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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2301283

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2301283

lundi 17 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2301283
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A (BESCOU & SABATIER)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 février 2023, Mme A C B, représentée par Me Sabatier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 septembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a procédé au retrait de son certificat de résidence algérien, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui restituer son certificat de résidence algérien ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions ont été signées par une autorité incompétente ;

- la décision de retrait du certificat de résidence est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- cette décision est entachée d'une erreur de fait, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation quant à la fraude invoquée, qui n'est pas établie par le préfet, alors qu'en outre la rupture de la communauté de vie ne constitue pas un motif de retrait du certificat de résidence algérien ;

- la décision méconnait les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 6-5° de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision de retrait du certificat de résidence algérien qui la fonde et dont elle entend également se prévaloir par la voie de l'exception ;

- cette décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les décisions fixant à trente jours le délai de départ volontaire et fixant le pays de destination sont illégales en raison de l'illégalité des décisions de retrait du certificat de résidence algérien et portant obligation de quitter le territoire français qui les fondent et dont elle entend également se prévaloir par la voie de l'exception.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 mars 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'elle est irrecevable en raison de sa tardiveté.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gibelin, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne née le 14 janvier 1995, entrée en France le 28 février 2021 dans le cadre d'un regroupement familial pour y rejoindre son époux, s'est vue délivrer le 10 juin 2021 un certificat de résidence algérien valable du 29 avril 2021 au 28 avril 2031. Par un arrêté du 19 septembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne a procédé au retrait de son certificat de résidence algérien, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. L'intéressée demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. () ". Aux termes de l'article R. 776-2 du même code : " I.- Conformément aux dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application de l'article L. 251-1 ou des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 du même code, fait courir un délai de trente jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément () ". Enfin, l'article R. 431-23 prévoit que : " Tout étranger, séjournant en France et titulaire d'un titre de séjour d'une durée supérieure à un an, est tenu, lorsqu'il transfère le lieu de sa résidence effective et permanente, d'en faire la déclaration, dans les trois mois de son arrivée, à l'autorité administrative territorialement compétente. ".

3 Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 19 septembre 2022, qui comportait la mention des voies et délais de recours, par lequel le préfet de la Haute-Garonne a procédé au retrait de son certificat de résidence algérien, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination, a été notifié par lettre recommandée avec avis de réception au 9 rue Jean Weber, Villa A1, 31100 Toulouse, adresse correspondant à celle fournie par l'intéressée à l'administration. Il ressort des pièces du dossier que ce pli a été retourné aux services préfectoraux le 23 septembre 2022 revêtu de la mention " destinataire inconnu à l'adresse ". L'intéressée, qui a déménagé avant l'envoi de ce pli, n'établit pas ni même n'allègue qu'elle aurait déclaré son changement d'adresse aux services de la préfecture en application des dispositions précitées de l'article R. 431-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni que le préfet de la Haute-Garonne avait connaissance de sa nouvelle domiciliation. L'arrêté attaqué doit, par conséquent, être regardé comme ayant été régulièrement notifié au plus tard à la date à laquelle le pli contenant la notification a été retourné aux services de la préfecture de la Haute-Garonne, soit le 23 septembre 2022. Dès lors, le délai de recours contentieux de trente jours, opposable, a expiré le 23 octobre 2022 à minuit. Par conséquent, la requête introduite le 14 février 2023, a été enregistrée après l'expiration du délai de recours contentieux. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 19 septembre 2022 sont tardives et la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Haute-Garonne doit être accueillie.

4 Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B est irrecevable et doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C B et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 3 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mégret, présidente,

Mme Rivet, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2023.

Le rapporteur,

signé

F. GibelinLa présidente,

signé

S. Mégret

La greffière,

signé

A. Gateau

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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