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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2300604

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2300604

vendredi 10 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2300604
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantPANARELLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 janvier et 25 février 2023, M. B E, représenté par Me Panarelli, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Essonne lui a retiré son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne, à titre principal, de lui délivrer une carte temporaire de séjour ainsi qu'une attestation de demande d'asile ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il n'a pas été précédé d'un examen particulier de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur de fait ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'arrêté du 18 janvier 2008 et de la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- il méconnaît les dispositions des articles 5 et 6 de la directive n° 200/115/CE ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ;

- il est entaché d'erreurs manifestes d'appréciation ;

- la décision portant retrait de son attestation de demande d'asile est illégale dès lors que le préfet n'a pas saisi la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet s'est abstenu de solliciter la communication de document complémentaire en méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît l'article 33 de la convention de Genève sur le statut des réfugiés ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant retrait de son attestation de demandeur d'asile ;

- la décision portant octroi d'un délai de départ volontaire de trente jours est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant retrait de son attestation de demandeur d'asile ;

- elle est illégale dès lors qu'un délai de trente jours est insuffisant au regard de sa situation ;

- la décision fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant retrait de son attestation de demande d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 février 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, adoptée à New York le 10 décembre 1984 ;

- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 18 janvier 2008 relatif à la délivrance, sans opposition de la situation de l'emploi, des autorisations de travail aux étrangers non ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 mars 2023 qui s'est tenue en présence de Mme Sambake, greffière :

- le rapport de M. C ;

- les observations de Me Panarelli, avocat désigné d'office, représentant M. E, présent, assisté par Mme D, interprète en langue turque, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyen ;

- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B E, ressortissant turc né le 16 février 1992, est entré sur le territoire français le 25 janvier 2020, selon ses déclarations, a sollicité le 13 février 2020 la reconnaissance du statut de réfugié. Cette demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par décision du 19 août 2021, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 25 janvier 2022. Par une décision du 27 avril 2022 l'OFPRA a rejeté sa demande de réexamen de sa demande d'asile. Par un arrêté du 15 décembre 2022 le préfet de l'Essonne lui a retiré son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office. M. E demande l'annulation de cet arrêté.

En ce qui concerne les moyens communs à toutes les décisions :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-PREF-DCPPAT-BCA-132 du 23 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans l'Essonne, M. A F, chef du bureau de l'asile, a reçu délégation du préfet de l'Essonne pour signer les décisions contenues dans l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et notamment ses articles 3 et 8. Il suit de là qu'il est suffisamment motivé en droit. Par ailleurs, l'arrêté mentionne les circonstances de fait propres à la situation du requérant, notamment son identité, les conditions de son entrée sur le territoire français ainsi que les décisions successives de rejet de sa demande d'asile, et mentionne, en outre, les éléments de la privée et familiale en France de l'intéressé ainsi que le fait qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans son pays d'origine. Enfin, contrairement à ce qui est allégué par le requérant, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que le préfet se soit cru en situation de compétence liée et se soit ainsi abstenu de motiver son arrêté. Par conséquent, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la motivation de l'arrêté attaqué serait insuffisante ni que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation. Les moyens doivent, dès lors, être écartés.

4. En troisième lieu, si le requérant soutient que les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de fait, il n'apporte pas à l'appui de ce moyen les précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En quatrième lieu, d'une part, aux termes des stipulations l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article L. 425-9 du même code : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que la durée de présence en France de M. E, qui y est entré selon ses déclarations le 25 janvier 2020, est liée au temps nécessaire à l'examen et au réexamen de sa demande d'asile puis à son maintien en situation irrégulière. Si le requérant se prévaut de membres de sa famille en France et d'un insertion professionnelle d'un mois, il ne produit aucune pièce justificative en ce sens. Il ressort en outre des termes de la décision attaquée, qui ne sont pas contestés par le requérant, que résident dans son pays d'origine son épouse et ses trois enfants mineurs. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant l'arrêté attaqué, le préfet de l'Essonne a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ou a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent, dès lors, être écartés. Pour les mêmes motifs, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En cinquième lieu, le requérant ne peut utilement invoquer, à l'encontre de l'arrêté attaqué, la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à l'admission exceptionnelle au séjour, dès lors qu'elles ne prévoient pas la délivrance de plein droit d'un titre de séjour, que l'intéressé n'établit ni même n'allègue avoir déposé de demande de titre de séjour sur ce fondement et qu'il ne ressort pas des termes de l'arrêté que le préfet ait procédé à l'examen de la situation du requérant sur ce fondement. Ce moyen est inopérant et doit, par suite, être écarté.

9. En sixième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir des orientations générales que le ministre de l'intérieur a pu, par une circulaire du 28 novembre 2012, adresser aux préfets pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation. En outre, si M. E soutient que l'arrêté attaqué méconnaît l'arrêté du 18 janvier 2008 relatif à la délivrance, sans opposition de la situation de l'emploi, des autorisations de travail aux étrangers non ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse, ce moyen n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

10. En septième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir directement des articles 5 et 6 de la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 qui a été transposée en droit interne par la loi du 16 juin 2011 relative à l'immigration, à l'intégration et à la nationalité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 5 et 6 de la directive n° 2008/115/CE sera écarté.

11. En huitième lieu, M. E soutient que l'arrêté méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 3 de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ainsi que l'article 33 de la convention de Genève. Toutefois, s'il allègue à l'audience publique qu'il était membre du parti politique turc de la justice et du développement (AKP), que a famille dans son pays d'origine subit actuellement des pressions des autorités et que son retour en Turquie l'expose à un risque de traitements inhumains ou dégradants du fait de son appartenance à la communauté kurde, il ne l'établit pas, alors que sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'OFPRA du 19 août 2021, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 25 janvier 2022. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant retrait de son attestation de demande d'asile :

12. En neuvième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

13. Si le requérant soutient que le préfet de l'Essonne aurait dû saisir la commission du titre de séjour avant de prendre la décision attaquée, il n'établit ni même n'allègue résider habituellement en France depuis dix ans. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure doit être écarté.

14. En dixième lieu, l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration dispose que " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. () ". En l'espèce, dès lors que le préfet ne s'est pas fondé sur l'incomplétude du dossier pour retirer l'attestation de demande d'asile de l'intéressé, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration est inopérant et doit, dès lors, être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

15. En onzième lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant retrait de son attestation de demande d'asile n'est pas illégale. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la première décision, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant octroi d'un délai de départ volontaire :

16. En douzième lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant retrait de son attestation de demande d'asile n'est pas illégale. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la première décision, doit être écarté.

17. En treizième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".

18. M. E soutient qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours aurait dû lui être octroyé. Toutefois il ne fait valoir aucune circonstance particulière susceptible de justifier un tel délai en se bornant à soutenir sans l'établir qu'il a établi sa vie familiale, professionnelle et sociale en France. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

19. En quatorzième lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant retrait de son attestation de demande d'asile n'est pas illégale. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant fixation du pays de destination devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la première décision, doit être écarté.

20. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 15 décembre 2022 du préfet de l'Essonne est illégal. Il s'ensuit que ses conclusions à fin d'annulation de cet arrêté doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mars 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

G. C La greffière,

Signé

A. Sambake

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2300604

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