vendredi 10 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2301375 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ALLEGRET WA NSANGA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 février 2023, Mme C A, représentée par Me Wa Nsanga Allegre, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, les prélèvements mensuels effectués sur son salaire à la demande de la rectrice de l'académie de Versailles ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie, dès lors que l'administration opère, chaque mois, sur son traitement depuis le mois de mars 2022, un prélèvement sur son salaire dont le montant n'est pas exactement déterminé ; compte tenu de ses charges mensuelles incompressibles et du dossier de surendettement qu'elle a été contrainte de présenter pendant son congé maladie, le solde de son traitement, après paiement de ces charges, s'élève seulement à un montant de 585 euros par mois ; les prélèvements opérés par l'administration pour le remboursement d'un trop perçu, dont le montant varie d'un mois sur l'autre, la place dans une situation de grande insécurité financière.
Elle fait valoir, en outre, qu'il existe plusieurs moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté litigieux :
- aucun titre de recette n'a été émis à son encontre par l'autorité administrative compétente et elle n'a été informée, ni de la nature de la rémunération qui lui a été versée à tort, ni du fait générateur qui justifie la demande de remboursement du rectorat, ni du montant de la somme due ;
- par ailleurs, l'échelonnement du remboursement exigé par le rectorat a été déterminé de manière discrétionnaire sans tenir compte de ses difficultés financières ; le montant de la retenue opérée par l'administration sur son salaire, eu égard aux charges incompressibles auxquelles elle doit faire face, porte sur une partie de sa rémunération qui est insaisissable et méconnaît les dispositions des articles R. 3252-5 du code du travail et L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles.
La requête a été communiquée à la rectrice de l'académie de Versailles qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 2022-433 du 25 mars 2022 relatif à la procédure de médiation préalable obligatoire applicable à certains litiges de la fonction publique et à certains litiges sociaux ;
- l'arrêté du 30 mars 2022 relatif à la mise en œuvre d'une procédure de médiation préalable obligatoire applicable à certains litiges de la fonction publique au ministère de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Blanc, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 mars 2023, en présence de M. Rossini, greffier d'audience ;
- le rapport de M. B ;
- les observations de Me Jouni, avocat de Mme A, substituant Me Wa Nsanga Allegre, qui reprend ses conclusions et moyens et produit à l'audience une copie de la requête en annulation, enregistrée sous le numéro 2301374 ;
- la rectrice de l'académie de Versailles n'étant ni présente, ni représentée.
Les parties ont été informées à l'audience par le juge des référés qu'étaient susceptibles d'être soulevés d'office le moyen tiré de l'incompétence du tribunal administratif de Versailles ainsi que celui tiré de l'irrecevabilité de la requête en l'absence de médiation préalable obligatoire.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 15h32.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A, qui est adjoint administratif des services extérieurs de l'éducation nationale depuis le 1er septembre 2001, a exercé au cours de sa carrière des fonctions de secrétaire administrative dans plusieurs collèges des Hauts-de-Seine et des Yvelines. Alors qu'elle était affectée au collège Raymond Poincaré de Versailles, elle a bénéficié, pour des raisons de santé, d'un congé longue durée à partir du 24 février 2020, qui a été renouvelé jusqu'au 11 février 2022. Elle a toutefois perçu, par erreur, l'intégralité de son traitement au lieu d'un demi-traitement pendant une partie de la prolongation de son congé de longue durée. Les services du rectorat de Versailles, qui se sont rendus compte de leur erreur, ont procédé, à partir du mois de mars 2022 auquel Mme A a repris ses fonctions, à des retenues mensuelles sur le paiement de son traitement au titre du remboursement d'un trop perçu. Aux termes de sa requête, Mme A demande la suspension des prélèvements qui continuent à être opérés sur son traitement dans l'attente du jugement de sa demande d'annulation.
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". L'article L. 522-3 du même code dispose que : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
3. D'une part, aux termes de l'article R. 312-12 du code de justice administrative : " Tous les litiges d'ordre individuel, y compris notamment ceux relatifs aux questions pécuniaires, intéressant les fonctionnaires ou agents de l'Etat et des autres personnes ou collectivités publiques, ainsi que les agents ou employés de la Banque de France, relèvent du tribunal administratif dans le ressort duquel se trouve le lieu d'affectation du fonctionnaire ou agent que la décision attaquée concerne. " Aux termes de l'article R. 221-3 de ce code : " Le siège et le ressort des tribunaux administratifs sont fixés comme suit : () Cergy-Pontoise : Hauts-de-Seine, Val-d'Oise ; () Versailles : Essonne, Yvelines ; () ". Enfin, aux termes de l'article R. 522-8-1 du même code : " Par dérogation aux dispositions du titre V du livre III du présent code, le juge des référés qui entend décliner la compétence de la juridiction rejette les conclusions dont il est saisi par voie d'ordonnance ".
4. Il ressort des pièces du dossier ainsi que des déclarations faites à l'audience par le conseil de la requérante qu'à la date à laquelle les services du rectorat ont procédé aux premières retenues sur le paiement de son traitement, au cours du mois mars 2022, Mme A était affectée comme secrétaire administrative dans un collège situé à Meudon-la-Forêt dans le département des Hauts-de-Seine. Par suite, le tribunal administratif de Versailles n'est pas compétent pour connaître de la requête de Mme A, qui relève, en application des dispositions précitées de l'article R. 312-12 du code de justice adminsitrative précitées, de la compétence du tribunal administratif de Cergy-Pontoise.
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 213-11 du code de justice administrative : " Les recours formés contre les décisions individuelles qui concernent la situation de personnes physiques et dont la liste est déterminée par décret en Conseil d'Etat sont, à peine d'irrecevabilité, précédés d'une tentative de médiation () ". Aux termes de l'article 2 du décret du 25 mars 2022 susvisé relatif à la procédure de médiation préalable obligatoire applicable à certains litiges de la fonction publique et à certains litiges sociaux : " La procédure de médiation préalable obligatoire prévue par l'article L. 213-11 du code de justice administrative est applicable aux recours formés par les agents publics à l'encontre des décisions administratives suivantes : 1° Décisions administratives individuelles défavorables relatives à l'un des éléments de rémunération mentionnés à l'article L.712-1 du code général de la fonction publique () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 3 du même décret : " Les agents publics concernés par la procédure de médiation préalable obligatoire sont : / 1° Les agents de la fonction publique de l'Etat affectés dans les services académiques et départementaux, les écoles maternelles et élémentaires et les établissements publics locaux d'enseignement du ressort de celles des académies qui figurent sur une liste arrêtée par le garde des sceaux, ministre de la justice et le ministre chargé de l'éducation nationale ; () ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 30 mars 2022 susvisé, l'académie de Versailles entre dans le champ de la médiation préalable obligatoire prévue par les dispositions précitées à compter du 1er juin 2022.
6. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que Mme A ait saisi, préalablement à la présentation de sa requête, le médiateur académique territorialement compétent dans les conditions prévues par les dispositions précitées. Il s'ensuit que sa demande de suspension est, en tout état de cause, manifestement irrecevable.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée.
O R D O N N E:
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A et à la rectrice de l'académie de Versailles.
Fait à Versailles, le 10 mars 2023.
Le juge des référés,
signé
P. B
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
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