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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2300588

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2300588

lundi 6 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2300588
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantMALIK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 janvier 2023, Mme A C, représentée par Me Malik, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet des Yvelines et au sous-préfet de Saint-Germain-en-Laye de lui fixer un rendez-vous en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour dans un délai et selon des modalités fixées par le tribunal en prenant en compte l'expiration de son visa de long séjour, le 19 février 2023 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- veuve âgée de 80 ans et mère de plusieurs enfants français, elle est entrée en France le 20 novembre 2022 munie d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour valable du 21 novembre 2022 au 19 février 2023 portant la mention " vie privée et familiale - famille de français " ;

- pouvant prétendre à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour de 10 ans sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ses démarches répétées en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour sont demeurées infructueuses ;

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors, d'une part, que cette situation l'expose à un risque d'interpellation, de placement en rétention et de reconduite à la frontière, d'autre part, que son visa arrive à expiration le 19 février 2022, date avant laquelle elle est tenue de souscrire sa demande de titre, et enfin, qu'elle est empêchée depuis plus de deux mois de voir sa situation examinée en raison de la défaillance du système de prise de rendez-vous ;

- la mesure sollicitée est utile, dès lors que qu'elle constitue le seul moyen de voir sa demande de titre de séjour enregistrée et instruite ;

- elle ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

Le préfet des Yvelines auquel la requête a été communiquée n'a pas présenté de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme B, vice-présidente, pour statuer sur les demandes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante libanaise née le 11 septembre 1943, est entrée en France le 20 novembre 2022 munie d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour valable du 21 novembre 2022 au 19 février 2023 portant la mention " vie privée et familiale - famille de français ". Elle soutient avoir sollicité un rendez-vous auprès de la sous-préfecture de Saint-Germain-en-Laye en vue du dépôt de son dossier de demande de titre de séjour, sans succès en dépit de multiples relances. Elle demande, en conséquence, au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Yvelines et au sous-préfet de Saint-Germain-en-Laye de lui fixer un rendez-vous en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour dans un délai et selon des modalités fixées par le tribunal en prenant en compte l'expiration de la validité de son visa de long séjour, le 19 février 2023.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".

3. Saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.

4. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

5. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

6. Mme C, ressortissante libanaise, est entrée en France le 20 novembre 2022 munie d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour valable du 21 novembre 2022 au 19 février 2023 portant la mention " vie privée et familiale - famille de français ". Le délai de 90 jours qui lui permettait de séjourner régulièrement en France au vu de ce visa est expiré depuis le 19 février 2023. Il est également constant que Mme C a fait les démarches nécessaires en vue de déposer sa demande de titre de séjour dans le délai de 90 jours qui lui était imparti à cet effet. Désormais en situation irrégulière, elle est exposée à un risque d'éloignement. Par suite, dans les circonstances particulières de l'espèce, Mme C fait état d'une situation d'urgence caractérisant la nécessité pour elle d'obtenir rapidement un rendez-vous en vue de déposer sa demande de titre de séjour.

7. Cette demande présente également un caractère d'utilité, en l'absence d'une autre voie de droit permettant l'octroi d'un rendez-vous en préfecture, et dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que la requérante se serait vue proposer un rendez-vous. Enfin, la demande ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative et ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet des Yvelines de fixer un rendez-vous à Mme C en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour dans un délai de soixante-douze heures à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros à verser à Mme C au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet des Yvelines de fixer un rendez-vous à Mme C en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour dans un délai de soixante-douze heures à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 2 : L'Etat versera à Mme C une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Yvelines.

Fait à Versailles, le 6 mars 2023.

La juge des référés,

signé

C. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2300588

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