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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2300658

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2300658

jeudi 5 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2300658
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7éme chambre
Avocat requérantDESPRES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 janvier et 17 mai 2023, la SCI BCMT, représentée par Me Julien Lalanne, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 août 2022 par laquelle le maire de Houilles a refusé de lui délivrer un permis de construire portant sur les parcelles cadastrées AD57 et 58, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de Houilles de lui délivrer le permis de construire sollicité, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande, dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Houilles une somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- un permis de construire tacite est né le 24 juin 2023 ; la décision de retrait de ce permis tacite n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ;

- le motif tiré de l'incomplétude du dossier est illégal, dès lors que la pièce demandée ne pouvait pas l'être ;

- la décision est entachée de détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense et une pièce, enregistrés les 8 mai et 26 juin 2023, la commune de Houilles, représentée par Me Jean-Louis Després, conclut au rejet de la requête ainsi qu'à la mise à la charge de la SCI BCMT de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 17 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Féjerdy, première conseillère,

- les conclusions de Mme Mathé, rapporteure publique,

- et les observations de Me Lalanne, représentant la SCI BCMT, et de Me Després, représentant la commune de Houilles.

La SCI BCMT a produit une note en délibéré, enregistrée le 22 septembre 2023.

La commune de Houilles a produit une note en délibéré, enregistrée le 22 septembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Le 24 mars 2022, la SCI BCMT a déposé auprès de la mairie de Houilles une demande de permis de construire portant sur l'édification d'un bâtiment de 20 logements et 2 commerces en rez-de-chaussée, après démolition des constructions existantes sur deux parcelles cadastrées AD57 et 58. Par une décision du 25 août 2022, le maire de Houilles a refusé de faire droit à cette demande. La société pétitionnaire demande l'annulation de cette décision, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux.

2. Aux termes de l'article R.431-4 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire comprend : / a) Les informations mentionnées aux articles R. 431-5 à R. 431-12 ; / b) Les pièces complémentaires mentionnées aux articles R. 431-13 à R. * 431-33-1 ; / c) Les informations prévues aux articles R. 431-34 et R. 431-34-1. / Pour l'application des articles R. 423-19 à R. 423-22, le dossier est réputé complet lorsqu'il comprend les informations mentionnées au a et au b ci-dessus. / Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente. " Aux termes de l'article R. 423-38 du même code : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes. " Aux termes de l'article R. 423-39 du même code : " L'envoi prévu à l'article R. 423-38 précise : / a) Que les pièces manquantes doivent être adressées à la mairie dans le délai de trois mois à compter de sa réception ; b) Qu'à défaut de production de l'ensemble des pièces manquantes dans ce délai, la demande fera l'objet d'une décision tacite de rejet en cas de demande de permis ou d'une décision tacite d'opposition en cas de déclaration ; / c) Que le délai d'instruction commencera à courir à compter de la réception des pièces manquantes par la mairie. " Enfin, aux termes de l'article R. 423-41 du même code : " Une demande de production de pièce manquante () ne portant pas sur l'une des pièces énumérées par le présent code n'a pas pour effet de modifier les délais d'instruction définis aux articles R*423-23 à R*423-37-1 et notifiés dans les conditions prévues par les articles R*423-42 à R*423-49. "

3. Il résulte de ces dispositions que le seul défaut de communication d'une pièce, qui n'est pas exigée en application du livre IV de la partie réglementaire du code de l'urbanisme, mais a été demandée illégalement par le service instructeur pour compléter le dossier, ne peut suffire à rejeter la demande de permis de construire pour incomplétude du dossier à l'issue du délai de trois mois prévu par l'article R.423-39 du code de l'urbanisme.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que par courrier du 19 avril 2022, la commune de Houilles a demandé à la SCI BCMT la production d'un certain nombre de pièces manquant au dossier de permis de construire. La société pétitionnaire a produit des pièces complémentaires le 18 juillet 2022. Par la décision attaquée, le maire de Houilles a toutefois indiqué que " l'ensemble des pièces ne lui ayant pas été adressé ", la SCI BMCT était " réputée avoir renoncé à son projet ", et a donc rejeté la demande de permis de construire.

5. La société requérante soutient, sans être contestée par la commune, que parmi les pièces manquantes demandées le 19 avril 2022, seule la dernière n'a pas été communiquée. Celle-ci correspondait à un " dossier de présentation du projet établi par le maître d'ouvrage, comprenant au minimum / une description de sa localisation dans l'environnement et sur le terrain concerné, / sa destination, / les caractéristiques des constructions ou d'aménagement envisagés comprenant un avant-projet architectural dans le cas où le projet comporte des bâtiments, / ainsi que la desserte du projet par les équipements publics et l'aménagement des abords. " Ce " dossier de présentation ", qui porte au demeurant sur des éléments déjà contenus dans le dossier de demande de permis de construire produit par la société pétitionnaire, ne fait pas partie des pièces exigées en application du livre IV de la partie réglementaire de ce code. Le maire de Houilles ne pouvait donc se fonder sur le défaut de communication de cette pièce, qui avait été demandée illégalement, pour rejeter la demande de permis de construire, le dossier devant être considéré comme complet à la date du 18 juillet 2022. Il s'ensuit que la décision attaquée est entachée d'erreur de droit.

6. Pour l'application de l'article L.600-1-4 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen de la requête n'est susceptible, en l'état du dossier, d'entraîner l'illégalité de l'arrêté attaqué.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI BCMT est fondée à demander l'annulation de la décision du 25 août 2022 par laquelle le maire de Houilles a rejeté sa demande de permis de construire, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement, qui annule le refus de permis de construire, implique nécessairement, eu égard à son motif, que la demande de la société pétitionnaire soit réexaminée par le maire de Houilles. Il y a lieu d'enjoindre à ce réexamen, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SCI BCMT, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la commune de Houilles au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Houilles la somme de 1 800 euros à verser à la société requérante au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 25 août 2022, par laquelle le maire de Houilles a rejeté la demande de permis de construire de la SCI BCMT, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux, sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Houilles de réexaminer la demande de la SCI BCMT, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Houilles versera à la SCI BCMT la somme de 1 800 € (mille huit cents) euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SCI BCMT et à la commune de Houilles.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Ouardes, président,

- Mme Féjerdy, première conseillère,

- M. De Miguel, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.

La rapporteure,

Signé

B. Féjerdy

Le président,

Signé

P. Ouardes

La greffière,

Signé

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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