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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2301242

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2301242

jeudi 16 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2301242
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationUrgences
Avocat requérantLAMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 14, 15 et 16 février 2023 à 9h31, M. E C, représenté par Me Lambert, demande au tribunal, en application des dispositions de l'article L. 779-1 du code de justice administrative :

1°) d'annuler l'arrêté pris par le préfet de l'Essonne le 9 février 2023, notifié le

13 janvier 2023 à 14h00, mettant en demeure les personnes installées illégalement avenue de la Maison-Neuve sur le parking commun des établissements Buffalo Grill et Léon de Bruxelles sur le territoire de la commune de Brétigny-sur-Orge (91), d'évacuer les lieux dans un délai de 24 heures ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- le préfet ne pouvait prendre un tel arrêté en l'absence d'un arrêté municipal interdisant le stationnement des résidences mobiles ;

- l'aire de Brétigny-sur-Orge est actuellement fermée jusqu'au mois de mai en contradiction avec les prescriptions du schéma départemental ;

- la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération ne remplit pas ses obligations découlant du schéma départemental ;

- s'agissant des conditions relatives à la salubrité, la sécurité et la tranquillité publique, le préfet ne fournit à l'appui de son arrêté aucune preuve de ce qu'il avance.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n°2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Ouardes, vice-président, pour statuer en application des dispositions de l'article R. 779-8 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 16 février 2023 à 10h00, en présence de Mme Gilbert, greffière d'audience, M. B a lu son rapport, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1.M. C demande au tribunal, en application des dispositions de l'article L. 779-1 du code de justice administrative, d'annuler l'arrêté pris par le préfet de l'Essonne le 9 février 2023, notifié le 13 janvier à 14h00, mettant en demeure les personnes installées illégalement avenue de la Maison-Neuve sur le parking commun des établissements Buffalo Grill et Léon de Bruxelles sur le territoire de la commune de Brétigny-sur-Orge (91), d'évacuer les lieux dans un délai de 24 heures.

2. Aux termes de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 visée ci-dessus, relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage : " I. - Le maire d'une commune membre d'un établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de création, d'aménagement, d'entretien et de gestion des aires d'accueil des gens du voyage et des terrains familiaux locatifs définis aux 1° à 3° du II de l'article 1er peut, par arrêté, interdire en dehors de ces aires et terrains le stationnement sur le territoire de la commune des résidences mobiles mentionnées au même article 1er () / II. - En cas de stationnement effectué en violation de l'arrêté prévu au I ou au I bis, le maire, le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain occupé peut demander au préfet de mettre en demeure les occupants de quitter les lieux. / La mise en demeure ne peut intervenir que si le stationnement est de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. / La mise en demeure est assortie d'un délai d'exécution qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. () ". Aux termes de l'article L. 5211-9-2 du code général des collectivités territoriales : " I. - A. : - () Par dérogation à l'article 9 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage, lorsqu'un établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre est compétent en matière de réalisation d'aires d'accueil ou de terrains de passage des gens du voyage, les maires des communes membres de celui-ci transfèrent au président de cet établissement leurs attributions dans ce domaine de compétences. / ()".

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-PREF-DCPPAT-229 du 22 novembre 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de l'Essonne a donné délégation à M. D A., sous-préfet de Palaiseau, pour mettre en œuvre la procédure de mise en demeure prévue par la loi n°2000-614 du

5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage.

4. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que la commune de Brétigny-sur-Orge est en conformité avec le schéma départemental d'accueil des gens du voyage dès lors qu'elle dispose sur son territoire d'une aire d'accueil. Par ailleurs le maire ayant renoncé au transfert des pouvoirs de police spéciale au président de la communauté d'agglomération, il lui revient de prendre l'arrêté municipal qui réglemente le stationnement des gens du voyage. Contrairement à ce qui est soutenu par le requérant, le maire a bien pris cet arrêté comme cela résulte de l'instruction. Par suite le préfet de l'Essonne était compétent pour prendre l'arrêté litigieux.

5. En troisième lieu, s'agissant de la circonstance que l'aire de Brétigny-sur-Orge est actuellement fermée jusqu'au mois de mai et que la plupart des aires d'accueil sont occupées, les occupants sans titre n'établissent pas qu'ils ne pourraient pas s'installer dans d'autres aires d'accueil aménagées pour les gens du voyage. Par suite l'arrêté litigieux ne méconnaît pas la liberté d'aller et venir des personnes concernées et n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

6. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport de police que l'occupation illicite en litige par une cinquantaine de gens du voyage a produit divers troubles à l'ordre public, en matière de sécurité, concernant notamment la présence d'enfants sur des espaces de circulation de véhicules, perturbant l'activité des restaurants Léon de Bruxelles et Buffalo Grill et créant des conflits entre les employés des restaurants, les clients des établissements et les gens du voyage, ainsi que des troubles en matière de salubrité en l'absence de bennes à ordures, qui a entraîné un amoncellement rapide de déchets. Eu égard à l'atteinte à l'ordre public ainsi constituée, l'arrêté de mise en demeure n'a pour objectif que de faire cesser ces troubles. Par suite le moyen tiré d'une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis ou de ce que l'arrêté en litige serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, ne peut qu'être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E C et au préfet de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 16 février 2023,

Le magistrat désigné, La greffière,

signé signé

P. B N. Gilbert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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