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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2300838

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2300838

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2300838
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11
Avocat requérantHADDAD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 janvier 2023 au tribunal administratif de Lille puis transmise et enregistrée au greffe du tribunal administratif de Versailles le 31 janvier 2023, M. B E, représenté par Me Haddad, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 janvier 2023 par lequel le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou à défaut, procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois, dans les mêmes conditions d'astreinte.

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'erreur de fait dès lors que l'adresse renseignée ne correspond pas à son adresse de résidence effective ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'un défaut d'examen préalable et complet de sa situation individuelle et d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il justifie de liens personnels et familiaux suffisamment stables, anciens et intenses ainsi que d'une insertion sociale et professionnelle en France ;

- la décision portant interdiction de retour d'une durée d'un an sur le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que son arrivée en France est récente et qu'il justifie de liens personnels et familiaux suffisamment anciens, stables et intenses ; qu'il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'il n'est pas connu des services de police.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a versé le 2 février 2023, des pièces au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entend au cours de l'audience publique du 9 mars 2023 qui s'est tenue en présence de M. A et de Mme C, interprete en langue arabe.

- Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Entré sur le territoire français le 19 septembre 2022 selon ses déclarations, M. B E, ressortissant tunisien né le 11 janvier 2002 à Tataouine, demande l'annulation de l'arrêté du 22 janvier 2023 par lequel le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. E de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à toutes les décisions :

4. En premier lieu, par un arrêté en date du 7 novembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n°260 du même jour de la préfecture du Nord, M. Jean-Gabriel Delacroy, secrétaire général pour les affaires régionales des Hauts-de-France, à l'effet de signer les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.

5. En second lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application notamment le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. E, ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire national. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté manque en fait.

6. En troisième lieu, la circonstance que les arrêtés mentionnent une adresse erronée, si elle est révélatrice d'une erreur de fait, est sans incidence sur la légalité des décisions litigieuses dès lors que le préfet du Nord aurait pris des décisions identiques si les termes de l'arrêté avaient mentionné l'adresse exacte du requérant.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination en cas d'exécution d'office :

7. Il ressort des pièces du dossier que M. E est entré récemment sur le territoire français, afin d'y rejoindre une grande partie de sa famille, en situation régulière, et qu'il entend déposer une demande de titre de séjour. Toutefois, il ne justifie pas être dépourvu de toute attache familiale en Tunisie, pays dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 21 ans, et son arrivée en France demeure très récente. Par suite, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ni que celle-ci serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

9. Lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où l'étranger fait état de circonstances humanitaires qui y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code précité, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

10. Il ressort des pièces du dossier que, ainsi qu'il a été dit au point 4, M. E était présent en France depuis quelques mois lorsqu'il a fait l'objet d'un contrôle d'identité. Il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et justifie d'attaches familiales et privées d'une intensité particulière sur le territoire national dès lors qu'il dispose d'une adresse fixe chez son oncle et qu'il établit l'existence de nombreux liens familiaux anciens et stables en France. Dans les circonstances particulières de l'espèce, M. E est fondé à soutenir que le préfet du Nord a commis une erreur d'appréciation en prononçant à son encontre une décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. E est seulement fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord a prononcé son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre les autres décisions contestées par le requérant ne peuvent qu'être rejetées, eu égard aux motifs du présent jugement.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

12. Aux termes de l'article L. 613-5 de ce code : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ".

13. La présente décision implique qu'il soit mis fin au signalement de M. E dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 22 janvier 2023, annulée par le présent jugement. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet du Nord, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence du requérant, de prendre toutes mesures propres à mettre fin à ce signalement.

Sur les frais d'instance :

14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de M. E tendant au remboursement de ses frais d'avocat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : M. E est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du préfet du Nord en date du 22 janvier 2023 est annulé en tant qu'il prononce à l'encontre de M. E une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. E dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 22 janvier 2023.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

La magistrate désignée,

signé

C. D Le greffier,

signé

T. A

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2300838

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