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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2300886

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2300886

vendredi 21 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2300886
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantTIGOKI IYA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Tigoki, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 8 décembre 2022 par lesquelles le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire limité à 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui accorder un délai de départ volontaire supérieur à 30 jours, en le munissant d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État les entiers dépens ainsi que la somme de 2 000 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un vice de forme au regard des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que les nom, prénom et qualité de l'auteur ne figurent pas en caractères lisibles ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant l'admission au séjour ;

- elle est entachée d'erreur de droit dans la mesure où le préfet s'est estimé tenu de l'édicter ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans la mesure où le préfet aurait dû lui accorder un délai de départ volontaire supérieur à 30 jours, compte tenu de la scolarisation de ses enfants ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mars 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 25 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant albanais, né en 1985, a sollicité le 4 mars 2022 son admission exceptionnelle au séjour. Il demande au tribunal l'annulation des décisions du 8 décembre 2022 par lesquelles le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire limité à 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office.

Sur la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. ".

3. Contrairement à ce que soutient le requérant, l'arrêté du 8 décembre 2022 comporte la signature et, en caractères lisibles, les prénom, nom et qualité de son auteur, M. E C, directeur de l'immigration et de l'intégration de la préfecture de l'Essonne. Il satisfait ainsi aux exigences de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration.

4. En deuxième lieu, par un arrêté n° 2022-PREF-DCPPAT-BCA-132 du 23 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 126 du même jour de la préfecture de l'Essonne, M. E C, directeur de l'immigration et de l'intégration, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet arrêté doit être écarté.

5. En troisième lieu, la décision rejetant la demande de titre de séjour formée par M. A vise l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A, dont les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour refuser de lui délivrer un titre de séjour. Dès lors, cette décision, qui n'avait pas à rappeler tous les éléments de fait se rattachant à la situation de M. A, énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est donc suffisamment motivée.

6. En quatrième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de l'Essonne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant avant de rejeter sa demande de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

8. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de ces dispositions, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail, ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

9. En l'espèce, M. A fait valoir qu'il réside sur le territoire français depuis le 30 novembre 2016 avec son épouse et leurs trois enfants, dont deux sont scolarisés en France depuis respectivement 5 et 2 ans. Il est toutefois constant que son épouse est en situation irrégulière sur le territoire français et fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en date du même jour. Il ressort, par ailleurs, des pièces du dossier qu'à la suite du rejet de sa demande d'asile, M. A s'est vu notifier un arrêté en date du 10 novembre 2017 portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français qu'il n'a pas exécuté. Enfin, l'intéressé ne conteste pas ne pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents, deux frères et une soeur et où il a lui-même vécu au moins jusqu'à l'âge de 31 ans. Au vu de l'ensemble de ces éléments, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet a estimé que la situation de M. A ne relevait pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En sixième lieu, pour les motifs énoncés au point précédent, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de l'Essonne aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. A.

11. Les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 8 décembre 2022 par laquelle le préfet a refusé la délivrance d'un titre de séjour à M. A doivent, par suite, être rejetées.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français serait illégale par voie de conséquence ne peut qu'être écarté.

13. En deuxième lieu, il ne ressort des pièces du dossier, et notamment pas des termes de l'arrêté, que le préfet de l'Essonne se serait estimé tenu de faire obligation à M. A de quitter le territoire français.

14. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

Sur la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

15. Aux termes de l'article L. 612-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. "

16. M. A soutient que le préfet de l'Essonne aurait dû lui accorder un délai de départ volontaire supérieur à 30 jours, compte tenu de la scolarisation en France depuis respectivement 5 et 2 ans de ses enfants nés en 2015 et 2018. Toutefois, compte tenu de ce qui a été dit au point 9 du présent jugement et du jeune âge des enfants, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Essonne ait commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que la situation du requérant ne justifiait pas qu'il bénéficiât d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

17. M. A fait valoir qu'il a fui son pays d'origine en raison des menaces dont il faisait l'objet et de l'impossibilité d'y être protégé. Toutefois, il n'apporte aucune précision ni la moindre pièce au soutien de ses propos, alors au demeurant que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

18. Par suite et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité, les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et ses conclusions présentées sur le fondement des articles R. 761-1 et L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Tigoki et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 7 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rollet-Perraud, présidente,

Mme Fejérdy, première conseillère,

Mme Amar-Cid, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 avril 2023.

La rapporteure,

signé

J. D

La présidente,

signé

C. Rollet-Perraud

La greffière,

signé

K. Dupré

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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