jeudi 16 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2301015 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre - 4/11 |
| Avocat requérant | LAMIRAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 et 15 février 2023, M. A D, alors retenu au centre de rétention administrative de Palaiseau, représenté par Me Auerbach, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 3 février 2023 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, conformément aux dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de réexaminer sa situation à compter de la notification du jugement à intervenir.
4°) d'écarter des débats le mémoire en défense produit par le préfet de l'Essonne ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet
1991, sous réserve que son conseil renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la tardiveté du mémoire adverse du 14 février 2023 est contraire au droit au procès équitable ;
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- il a été pris en méconnaissance de son droit au procès équitable dès lors qu'il n'a pas pu bénéficier d'un interprète ou d'un avocat et que l'arrêté ne mentionne pas ses droits fondamentaux ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle a été prise en méconnaissance du droit à être préalablement entendu consacré par les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle dès lors qu'il justifie de la régularité du séjour de sa compagne ;
- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale consacré par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle irrégulière en ce qu'elle est fondée sur une mesure d'éloignement elle-même irrégulière ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est illégale en ce qu'elle est fondée sur des faits qui ont déjà fait l'objet d'une condamnation pénale ;
- elle méconnaît le principe de séparation des pouvoirs par détournement de procédure ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle irrégulière en ce qu'elle est fondée sur une mesure d'éloignement elle-même irrégulière ;
- elle est irrégulière en ce qu'elle ne cite ni nommément ni précisément le pays de renvoi ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle au regard des liens intenses qu'il détient en France avec son épouse et son enfant à naître ;
- elle irrégulière en ce qu'elle est fondée sur une mesure d'éloignement elle-même irrégulière ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est illégale en ce qu'elle est fondée sur des faits qui ont déjà fait l'objet d'une condamnation pénale ;
- elle méconnaît le principe de séparation des pouvoirs par détournement de procédure.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme B pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 février 2023 :
- le rapport de Mme B ;
- les observations de Me Auerbach, avocat désigné d'office représentant M. D, présent, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et fait valoir en outre que la décision de refus de délai de départ n'est pas justifiée au regard de la volonté de réinsertion dont fait preuve M. D, et insiste sur le fait que cette même décision et celle portant interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre, méconnaissent le principe non bis in idem et le principe de séparation des pouvoirs ;
- les observations de M. D, assisté de Mme C, interprète en langue albanaise ;
- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, ressortissant albanais né le 5 août 1995, est entré en France en 2019, selon ses déclarations. Par un arrêté du 3 février 2023, le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. M. D demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
2. Par un arrêté du même jour, le préfet de l'Essonne a également ordonné le placement en centre de rétention de M. D. Ce placement en rétention a été prolongé pour une durée de vingt-huit jours à compter du 8 février 2023 par une ordonnance du même jour du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire d'Evry.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".
4. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. D, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur la demande du requérant tendant à ce que les écritures et pièces versées en défense soient écartées des débats :
5. Il résulte de l'instruction que le mémoire et les pièces produites par le préfet de l'Essonne ont été enregistrés le 14 février 2023, soit avant la clôture de l'instruction, qui est intervenue à l'issue de l'audience. Par suite, il n'y a pas lieu, en tout état de cause, d'écarter des débats le mémoire et les pièces versées par le préfet de l'Essonne.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
6. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-PREF-DCPPAT-BCA-247 du 16 décembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 193 du 26 décembre 2022 de la préfecture de l'Essonne, Mme E F, cheffe du bureau de l'éloignement du territoire, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.
7. En deuxième lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. D, dont les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire et pour fixer le pays de destination, ainsi que pour arrêter, dans son principe et dans sa durée, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.
8. En troisième lieu, les conditions de notification de l'arrêté contesté sont sans incidence sur sa légalité, M. D ne peut, en tout état de cause, utilement faire valoir que cet arrêté lui a été notifié sans l'intermédiaire d'un interprète, sans qu'il puisse faire valoir ses observations ou sans que cette notification soit accompagnée d'une information sur ses droits. Le moyen doit donc être écarté comme inopérant.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, aux termes l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".
10. Si le droit d'être entendu en tant qu'il fait partie intégrante du respect des droits de la défense, lequel constitue un principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, un tel droit ne saurait toutefois être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente serait tenue, dans tous les cas, d'entendre de façon spécifique l'intéressé. Notamment, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.
11. En l'espèce, M. D soutient que les décisions attaquées sont intervenues en méconnaissance de son droit à être entendu dès lors qu'il n'a pas été en mesure de présenter des observations concernant la perspective de son éloignement et son séjour en France et n'a pas bénéficié de l'assistance d'un interprète lors de ses auditions par les services de police. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. D a été interrogé par les services de la direction générale de la police aux frontières le 3 février 2023. Au cours de cette audition, qui s'est déroulée sans interprète et sans qu'apparaisse une demande en ce sens, M. D a apporté des réponses précises et circonstanciées aux questions qui lui étaient posées concernant son identité et sa situation administrative et personnelle. Les réponses apportées sont, par ailleurs, cohérentes avec les pièces fournies par le requérant pour justifier de sa situation. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir que sa connaissance de la langue française n'aurait pas été suffisante pour lui permettre de présenter ses observations avant que ne soit prise la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit de M. D d'être entendu doit être écarté.
12. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions de l'arrêté 3 février 2023, que le préfet de l'Essonne a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. D avant de l'obliger à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.
13. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
14. Il ressort des pièces du dossier que M. D est irrégulièrement entré en France en 2019. S'il soutient vivre maritalement avec sa compagne, en situation régulière, qui l'héberge et qui est enceinte, il n'apporte toutefois pas la preuve de l'ancienneté de leur vie commune, ni n'établit qu'il aurait reconnu par anticipation l'enfant à naître. Si M. D n'a pas la même nationalité que sa compagne, qui est kosovare, il n'est pas démontré que le couple ne pourrait s'établir en Albanie ou au Kosovo. Par ailleurs, M. D, qui a fait l'objet le 29 novembre 2022 d'une condamnation par la Cour d'Assises de la Seine-et-Marne à cinq ans d'emprisonnement et a été placé en détention provisoire dès 2019, ne témoigne pas d'une insertion particulière dans la société française. Dès lors, et alors même que le requérant justifie avoir fait preuve d'une volonté de réinsertion par le travail depuis le mois de juillet 2020, le préfet de l'Essonne n'a pas, dans les circonstances de l'espèce, porté une atteinte manifestement disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale en l'obligeant à quitter le territoire français et n'a pas ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
15. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
En ce qui concerne la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
16. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la mesure d'éloignement doit être écarté.
17. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ". Aux termes des dispositions du 1° de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3, ce risque peut être regardé comme établi si l'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes.
18. Il ressort des pièces du dossier que M. D, ainsi qu'il a été dit au point 14, a fait l'objet d'une condamnation pénale à cinq ans d'emprisonnement. Il est entré irrégulièrement sur le territoire français et s'est maintenu sans solliciter un titre de séjour. Dès lors, en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, le préfet de l'Essonne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
19. En troisième lieu, la décision de refus d'octroi d'un délai volontaire prise par le préfet de l'Essonne sur le fondement des dispositions précitées du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne constitue pas une sanction ayant le caractère d'une punition mais une mesure de police administrative. Par suite, le requérant ne saurait utilement invoquer à l'encontre de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire faisant l'objet du présent litige la méconnaissance du principe non bis in idem, qui fait obstacle à ce qu'une personne fasse l'objet de deux sanctions de même nature à raison des mêmes agissements.
20. En quatrième lieu, l'éloignement administratif de M. D n'ayant pas eu pour objet de réformer la peine prononcée au judiciaire, le 29 novembre 2022, par la Cour d'Assises de la Seine-et-Marne, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet de l'Essonne a fait application ne peuvent méconnaître le principe de séparation des pouvoirs proclamé par l'article 16 de la déclaration des droits de l'Homme et du citoyen du 26 août 1789.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
21. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la mesure d'éloignement doit être écarté.
22. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office ". Aux termes de l'article L. 721-3 du même code : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 721-4 de ce code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
23. Si M. D soutient que le préfet de l'Essonne n'aurait pas fixé précisément de pays de renvoi, il résulte des termes de l'article 2 de l'arrêté du 3 février 2023 que le préfet a indiqué, après avoir rappelé la nationalité albanaise de l'intéressé, qu'en cas d'exécution d'office de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il serait reconduit à destination de son pays d'origine ou du pays dans lequel il est légalement admissible. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet n'aurait pas indiqué de façon suffisamment précise le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
24. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code, " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
25. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
26. En dépit de la lourde peine prononcée à son encontre par la Cour d'assises de la Seine-et-Marne, M. D justifie, par la production de nombreux bulletins de paie et d'une attestation établie par l'officier responsable du travail et de la formation professionnelle du centre pénitentiaire de Meaux-Chauconin-Neufmontiers, avoir fait preuve d'une volonté de réinsertion par le travail depuis le mois de juillet 2020. Il a, en outre, entièrement exécuté sa peine, après s'être vu accorder une remise de peine de neuf mois et vingt-huit jours par le juge de l'application des peines. Il ressort, en outre, des pièces du dossier, que les faits pour lesquels M. D a été condamné, en dépit de leur gravité, présentent un caractère isolé. Par ailleurs, bien que l'ancienneté de la vie commune avec sa compagne ne soit, ainsi qu'il l'a été dit au point 14, pas établie, il ressort des pièces du dossier que sa compagne, qui atteste héberger M. D, est enceinte de plusieurs mois. Dans ces conditions, en fixant à la durée maximale de trois ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. D, le préfet de l'Essonne a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre cette décision, M. D est fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
27. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. D est seulement fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de l'Essonne a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre les autres décisions contestées par le requérant ne peuvent qu'être rejetées, eu égard aux motifs du présent jugement.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
28. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
29. La présente décision, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 3 février 2023 par lequel le préfet de l'Essonne a obligé M. D à quitter le territoire français, n'implique pas la délivrance à l'intéressé d'un titre de séjour, ni d'une autorisation provisoire de séjour, ni que le préfet de l'Essonne réexamine sa situation. Les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint, sous astreinte, au préfet de délivrer au requérant une telle autorisation, ainsi que celles tendant au réexamen de sa situation ne peuvent, dès lors qu'être rejetées.
30. Aux termes de l'article L. 613-5 de ce code : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ".
31. La présente décision implique qu'il soit mis fin au signalement de M. D dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 3 février 2023, annulée par le présent jugement. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet de l'Essonne, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence du requérant, de prendre toutes mesures propres à mettre fin à ce signalement.
Sur les frais liés au litige :
32. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros à verser à Me Auerbach en application des dispositions des articles L.761- 1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 11 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle et sous réserve de l'admission de l'admission définitive de M. D à l'aide juridictionnelle. A défaut d'admission définitive du requérant à l'aide juridictionnelle, l'Etat versera directement cette somme à ce dernier.
D E C I D E :
Article 1 : M. D est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du préfet de l'Essonne du 3 février 2023 est annulé en tant qu'il prononce à l'encontre de M. D une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. D dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 3 février 2023.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. D à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Auerbach renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Auerbach, une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. A défaut d'admission définitive du requérant à l'aide juridictionnelle, l'Etat versera directement cette somme à ce dernier.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, au préfet de l'Essonne et à Me Auerbach.
Lu en audience publique le 16 février 2023.
La magistrate désignée,
signé
C. B Le greffier,
signé
T. Rion
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2301015
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026