vendredi 31 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2301128 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre - 4/11 |
| Avocat requérant | PUECH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 janvier 2023 et 20 mars 2023, M. A B, représenté par Me Vannier demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2023 par lequel le préfet du Val-de-Marne, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office, et a prononcé une interdiction de retour de trois ans à son encontre ;
3°) d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne de procéder sans délai à l'effacement de son signalement au sein du système d'information Schengen ;
4°) d'enjoindre à toute autorité compétente de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant ce délai, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- il est arrivé en France en 1993 et a l'ensemble de ses attaches familiales en France ; par conséquent, l'arrêté porte atteinte à sa vie privée et familiale ;
- l'arrêté en litige a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen sérieux ;
- il est entaché d'erreur de droit, en ce qu'il méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-il est entaché d'erreur de droit, en ce qu'il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du même code ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- il n'a pas été informé du délai de recours de 48 heures ; qu'il peut demander l'assistance d'un interprète à l'audience, et qu'il n'a pas reçu les " brochures d'informations " dans une langue qu'il comprend ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'erreur de droit, quant à la menace à l'ordre public qu'il représenterait ;
Sur la décision prononçant une interdiction de retour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par voie de conséquence ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Par un mémoire en défense enregistré le 20 mars 2023, le préfet du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 ;
- le décret du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Julien Le Gars, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 mars 2023 qui s'est tenue en présence de M. Ileboudo, greffier :
- le rapport de M. C, qui a soulevé d'office, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le moyen tiré de la substitution des dispositions du 2° de l'article L. 611-1 à celles du 5° du même article du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile comme base légale de l'arrêté attaqué ;
- les observations de Me Vannier, représentant M. B, non présent, qui conclut aux mêmes fins que sa requête et soutient en outre que le requérant est arrivé en France une première fois en 1993, avant d'y demeurer de façon stable depuis 1998 ; il a souhaité s'intégrer au sein de la société française, ainsi que le démontre les diplômes et avis d'impositions produits à l'instance ; il a toujours été en situation régulière de 2008 à 2016, sauf depuis la pandémie de covid-19 ; sa famille, notamment son père et sa mère, sont en France et bénéficient de cartes de résidents ; il n'a aucune attache familiale au Congo ; s'il est soustrait précédemment à deux obligations de quitter le territoire français, elles ont été contestées ; enfin, s'il a été condamné en 2022, aucun incident n'est à signaler depuis sa sortie de prison ;
- le préfet du Val-de-Marne n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant congolais né le 5 juin 1990, allègue être entré sur le territoire français en 1993, sans pouvoir justifier de la régularité de cette entrée. Par un arrêté du 17 janvier 2023, le préfet du Val-de-Marne, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour de trois ans. M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".
3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans () ; ".
5. Il ressort des pièces du dossier que M. B, ressortissant congolais né le 5 juin 1990, allègue être entré en France pour la première fois en 1993 et y résider de façon habituelle en 1998. S'il n'établit pas y résider depuis 1998, soit depuis l'âge de huit ans, il ressort des pièces du dossier que M. B a été inscrit à l'école élémentaire René Goscinny située à Taverny entre le 5 septembre 2000 et le 1er juillet 2001, soit lorsqu'il avait l'âge d'onze ans. Il ressort également des pièces du dossier qu'à compter de cette date, M. B a poursuivi sa scolarité en France, en 6e (2002 et 2003), en 5e (2004), en 4e (2006), jusqu'en terminale (2009). Pour justifier par la suite de sa présence en France, M. B produit une attestation établissant le suivi d'une formation en vue de l'obtention d'un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) " Ouvrages électriques " en 2011, ainsi que des avis d'impositions courant de l'année 2010 à l'année 2018. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet d'une condamnation à une peine d'emprisonnement pour une durée de douze mois pour des faits d'extorsion commis sur une personne vulnérable, et qu'il a été libéré le 3 février 2023. Au regard de l'ensemble de ces éléments, M. B démontre avoir établi sa résidence habituelle en France depuis qu'il a l'âge de onze ans. Dès lors, le préfet du Val-de-Marne a entaché l'arrêté en litige d'erreur de droit, en l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, en fixant le pays de destination vers lequel il sera reconduit, et en prononçant à son encontre une interdiction de retour de trois ans.
6. Il s'ensuit, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 janvier 2023 par lequel le préfet du Val-de-Marne, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office, et a prononcé une interdiction de retour de trois ans à son encontre.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
7. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ". Aux termes de l'article L. 613-5 de ce code : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ".
8. Les motifs du présent impliquent d'une part, que le préfet du Val-de-Marne réexamine dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, la situation de M. B, de le munir dans cette attente d'une autorisation provisoire de séjour dans cette attente, et d'autre part, qu'il prenne toutes mesures propres à mettre fin au signalement de l'intéressé dans le système d'information Schengen. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir ces injonctions d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
9. M. B ayant été admis provisoirement par le présent jugement à l'aide juridictionnelle, son avocate peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a ainsi lieu de mettre à la charge de l'Etat, au titre de ces dispositions, une somme de 1 200 euros, sous réserve que Me Vannier, avocate de M. B, renonce à la part contributive de l'Etat.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 17 janvier 2023 par lequel le préfet du Val-de-Marne, a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office, et a prononcé une interdiction de retour de trois ans à son encontre est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-de-Marne, d'une part, de réexaminer dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, la situation de M. B, de le munir dans cette attente d'une autorisation provisoire de séjour dans cette attente, et d'autre part, qu'il prenne toutes mesures propres à mettre fin au signalement de M. B dans le système d'information Schengen.
Article 3 : L'Etat versera à Me Vannier une somme de 1 200 euros, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-de-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.
Le magistrat désigné,
Signé
J. C Le greffier,
Signé
J. Ileboudo
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2301128
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026