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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2301151

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2301151

jeudi 16 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2301151
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11
Avocat requérantASSOCIATION FRANCE TERRE ASILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 et 13 février 2023, M. A E B, alors retenu au centre de rétention administrative de Plaisir, représenté par Me Tobiass, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 février 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée et familiale " ou, à tout le moins, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'arrêté attaqué est entaché du défaut de compétence de son signataire ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'aucun élément ne démontre que sa présence constitue une menace à l'ordre public et qu'il justifie de la réalité de ses liens personnels et familiaux en France ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'un défaut d'examen approfondi de sa situation personnelle ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an prononcée à son encontre est disproportionnée au regard de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 février 2023 :

- le rapport de Mme D, qui a par ailleurs informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce qu'en application des dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'étranger qui qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ;

- les observations de Me Aitekaki, substituant Me Tobiass, représentant M. E B, présent, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens en insistant sur l'ancienneté des troubles à l'ordre public reprochés à M. E B, qui auraient été commis quand il était mineur, et sur l'atteinte portée à sa vie privée et familiale par l'arrêté attaqué, dès lors que l'intéressé est entré en France mineur, que sa mère et ses demi-sœurs sont sur le territoire français, qu'il est marié avec une ressortissante française avec qui il a eu une fille, de nationalité française, qu'il élève, et qu'il ne dispose pas de liens en Equateur, pays qu'il a quitté à l'âge de cinq ans, et en faisant valoir qu'il a déposé une demande de titre de séjour le 26 janvier 2023, soit antérieurement à la date de l'arrêté attaqué ;

- les observations de M. E B ;

- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A E B, ressortissant équatorien né le 5 mai 1998, est entré en France en 2014 ou 2015, selon ses déclarations. Par un arrêté du 9 février 2023, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sur le fondement du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. M. E B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

2. Par un arrêté du même jour, le préfet des Hauts-de-Seine a également ordonné le placement en centre de rétention de M. E B. Ce placement en rétention a été prolongé pour une durée de vingt-huit jours à compter du 11 février 2023 par une ordonnance du 12 février 2023 du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Versailles.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; / () ".

4. M. E B justifie être le père d'une enfant de nationalité française née le 13 juin 2016 de son union avec Mme F C, avec laquelle il est marié depuis le 9 juin 2018 et qui a acquis la nationalité française. M. E B justifie, par la production de factures d'électricité et de quittances de loyers établies au nom du couple, vivre avec sa conjointe et leur enfant, lesquelles étaient présentes à l'audience. Il doit, dans ces conditions, être regardé comme établissant contribuer à l'entretien et à l'éducation de son enfant depuis au moins deux ans à la date de l'arrêté attaqué, ce qu'il confirme, en outre, en produisant les factures de restauration scolaire de sa fille établies à son nom. Dans ces conditions, en prenant à son encontre une obligation de quitter le territoire français, le préfet des Hauts-de-Seine a méconnu les dispositions susvisées du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les moyens de la requête, que M. E B est fondé à demander l'annulation de la décision du 9 février 2023 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des décisions refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

7. Il y a lieu, par application de ces dispositions, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressé, de réexaminer la situation de M. E B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, durant ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

8. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ".

9. La présente décision implique qu'il soit mis fin au signalement de M. E B dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 9 février 2023, annulée par le présent jugement. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence du requérant, de prendre toutes mesures propres à mettre fin à ce signalement.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. E B d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 9 février 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressé, de réexaminer la situation de M. E B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, durant ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressé, de prendre toutes mesures utiles aux fins de supprimer le signalement de M. E B dans le système d'information Schengen.

Article 4 : L'Etat versera à M. E B la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A E B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Lu en audience publique le 16 février 2023.

La magistrate désignée,

signé

C. D Le greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2301151

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