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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2300856

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2300856

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2300856
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11
Avocat requérantOUGHCHA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 janvier 2023 au tribunal administratif de Paris puis transmise et enregistrée au greffe du tribunal administratif de Versailles le 31 janvier 2023, ainsi qu'un mémoire complémentaire enregistré le 8 mars 2023, M. C A, représenté par Me Berdugo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2023 par lequel le préfet de Police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et cela révèle un défaut d'examen préalable et complet de sa situation individuelle ;

- il est entaché d'un vice de procédure en méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet de police de Paris n'a pas sollicité l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration avant de prendre une mesure d'éloignement à son encontre, en méconnaissance des dispositions des articles R. 611- 1 et R. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers dès lors que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une particulière gravité ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que sa conjointe, ressortissante ivoirienne en situation régulière sur le territoire national, est enceinte de ses œuvres à la date de la décision attaquée, qu'il souffre de graves problèmes de santé et que cette décision porte atteinte à l'intérêt de l'enfant né ;

- la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement qui en constitue le fondement ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne prétend pas se soustraire à l'obligation de quitter le territoire dont il fait l'objet ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il réside de manière stable et effective en France et qu'il conteste les faits pour lesquels il a fait l'objet de signalement ;

- la décision fixant le pays de destination en cas d'exécution d'office est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement qui en constitue le fondement ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il souffre de graves problèmes de santé ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement qui en constitue le fondement ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il fait état de circonstances humanitaires justifiant que la décision attaquée ne soit pas prononcée.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 février 2023, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme B pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 mars 2023 qui s'est tenue en présence de M. Rion, greffier :

- le rapport de Mme B ;

- les observations de M. A, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens ;

- le préfet de Police de Paris n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Entré sur le territoire français le 13 juin 2017, selon ses déclarations, M. C A, ressortissant ivoirien né le 14 février 1983 à Gagnoa, demande l'annulation de l'arrêté du 25 janvier 2023 par lequel le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à toutes les décisions :

2. L'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application notamment le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la convention de sauvegarde des droits de l'Homme et les libertés fondamentales et expose les faits propres à la situation personnelle de M. A, ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français sans délai. Par ailleurs, les circonstances que le préfet de police de Paris n'a pas fait mention de l'état de santé de M. A dans les termes de l'arrêté attaqué et que celui-ci a été rédigé à l'aide de formules stéréotypés, sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance motivation de l'arrêté ainsi que celui tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle manquent en fait.

3. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union " ; qu'en vertu du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que ces dispositions s'adressent non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un État membre est inopérant. S'il résulte toutefois également de la jurisprudence de la Cour de justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union et qu'il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré, il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

4. En l'espèce, le requérant a fait l'objet d'une audition le 24 janvier 2023, lors de laquelle il a pu présenter des observations et décrire sa situation familiale, sociale et professionnelle, et évoquer ses liens avec son pays d'origine. En outre, il a déjà fait l'objet, le 25 janvier 2022, d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire et connaissait ainsi l'existence d'un risque d'éloignement. M. A n'est donc pas fondé à soutenir que la décision litigieuse aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ".

6. Lorsqu'elle envisage de prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger, l'autorité préfectorale n'est tenue, en application des dispositions de l'article R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de recueillir préalablement l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration que si elle dispose d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir que l'intéressé présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une telle mesure d'éloignement.

7. En l'espèce, M. A soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet de police de Paris n'a pas sollicité l'avis du collège de médecins du service médical de l'OFII préalablement au prononcé de la décision attaquée et qu'elle méconnait ainsi les dispositions précitées. Toutefois, si l'intéressé souffre bien de problèmes de santé, à savoir une hépatite B et une algie vasculaire de la face, les pièces qu'il produit, et qui ont été transmises au préfet, attestent de la réalité des pathologies dont souffre le requérant, mais sont insuffisantes pour établir la gravité de son état de santé au sens des dispositions précitées. En particulier, l'unique certificat médical présent au dossier, daté du 26 mars 2023, rédigé par le médecin coordinateur de l'association Diagonale, centre d'hébergement thérapeutique où réside M. A, n'est pas suffisamment circonstancié. Ainsi, le préfet de police de Paris ne disposait pas, à la date de la décision en litige, d'éléments suffisamment précis permettant d'établir que l'intéressé présentait un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers ne pouvant faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Au surplus, M. A n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile depuis le retrait de sa carte temporaire de séjour par une décision du 25 janvier 2022. Par suite, le préfet de police de Paris n'a pas, en l'espèce, entaché la décision attaquée d'un vice de procédure, en s'abstenant de solliciter l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, ni méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas entaché la décision obligeant M. A à quitter le territoire français d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur l'état de santé de l'intéressé.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". () ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France en 2017. Il a obtenu un titre de séjour pour raisons de santé, qui est arrivé à expiration le 29 juin 2022. Il vit avec une compatriote en situation irrégulière, et un enfant est né de leur union postérieurement à l'arrêté attaqué, le 2 février 2023. Toutefois, le requérant a fait l'objet de plusieurs condamnations pour des faits de vol aggravé, tentative de vol, de recel de bien provenant d'un vol, ainsi que pour tentative d'escroquerie. Par ailleurs, l'intéressé n'établit ni même n'allègue être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 40 ans. Enfin, il fait valoir à l'audience que sa fille, née au moment du présent jugement, risque d'être exposée à des risques d'excision en cas de retour en Côte d'Ivoire sans apporter plus d'éléments au soutien de ses allégations. Dans ces conditions, et en dépit de ses efforts de réinsertion, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni, en tout état de cause, les stipulations de l'article 3 de cette convention. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus d'octroi de délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / 1. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace à l'ordre public / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Selon l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / 8° L'étranger qui ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ni de voyage en cours de validité () ".

12. Pour refuser à M. A un délai de départ volontaire, le préfet de police de Paris s'est fondé, d'une part, sur le fait que le comportement de l'intéressé, qui a fait l'objet de plusieurs condamnations à des peines de prison, constitue une menace à l'ordre public, et d'autre part, sur le risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet, dans la mesure où il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes dès lors notamment qu'il a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français à laquelle il s'est soustrait. Compte tenu de ses éléments, le préfet de police de Paris a pu légalement refuser de lui accorder un délai de départ volontaire sur le fondement des dispositions précitées et n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation. Par suite, le moyen tiré de la violation des articles L. 612-1 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays d'éloignement par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

14. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

15. Si M. A soutient que son retour en Côte d'Ivoire aurait pour conséquence de le priver d'un traitement médical adapté à sa pathologie, il ressort de ce qui a été dit au point 4 qu'il n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité de ces craintes. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les dispositions et stipulations précitées.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

16. En premier lieu, en l'absence d'illégalité relevée à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

17. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Selon l'article L. 612-10 du même code, pour fixer la durée de l'interdiction de retour, " l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

18. Il résulte des dispositions précitées que seules des circonstances humanitaires peuvent faire obstacle au prononcé d'une interdiction de retour lorsque l'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et que la durée de cette interdiction doit alors être fixée en prenant en compte la durée de présence en France, les liens tissés, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et la menace à l'ordre public.

19. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de police de Paris s'est fondé sur la menace à l'ordre public que constitue l'intéressé ainsi que sur la circonstance selon laquelle il a déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Par ailleurs, M. A ne justifie pas de l'existence de liens familiaux stables en France ni d'une insertion professionnelle et sociale suffisante. M. A a, au surplus, été condamné à plusieurs reprises pour des faits énumérés au point 9 du présent jugement, et a été interpellé le 24 janvier 2023 pour des faits de vol en réunion dans un véhicule affecté au transport collectif de voyageurs, escroqueries et tentatives d'escroquerie. Eu égard à la situation de M. A, les moyens tirés de ce que le préfet de police de Paris aurait fait une inexacte appréciation des dispositions précitées en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ne peut être qu'écarté.

20. Il résulte de ce qui précède que A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 25 janvier 2023 par lequel le préfet de Police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Il y a lieu, par suite, de rejeter sa requête, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de Police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023

La magistrate désignée,

signé

C. B Le greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2300856

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