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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2301391

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2301391

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2301391
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantFRAJ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 14 février 2023, enregistrée le 16 février 2023, la présidente du tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. B A.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Melun le 22 décembre 2022, et un mémoire enregistré et le 23 juin 2023, M. A, représenté par Me Fraj, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet intervenue suite au dépôt d'une demande de titre de séjour le 21 février 2020 ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne à titre principal de lui délivrer le titre de séjour demandé, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation, le tout dans le délai d'un mois, sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, recodifiées à l'article L. 423-23 du même code ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, recodifiées à l'article L. 435-1 du même code

Par un mémoire en défense enregistré le 22 juin 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions tendant à l'annulation d'une décision implicite de rejet sont sans objet dès lors qu'une décision explicite de refus de titre de séjour est intervenue le 17 août 2022 ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 10 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 juin 2024.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Perez a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant marocain né le 30 septembre 1973, est entré en France selon ses déclarations le 2 août 2011. Il a déposé le 21 février 2020 une demande de carte de séjour mention " salarié " dans le cadre de l'admission exceptionnelle au séjour. Par une décision du 17 août 2022, le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par la présente requête, il doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision du 17 août 2022 par laquelle le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions dirigées contre la décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour :

2. Lorsqu'un requérant conteste, dans les délais de recours, une décision implicite de rejet et une décision expresse de rejet intervenue postérieurement, ses conclusions doivent être regardées comme dirigées uniquement contre la seconde décision, qui s'est substituée à la première. En l'espèce, M. A a demandé, dans les délais de recours, l'annulation de la décision née du silence gardé par le préfet de l'Essonne sur sa demande de titre de séjour. Par une décision expresse du 17 août 2022, le préfet de l'Essonne a rejeté cette demande. Par suite les conclusions de M. A dirigées contre la décision implicite de rejet doivent être regardées comme dirigées uniquement contre la décision du 17 août 2022 par laquelle le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, et il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision implicite de rejet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ", et aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, le code des relations entre le public et l'administration et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. De plus, la décision de refus de délivrer un titre de séjour est fondée sur le fait que la durée de résidence habituelle en France n'est pas établie pour la période allant de 2012 à 2019, et que le seul fait de disposer d'une promesse d'embauche et de bulletins de salaire ne constitue pas à lui seul un motif exceptionnel de nature à justifier l'admission exceptionnelle au séjour. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait insuffisamment motivée en droit et en fait doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a sollicité un titre de séjour mention " salarié " sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour. Par suite, le préfet n'était pas tenu d'examiner d'office, ce qu'il n'a d'ailleurs pas fait, s'il pouvait faire l'objet d'une admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance de cet article, doit donc être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

7. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l'article 3 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A a travaillé auprès de la société " Innovation bois conseil construction ", et qu'il produit des bulletins de salaire émanant de cette société et couvrant la période d'octobre 2018, novembre 2018, mai 2019, juillet 2019, octobre 2019, janvier 2020, février 2020, De plus, par un courrier du 25 mai 2021, le conseil de l'intéressé a indiqué au préfet de l'Essonne que M. A a été contraint de quitter la société " Innovation bois conseil construction " et a adressé au préfet une nouvelle demande d'autorisation de travail présentée par la société " SARL Dynamic System ". Ces seules pièces, qui ne démontrent pas une insertion professionnelle ancienne et stable, ne sont pas de nature à établir que l'intéressé justifie de motifs exceptionnels qui lui permettraient de se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ". De plus, si le requérant fait valoir qu'il est présent en France de manière habituelle depuis 2011, et qu'il a tissé des liens privés et amicaux, cette circonstance est en tout état de cause insuffisante pour justifier à elle seule des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait, dans le cadre de l'exercice de son pouvoir discrétionnaire, entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 17 août 2022 par laquelle le préfet de l'Essonne a refusé de délivrer à l'intéressé un titre de séjour doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense et sur la recevabilité de la requête. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées également.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président,

M. Perez, premier conseiller,

M. Bélot, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024,

Le rapporteur,

signé

J-L. Perez

Le président,

signé

R. FéralLa greffière,

signé

G. Le Pré

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2301391

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