvoi est irrégulière en ce qu'elle ne cite ni nommément ni précisément le pays de renvoi ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est excessive au regard de sa vie privée et familiale ;
- il a effectué, le 7 février 2022, une demande de rendez-vous auprès de la préfecture de l'Essonne au titre de l'admission exceptionnelle au séjour via la plateforme " démarches simplifiées " ;
- il travaille et son employeur souhaite l'aider à régulariser sa situation ;
- il est entré sur le territoire français avec un visa délivré par le consulat de France au Mali.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2023, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme A pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 février 2023 :
- le rapport de Mme A ;
- les observations de Me Auerbach, avocat désigné d'office représentant M. B, présent et assisté de Mme C, interprète en bambara, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens, en insistant sur le fait que, contrairement à ce qu'a retenu la préfète, il est entré régulièrement sur le territoire français, et fait valoir en outre qu'il participe financièrement à l'entretien de sa fille lycéenne, scolarisée en France depuis 2017 et qu'il travaille depuis plusieurs mois ;
- les observations de M. B ;
- la préfète du Val-de-Marne n'étant ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D B, ressortissant malien né le 31 décembre 1975, demande l'annulation de l'arrêté du 19 janvier 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français, sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur la demande du requérant tendant à ce que les écritures et pièces versées en défense soient écartées des débats :
4. Il résulte de l'instruction que le mémoire et les pièces produites par la préfète du Val-de-Marne ont été enregistrés les 13 et 15 février 2023, soit avant la clôture de l'instruction, qui est intervenue à l'issue de l'audience. Par suite, il n'y a pas lieu, en tout état de cause, d'écarter des débats le mémoire et les pièces versées par la préfète du Val-de-Marne.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
6. Il ressort des pièces du dossier, que M. B est régulièrement entré en France le 21 novembre 2017 sous couvert d'un visa de court séjour " Etats Schengen ", accompagné de sa fille dont il soutient qu'elle était menacée d'excision au Mali. Sa demande de réexamen de sa demande d'asile ayant été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés du 9 juin 2021, M. B a présenté auprès de la préfecture de l'Essonne une demande de titre de séjour, le 7 février 2022, laquelle est en cours d'examen par l'administration. M. B justifie également, par la production à l'audience de copies d'écran de ses relevés de compte bancaire, travailler dans le secteur du bâtiment et des travaux publics. Sa fille, âgée de dix-huit ans, présente à l'audience, est scolarisée en classe de première professionnelle dans un lycée situé à Choisy-le-Roi (94600) et a elle-même présenté une demande de délivrance d'un premier titre de séjour, laquelle est en cours d'instruction. Il ressort des pièces concordantes du dossier et des propos circonstanciés à l'audience du requérant et de sa fille, dont la mère ne travaille pas, que cette dernière, bien que jeune majeure, est encore totalement dépendante de son père pour son entretien et son éducation. Dans les circonstances particulières de l'espèce, M. B est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué l'obligeant à quitter le territoire sans délai porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et, par suite, méconnaît les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, M. B est fondé à soutenir que la préfète du Val-de-Marne a entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle en prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire.
8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 19 janvier 2023 par laquelle la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des décisions refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
9. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
10. Il y a lieu, par application de ces dispositions, d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressé, de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, durant ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
11. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ".
12. La présente décision implique qu'il soit mis fin au signalement de M. B dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 19 janvier 2023, annulée par le présent jugement. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence du requérant, de prendre toutes mesures propres à mettre fin à ce signalement.
Sur les frais liés au litige :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Me Auerbach en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 11 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle et sous réserve de l'admission de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle. A défaut d'admission définitive du requérant à l'aide juridictionnelle, l'Etat versera directement cette somme à ce dernier.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 19 janvier 2023 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressé, de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, durant ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour.
Article 4 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressé, de prendre toutes mesures utiles aux fins de supprimer le signalement de M. B dans le système d'information Schengen.
Article 5 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Auerbach renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Auerbach, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. A défaut d'admission définitive du requérant à l'aide juridictionnelle, l'Etat versera directement cette somme à ce dernier.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à la préfète du Val-de-Marne et à Me Auerbach.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.
La magistrate désignée,
signé
C. A Le greffier,
signé
T. Rion
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026