mercredi 22 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2300879 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | DOGAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er février 2023, M. A B, représenté par Me Dogan, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2023 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui de renouveler son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office ;
2°) de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement durant l'instruction de sa nouvelle demande de réexamen ;
3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de deux semaines à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen préalable et complet de sa situation individuelle ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 542-1 et celles du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la décision rendue par la Cour nationale du droit d'asile concernant sa demande d'asile n'a pas été rendue publique et que l'affichage du sens de la décision dans les locaux de la cour, à supposer qu'il ait eu lieu, n'a pas été accessible ; il n'est pas davantage établi que cette décision lui a été notifiée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-à titre subsidiaire, et s'agissant de la demande de suspension, il a fait l'objet d'une procédure judiciaire en Turquie pour avoir triché lors des élections législatives du 7 juin 2015 pour laquelle le parti AKP s'est constitué partie civile ; il n'avait pas antérieurement accès à son espace e-devlet et n'a pu ainsi convaincre le juge de l'asile.
La requête a été communiquée au préfet des Yvelines, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a versé le 6 mars 2023, des pièces au dossier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 mars 2023 qui s'est tenue en présence de Mme Amegee, greffière :
- le rapport de Mme C
- les observations de Me Dogan, représentant M. B, présent, assisté par M. D, interprète en langue kurde kurmanji, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et soutient en outre que le refus opposé au réexamen de sa demande d'asile est infondé compte tenu des éléments nouveaux de nature à prouver l'existence de procédures judiciaires en cours en Turquie grâce à l'accès désormais possible à son espace turc e-devlet, en sorte que la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
- le préfet des Yvelines n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant turc, né 5 avril 1996, est entré en France le 22 juin 2021 aux fins de solliciter le bénéfice d'une protection internationale. Sa première demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par décision du 29 septembre 2021, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 2 juin 2022. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a ensuite rejeté sa demande de réexamen par une décision du 27 juillet 2022, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 8 novembre 2022. Le 26 janvier 2023, M. B a sollicité pour la seconde fois un nouvel examen de sa situation et cette demande a été ultérieurement rejetée pour irrecevable par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par un arrêté du 26 janvier 2013, le préfet des Yvelines a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté litigieux indique que M. B est entré en France le 22 juin 2021, qu'il a déclaré être célibataire et sans charge de famille, qu'il n'établit pas disposer de liens personnels et familiaux en France et n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Cet arrêté récapitule également la procédure dont le requérant a fait l'objet devant les instances de l'asile et indique notamment que la Cour nationale du droit d'asile a rejeté sa demande de réexamen par décision du 8 novembre 2022. Il ressort en outre des termes de l'arrêté attaqué que le préfet a examiné la situation du requérant au regard des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, et dès lors que l'arrêté litigieux mentionne de manière précise et circonstanciée ses conditions de séjour sur le territoire national ainsi que sa situation personnelle au regard de sa vie privée et familiale, les moyens tirés de ce que le préfet des Yvelines n'aurait pas examiné sa situation personnelle et de l'insuffisante motivation ne peuvent qu'être écartés.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ". Aux termes de l'article L. 541-1 du même code : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ". Enfin, aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ".
4. Il ressort des pièces du dossier et notamment de l'extrait de l'application " TelemOpfra " produit par le préfet des Yvelines, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que la décision de la Cour nationale du droit d'asile rejetant la demande d'asile de M. B a fait l'objet d'une lecture en audience publique le 8 novembre 2022, soit antérieurement à la décision attaquée. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que décision de la Cour nationale du droit d'asile du 8 novembre 2022 a été notifiée à M. B le 12 novembre suivant. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français aurait méconnu les dispositions de l'article L. 532-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
6. Ces stipulations, qui ne peuvent être utilement invoquées qu'à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, font obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de destination d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement un État pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire qu'il s'y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne soit du fait des autorités de cet État, soit même du fait de personnes ou groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'État de destination ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée.
7. M. B soutient que la décision attaquée l'expose à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine eu égard à ses opinions politiques pro kurdes et à la procédure judiciaire, à laquelle s'associe le parti AKP, dont il fait l'objet pour avoir faussé les élections législatives du 7 juin 2015 en Turquie. Toutefois, le requérant n'apporte pas le moindre commencement de preuve de la réalité des menaces et des risques auxquels il soutient être personnellement exposé en cas de retour dans son pays d'origine en se bornant seulement à évoquer une impossibilité antérieure d'accès à son espace turc e-devlet dont il n'est pas démontré qu'elle aurait été de nature à convaincre l'Office français de protection des réfugiés et apatrides saisi pour un second réexamen le 20 février 2013. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
Sur les conclusions à fin de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement :
8. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1o de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". Et aux termes de l'article L. 752-11 du même code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile.
9. Il ressort des pièces du dossier que M. B a présenté une seconde demande de réexamen après le rejet définitif de sa première demande de réexamen. Il relève ainsi des dispositions du c) du 2° de l'article L.542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour lesquelles les dispositions de l'article L.752-5 du même code n'instituent pas la possibilité de demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire. Par suite, ses conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peuvent qu'être rejetées.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation et la suspension de l'arrêté du préfet des Yvelines du 26 janvier 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et d'astreinte.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Yvelines.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mars 2023.
La magistrate désignée,
signé
M. C La greffière,
signé
E. Amegee
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2300879
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026