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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2301253

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2301253

mardi 6 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2301253
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantSIDIBE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces enregistrées le 13 février 2023 et le 23 mars 2023, Mme I F, représentée par Me Sidibe, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 5 août 2022 par lesquelles le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé de le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée en cas d'exécution d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la date du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) à défaut d'enjoindre au préfet de procéder à un nouvel examen de sa demande sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

La décision comportant refus de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire :

-sont entachées d'incompétence ;

- ne sont pas motivées ;

La décision portant refus de séjour :

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable ;

-méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

-est illégale par voie d'exception.

La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais a produit des pièces enregistrées le 23 mars 2023.

Par ordonnance du 23 mars 2023, la clôture d'instruction, initialement fixée au 23 mars 2023, a été reportée au 6 avril 2023 à 10h00.

Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 décembre 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, conclue à Rome le 4 novembre 1950 ;

- la convention internationale sur les droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République du Mali signée le 26 septembre 1994 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée, relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. G a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F, ressortissante malienne née le 4 août 1992, a sollicité le 25 novembre 2019 la délivrance de titre de séjour en qualité de " parent d'enfant français " sur le fondement de l'ancien article L. 313-11-6° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 5 août 2022, le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée en cas d'exécution d'office. Mme F demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions

2. En premier lieu par un arrêté n°2°22-PREF-DCPPAT-BCA-103 du 19 juillet 2022, au demeurant visé dans l'arrêté contesté du 5 août 2022, le préfet de l'Essonne a donné délégation à M. H B, sous-préfet de Palaiseau, pour signer les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de leur auteur manque en fait et ne peut qu'être écarté.

3. En second lieu, la décision portant refus de séjour vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que celles de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et du citoyen, et expose les circonstances de fait relatives à l'entrée et au séjour en France de Mme F, en particulier celles relatives à sa situation familiale. Elle met ainsi la requérante à même d'en contester utilement les motifs et par suite le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation n'est pas fondé et doit être écarté.

4. En dernier lieu, la motivation de l'obligation de quitter le territoire français se confond avec celle du refus ou du retrait de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ce refus ou ce retrait est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, de mention spécifique pour respecter les exigences de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. En l'espèce, la décision de refus de séjour prise à l'encontre de Mme F étant régulièrement motivée, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

Sur la décision portant refus de séjour

5. D'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date de la décision litigieuse : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme F a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 6° de l'ancien article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aujourd'hui reprises par les dispositions de l'article L. 423-7 précité.

7. Pour refuser sa demande, le préfet s'est fondé, sur la circonstance non contestée qu'elle ne justifiait pas de la participation du père de son enfant à l'entretien et à l'éducation de celui-ci, conformément aux dispositions de cet article, ainsi que sur la circonstance, également non contestée, que Mme F avait indiqué à l'occasion de sa demande d'asile, définitivement rejetée le 7 décembre 2018, que le père de son enfant E F était M. D F, bien que sa fille ait été reconnue le 9 janvier 2017 par M. C A, de nationalité française, au sujet duquel, toutefois, le préfet a saisi le procureur de la République le 30 novembre 2021 pour un soupçon de reconnaissance frauduleuse de paternité. Par suite, c'est en tout état de cause à bon droit que le préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions relatives au séjour des parents d'enfants français.

8. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Et aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

9. En l'espèce, dès lors qu'il n'est pas établi que le père de l'enfant français de Mme F participerait à son entretien et à son éducation dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil et qu'en outre la décision portant refus de séjour ne fait pas obstacle à la reconstitution de la cellule familiale formée par la requérante et son enfant dans le pays dont ils possèdent tous deux la nationalité, Mme F n'est pas fondée à soutenir que cette décision aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ni qu'elle aurait été prise en méconnaissance de l'intérêt supérieur de son enfant. Par suite, les moyens tirés de la violation des stipulations citées au point précédent ne sont pas fondés et doivent donc être écartés.

10. Par ailleurs et pour les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés au points 7 et 9 de la présente décision, Mme F n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme F aurait présenté une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni que le préfet aurait procédé à l'examen d'office de sa demande sur ce fondement. Par suite, elle ne saurait utilement se prévaloir de leur méconnaissance pour contester la légalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire

12. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de séjour pour contester la légalité de la décision par laquelle le préfet l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme F tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Essonne du 5 août 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridictionnelle et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme I F et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Delage, président,

Mme Winkopp-Toch, première conseillère,

M. Grégoire Thivolle, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.

Le rapporteur,

Signé

G. G

Le président,

Signé

Ph. DelageLa greffière,

Signé

V. Retby

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies d'exécution contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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