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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2301327

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2301327

mercredi 5 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2301327
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantBERTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 février et 20 mars 2023, M. D A, représenté par Me Ouattara, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 février 2023 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'erreurs de fait dès lors qu'il est entré régulièrement sur le territoire, qu'il n'a pas reçu notification de la précédente mesure d'éloignement en date du 30 mars 2020 et n'a pas conduit de véhicule sans permis au regard des dispositions de l'article R. 222-3 du code de la route, et dispose de ressources financières ;

- il présente des garanties de représentation suffisantes ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6.7 de l'accord franco-algérien ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement qui en constitue le fondement ;

- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement et de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme E pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 mars 2023 :

- le rapport de Mme E ;

- les observations de Me Berte, représentant M. A, non présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant algérien, né le 17 septembre 1971 à Hussein-Dey, est entré sur le territoire français le 22 juillet 2019 sous couvert de son passeport. Il a été interpellé par les services de police d'Evry-Courcouronnes le 13 février 2023 pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis et a été placé en garde à vue le même jour. Par un arrêté du 13 février 2023, le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pendant une durée de trois ans. M. A en demande l'annulation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 30 mars 2020, le préfet des Bouches du Rhône a rejeté la demande de titre de séjour pour soins sollicitée par M A et l'a obligé à quitter le territoire. Par suite, à la date de la décision attaquée du 13 février 2023 du préfet de l'Essonne, M. A se maintenait sur le territoire sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Dans ces conditions, et pour ce seul motif, le préfet de l'Essonne était en droit, sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de l'obliger à quitter le territoire et aurait pris la même décision en considération de l'entrée régulière du requérant.

3. En deuxième lieu, si M. A soutient ne pas avoir reçu notification de la décision portant obligation de quitter le territoire en date du 30 mars 2020 qui lui a été notifiée par le préfet des Bouches du Rhône, il reconnait dans son audition du 13 février 2023 que cet arrêté lui a été notifié. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet ne saurait lui reprocher une soustraction à une première obligation de quitter le territoire ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, si M. A fait valoir ne pas avoir commis d'infraction de conduite de véhicule sans permis dès lors qu'il détenait un permis de conduire algérien, il n'établit pas avoir sollicité l'échange de son permis de conduire algérien dans les délais impartis par la loi. Par suite, le préfet n'a commis aucune erreur de fait en mentionnant dans sa décision qu'il avait été interpellé pour conduite d'un véhicule sans permis.

5. En quatrième lieu, M. A expose qu'il dispose de ressources financières et produit une attestation sur l'honneur en ce sens selon laquelle M. C B le prend en charge en lui versant 300 euros par mois en espèces. Toutefois, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, ce moyen sera écarté.

6. En cinquième lieu, aux termes du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / (). 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. () ".

7. En l'espèce, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. A aurait saisi le préfet d'une nouvelle demande fondée sur les stipulations précitées de l'accord franco algérien à la suite du rejet qui lui a été opposé le 30 mars 2020 par le préfet des Bouches du Rhône après avoir considéré qu'il pouvait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ne peut qu'être écarté.

8. En sixième lieu, aux termes du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

9. En l'espèce, M. A fait état d'un syndrome anxiodépressif majeur réactionnel survenu à la suite de l'amputation de son bras droit dont il atteste par la production de certificats médicaux établis par un médecin généraliste titulaire d'un diplôme universitaire de psychiatrie en 2020 et 2021. Il soutient également qu'il n'a pas reçu une prise en charge appropriée dans son pays d'origine ni de traitement post-opératoire et précise que son état s'est dégradé. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant, qui fait état de douleurs du membre fantôme, ne pourrait recevoir des soins appropriés dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

10. En septième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".

11. M. A fait valoir qu'il présente des garanties de représentation suffisantes dès lors que l'adresse de son domicile est connue de l'administration et qu'il est le père de deux enfants scolarisés. Toutefois, M. A ne peut être regardé comme présentant de telles garanties en ce qu'il se maintient irrégulièrement sur le territoire français et s'est soustrait à la précédente obligation de quitter le territoire qui lui a été faite. En outre, le requérant, qui déclare être hébergé par un ami, ne justifie pas de la régularité du séjour en France de son épouse. Par suite, ce moyen sera écarté.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

12. Il résulte de ce qui précède que M. A ne peut utilement, à l'appui des conclusions susvisées se prévaloir de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'exception d'illégalité ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision lui interdisant le retour sur le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la mesure d'éloignement doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Essonne du 13 février 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2023.

La magistrate désignée,

signé

M. E Le greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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