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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2300861

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2300861

vendredi 10 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2300861
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantAKUESSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 janvier 2023, Mme A B, représentée par Me Akuesson, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension des décisions du préfet de l'Essonne du 27 décembre 2022 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence est présumée s'agissant du refus de renouvellement de son titre de séjour, et que le rejet de sa demande la fait basculer en séjour irrégulier ; elle risque ainsi de perdre son emploi ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée ; en effet, elle remplit les conditions posées par les dispositions des articles L. 421-1 et L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle a obtenu un contrat à durée indéterminée en qualité de femme de chambre polyvalente depuis le 25 avril 2022 suite à une autorisation de travail ; la décision attaquée est en outre entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation et d'erreur manifeste d'appréciation.

Vu :

- la requête enregistrée le 25 janvier 2023 sous le numéro 2300725, par laquelle Mme B demande l'annulation des décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Delage, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante capverdienne, née le 18 octobre 1992 à Santa Catarina, déclare être entrée sur le territoire français le 16 juin 2013. Elle s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire valable du 12 février 2020 au 11 février 2021 en qualité de salariée. L'intéressée a sollicité le renouvellement de son titre de séjour le 11 février 2021. Par un arrêté du 27 décembre 2022, le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays de destination. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension des décisions portant rejet de sa demande de titre séjour et obligation de quitter le territoire français.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ". Enfin, le premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce code prévoit que : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi () ".

4. Il résulte de ces dispositions que le dépôt, dans le délai de recours, d'une requête en annulation contre un arrêté refusant la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français suspend l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, celle de la décision fixant le pays à destination duquel l'intéressé pourra être reconduit.

5. Le dépôt de la requête de la requérante tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Essonne du 27 décembre 2022 a eu pour effet de suspendre l'exécution de l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français. Il ne saurait donc être demandé au juge des référés de suspendre l'exécution d'une décision dont le recours en annulation formé contre elle a déjà entraîné cet effet suspensif. Par suite, les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté attaqué sont manifestement irrecevables en tant qu'elles portent sur la mesure d'éloignement et doivent, pour ce motif, être rejetées.

Sur les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

6. Pour l'application des dispositions citées au point 2, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient ainsi au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des éléments fournis par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour dont bénéficiait un ressortissant étranger. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

7. En l'espèce, ainsi qu'il a été exposé ci-dessus, il ressort des pièces du dossier que la décision du 27 décembre 2022 portant refus de renouvellement de titre de séjour dont Mme B demande la suspension dans le cadre de la présente instance est assortie d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et que Mme B a saisi le tribunal administratif de Versailles d'une requête, enregistrée le 25 janvier 2023, tendant à l'annulation de ces décisions, qui fera l'objet d'un examen le tribunal statuant en formation collégiale dans un délai de trois mois, les parties ayant déjà été informées de la clôture de l'instruction au 15 mars 2023. Ainsi qu'il a été également exposé ci-dessus, ce recours a pour effet de suspendre, en application de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'exécution de la mesure d'éloignement dont la requérante fait l'objet jusqu'à ce que le tribunal ait statué. En outre Mme B ne justifie ni même n'allègue qu'une mesure de licenciement ou de suspension de son contrat de travail serait envisagée prochainement par son employeur. Dans ces circonstances, à défaut de la nécessité pour la requérante de bénéficier à très bref délai de la suspension de l'exécution de la décision du 27 décembre 2022 par laquelle le préfet de l'Essonne a refusé de renouveler son titre de séjour, les conclusions de l'intéressée tendant à la suspension de cette décision ne présentent pas de caractère urgent en l'état de l'instruction et doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de suspension présentées par Mme B doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et de celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E:

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.

Fait à Versailles, le 10 février 2023.

Le juge des référés,

Signé

Ph. Delage

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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