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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2301079

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2301079

vendredi 12 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2301079
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSEPA DUPAIGNE PAPI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 décembre 2022 au greffe du tribunal administratif de Marseille et transmise au tribunal administratif de Versailles par une ordonnance de la présidente du tribunal initialement saisi en date du 8 février 2023, M. A B, représenté par Me Papi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 septembre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- le refus de séjour émane d'une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé et procède d'un examen incomplet de sa situation personnelle ;

- il a été pris sans consultation préalable de la commission du titre de séjour, en méconnaissance de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article L. 423-23 de ce code et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est irrégulière dès lors qu'elle a été prise au terme d'une procédure non contradictoire ;

- elle est illégale dès lors qu'elle repose sur une décision de refus de séjour elle-même illégale ;

- elle méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie résider en France depuis plus de dix ans.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 mars 2023, le préfet des Bouches-du Rhône conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 9 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 21 mars 2023.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 novembre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Marseille.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant comorien né en 1989, déclare être entré en France le 24 décembre 2005 dans le cadre de la procédure de regroupement familial. Il déclare, sans être contredit en défense par le préfet, avoir été mis en possession, dès sa majorité en 2007, de titres de séjour renouvelés jusqu'en 2014. Il a présenté, le 21 juillet 2021, une demande de titre de séjour. Par un arrêté du 9 septembre 2022, le préfet des Bouches-du Rhône a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il devait être renvoyé. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté du 31 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département des Bouches-du Rhône, le préfet de ce département a donné délégation à M. E D, signataire de l'arrêté attaqué, chef du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile, à l'effet de signer, notamment, tout document relatif à la procédure de délivrance de titres de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision de refus de séjour contenue dans l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle et familiale de M. B, faisant, en particulier, mention de diverses condamnations pénales prononcées à l'encontre de l'intéressé entre 2013 et 2020, ainsi que des circonstances relatives à sa vie familiale. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision de refus de séjour contestée et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté procèderait d'un examen incomplet de la situation personnelle de M. B, notamment des circonstances tenant à sa vie familiale en France.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Si M. B fait valoir qu'il est entré en France le 24 décembre 2005 au bénéfice de la procédure de regroupement familial, il n'en justifie pas en se bornant à produire l'accord du préfet de l'Essonne daté du 17 mai 2005, tandis que le préfet des Bouches-du Rhône conteste cette date d'entrée en France. Il n'est, en revanche, pas contesté en défense que M. B a bénéficié, dès sa majorité en 2007, de titres de séjour, régulièrement renouvelés jusqu'en 2014. Il ressort, par ailleurs, des propres déclarations de M. B que celui-ci a vécu en France de façon irrégulière entre 2014 et 2021, année au cours de laquelle il a présenté une nouvelle demande de titre de séjour. En outre, en se bornant à produire quelques documents épars concernant la période qui s'est écoulée entre 2005 et 2021, M. B ne justifie pas avoir résidé, en France, de façon continue sur l'ensemble de cette période, ni même durant une période continue de plus de dix ans. M. B n'établit pas davantage avoir vécu chez son père dans l'Essonne, ainsi qu'il l'allègue, entre 2005 et 2016, ni avoir ainsi entretenu des liens avec ce dernier, titulaire d'une carte de résident ou encore avec sa sœur, alors que, d'après ses propres déclarations, il s'est installé dans le département des Bouches-du Rhône dès 2016. Il résulte, par ailleurs, des indications non contestées de l'arrêté que la mère de M. B réside dans son pays d'origine et il n'est pas soutenu par l'intéressé qu'il aurait perdu tout contact avec elle. Par suite, et au vu du comportement délictuel adopté par M. B au cours de ses séjours en France, celui-ci ayant été condamné pénalement à quatre reprises entre 2013 et 2020, pour des faits de conduite de véhicule sans permis et sous l'empire d'un état alcoolique, le préfet ne peut être regardé comme ayant porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis par la décision attaquée. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ". Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues aux articles visés par ces dispositions, et auxquels il envisage néanmoins de refuser le titre de séjour sollicité, et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent.

8. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / () ".

9. Ainsi qu'il a été dit au point 6 du présent jugement, M. B ne remplissait pas les conditions prévues par l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se voir délivrer un titre de séjour et il n'établit pas qu'il résidait habituellement en France depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté attaqué. Dès lors, le préfet n'était pas tenu de soumettre son cas à la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande.

10. En sixième lieu, au vu de ce qui a été dit au même point 6, le requérant n'établit pas que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que sa situation ne répondait pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité du refus de titre de séjour pris à son encontre à l'appui de son recours formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français également prise à son encontre.

12. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise sur le fondement des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, l'intéressé a été mis à même de présenter ses observations à l'occasion de l'examen de sa demande de titre de séjour. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué aurait été pris au terme d'une procédure non contradictoire.

13. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " () ".

14. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. B n'établit pas qu'il résidait habituellement en France depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté attaqué. Il n'est donc pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement prise à son encontre méconnaît, pour ce motif, les dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que celles aux fins d'injonction, d'astreinte et d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Bouches-du Rhône.

Délibéré après l'audience du 21 avril 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- Mme Amar-Cid, première conseillère,

- Mme Milon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.

La rapporteure,

Signé

A. C

La présidente,

Signé

C. Rollet-Perraud La greffière,

Signé

A. Lloria

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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